‹ Comédies et proverbesChapitre 60 sur 304 · ACTE 11, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE

LOBENZO.

Si tu n'étais pas boiteux, comment r«st«rais-ta , à moins d'être fou, dans une ville où, en l'honneur de tes idée» de liberté, le premier valet d'un Hédicis peut te faire assomm» «ans qu'on y troure à redire ?

TEBALDEO

J'aime ma mère Florence; c'est pourquoi je reste chec elle. Je sais qu'un râtoyen peut être assassiné en plein jour et en pleine rue, selon le caprice de ceux qui la gouTement; c'est pourquoi je porte ce stylet h ma ceinture.

Frapperais<tu le duc si le duc te frappait, comme il lui est arrivé souvent de commettre , par partie de plaisir, des meurtres racéUeui?

Je le tuerais , s'il m'attaquait.

LOB&NZO.

Tu mediscela, Amw?

Pourquoi m'en voudrait-on? je ne fais de mal à personne. Je passe les journées à l'atelier. Le dimanche , je vais à l'Annonciade ou A Sainte-Marie; les moines trouvent que j'ai de la voii; ils me mettent une robe blanche et une calotte ronge , et je fais ma partie dans les chœurs, quelquefois un petit solo : ce sont les seules occasions où je vais en public. Le soir, je vais chez ma maîtresse, et quand la nuit est belle, je la passe sur son balcon. Personne ne méconnaît, et je ne connais personne : à qui ma vie ou ma mort peut-elle être utile?

LORBNZO.

E»4u républicain? aimes-tu les princes?

Je suis artiste; j'aime ma mère et ma maltresse.

Viens demain b mon palais , je veux te faire faire un tableau d'importance pour le jour de mes noces.

lu Mortent.

t.;,uH;k-

LE CARDINAL, teul.

Oui , je Buivrai tes ordres , Farnèee < I Que (on commissaire < apostolique s'eDrcrme avec sa probité daDS le cercle étroit de son office , je remuerai d'une main fcrtne la terre sllssaute sur laquelle il n'ose marcher. Tu atteuds cela de moi ; je l'ai compris, et j'agirai sans parier, comme tu as commandé. Tu as deviné qui j'étais , lorsque tu m'as placé auprès d'Alexandre sans me revélir d'aucun titre qui me donnât quelque pouvoir sur lui. C'est d'un autre qu'il se défiera , en m'obéissant à son insu. Qu'il épuise sa force contre des ombres d'hommes gonfles d'une ombre de puissance, je serai l'anneau invisible qui ['attachera , pieds et poiugs liés, à la cbatne de fer dont Kome et César tiennent les deux bouts. Si mes jeui ne me trompent pas , c'est dans celle maison qu'est le marteau dont je me servirai. Alexandre aime ma belle-sœur; que cet amour l'ait flattée, cela est croyable; ce qui peut en résulter est douteux; mais ce qu'elle en veut faire, c'est lâ ce qui est certain pour moi. Qui sait jusqu'où pourrait aller l'influence . d'une femme exaltée, même sur cet hnmme grossier, sur celte armure vivante? Un si doux péché pour une si belle CMse, cela -est (entant, n'est-il pas vrai, Ricciarda? Presser ce cœur de lion sur Ion faible cirur tout percé de (lèches saignantes, comme celui de saint Sébastien; parler, les ycnx en pleurs, des malheurs de ta patrie, pendant que le tyran adoré passera ses rudes mains dans ta chevelure dénouée ; faire jailKr d'un rocher t'étincellc sacrée , cela valait bien le petit sacrifice de l'honneur conjugal , et de quelques autres bagatelles. Florence y gagnerait tant, et ces bons maris n'y perdent rien ! Hais il ne fallait pas me prendre pour confesseur.

La voici qui s'avance , son livre de prières à la main. Aujourd'hui doue tout va s'éclaircir; laisse seulement lomber Ion secret dans l'oreille du prêtre : le courtisan pourra bien en profltcr; mais, en conscience, il n'en dira rien. , Entre la marquise de Cibo.

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