ACTE 11, SCËNE H
TEBILDEO.
Je ne respecte point moD piaceau , mai* je respecte mon art : je ne p«s faire le portrait d'uae onirtiMne.
' LOBENZO.
Ton Diea s'est bien donné Ih peine de la faire; tu pen bien te dminer cdie de la peindre. Veui-tu me faire une yae de Florence?
TEBALDEO
Oui , monaeignenr.
LORESM.
Comment t'y prendrais-tu ?
TEULDEO.
ie me plaoeraû à l'orient, sur la rire gauqhe de l'Aimo. C'est de cet endroit que la perspective est la plus lai^ et la plus agréable.
LOHENtO.
Tu peiadraia Ftorence , les places , les maisons et les roée ?
TEBlLftEO.
Oaî , monseignenr.
LOHENIO.
Poan|uei donc ne peui-tu peindre une oonrtisane, ti tn peux peindre un mauvais lien?
On ne m*a point encore apfris h parier ainsi de ma mère.
UMwaa.
Qu'appelles-lu ta mère?
TEItLBEO.
Alors lu n'e» qu'un bâtard , car la mère n'est qu'une catin.
Une blessure sanglaute peut engendrer la corruption dans le corps le plus sain. Mes des gouttes précieuses du sang de ma mère sort une plante odorante qui guérit tous les maui. . L'art, cette fleur divine, s quelquefois besoin du fumier pour engraisser le lol qui la porte.
Comment entendg^tn ceciî
90 LORENZACCiO,
d'une cUrlé pure, mais faible. 11 y a pluaieurs cordes A la harpe des anges; le zéphyr peut murmurer sur les plus faibles, et tirer île leur accord une harmonie suave et délicieuse; mais la corde d'ai^enl ne s'ébranle qu'au passage du vent du nord. C'est la plus belle et la plus noble; et cependant le loucher d'une ruda main lui est favorable. L'enthousiasme «st frèrvde la souffrance.
C'est-à-dire qu'un peuple malheureux fait l« grands artistes. Je me ferai volontiers l'alchimiste de ton alambic ; les larmes des peuples y retombent en perles. Par la mort du diable 1 tu me plais. Les familles peuvent se désoler, les nations mourir' d£ misère , cela échauffe la cervelle de monsieur. Admirable poète 1 comment arranges-tu tout cela avec ta
TEBiLDEO.
Je ne ris point du malheur des familles : je dis que la poésie est la plus douce des souffrances , et qu'elle aime ses sœurs. Je plains les peuples malheureux; mais je crois en effet qu'ils font les grands artistes : les champs de bataille font pousser les moissons . les terres corrompues engendrent le blé céleste.
lOBENM.
Ton pourpoint est usé; en veui-tu un à ma livrée?
Je n'appartiens à personne ; quand la pensée veut être libre, le corps doit l'être aussi.
LOBEmo.
J'ai envie de dire A mon valet de chambre de te donner des coups de biton.
TEBILDEO.
Pourquoi, monseigneur?
Parce que cela me passe par la tête. Es-tu boiteux de naissance ou par accident î
Je ne suis pas boiteux; que voulei-vous dire par là?