ACTE 11, SCËNE V. 10S
d'un débauché 1 voiU les guerres de famille , voilï vnmme les ' couteaux se tirent. Ou e«t insulté, et ou tue; on a tué, et ou est tué. Bientôt les haines s'euracineat; on berMies fils dans les cercueils de leurs aïeux , et des générations entières sortent de terre l'ëpée k la main.
tE FRIEUn.'
J'ai peul-élrc eu tort de me souvenir de ce mécbaat propos et de ce maudit voyage k Hontolivet; mais le moyeD d'endurer CCS Salviati? -
PHILIPPE
Afa ! Léon, Ijéon, je te le demande, qu'y aurait-il de changé pour Louise et pour nous-mêmes , si lu n'avais rien dit à mes enfante? La vertu d'une Strozzi ne peut-elle oublier un mot d'un Salviati? L'habitant d'un palais de marbre doit-il savoir les obscénités que la populace écrit sur ses murs? Qu'importe ' le propos d'un Julien? Ma fille eu trouvera-t^lte moins un honnête mari? ses enfante la respecteront-ils moins? M'en fiouiiendrai-je, moi , son père , en lui donnant le baiser du soir? Où ensommes-Doua, si l'insolence du premier venu tire du fourreau des épées comme les nôtres? HainlenanI tout est perdu ; voilà Pierre furieux de loul ce que tu nous as conté. Il s'est mis en campagne; il est allé chez les Pazzi. Dieu sait ce qui peut arriver! Qu'il rencontre Salvinti, voilà le sau|; répandu, le mien, mon sang sur le pavé de Florence! Ahl pourquoi suis-je père?
LE FRIEVS.
Si on m'eût rapporté un propos sur ma sœur, quel qu'il fdt, j'aurais tourné le dos, et tout aurait été Tini là. Hais celui-IA m'élait adressé; il était si grossier, que je me suis figuré que le ruslre ne savait de qui il parlait; — mais il le savait bien.
paiLippE.
Oui, ils le savent, les inlBmesl ils savent bien où ils frappent! Le vieux tronc d'arbre est d'un bois trop solide; ils ne viendraient pts l'enlamer. Hais ils connaissent la fibre délicate qai tressaille dans ses entrailles lorsqu'on attaque son plus faible bourgeon. Ha Louiscl ah! qu'esl-ce donc que la raison? IjCS mains me Irembleul à celle idée. Juste Dieu ! la raison , est-ce donc la vieillesse?
i,CÙHl«^[c
Pierre est trop violent,
PHILIPPE
Pauvre Pierrel comme le rouge lui est monté au front' comme il s frémi en t'écoutaut raconter l'insulte faite k m sœur ! C'est nioi qui suis un fou , car je l'ai laissé dire. Pierre se promenait par la chambre k grands pas, inquiet, furieux, la tête perdue; il allait, il venait, comme moi maintenant. Je le regardais en silence; c'est un ai beau spectacle qu'un sang pur montant à un front sans reproche. 0 ma patrie! pensais-je, en voilà un , et c'est mou aine. Ah ! Léon , j'ai beau faire , je suis un Stroizi.
Il n'y a peut-être pas tant de danger que vous le pensez. — C'est un grand basa rid s'il rencontre Salviati ce soir. — Demain, nous verrons tous les choses plus sagement.
N'en doute pas; Pierre le.tuera, ou il se fera tuer. Il ouvre la fenitre.
Où sont-ils maintenant? Voila la nuit; la ville ae couvre de profondes ténèbres; ces rues sombres me font horreur; — le sang coule quelque part; j'en suis sûi'.
LE PRIEITH.
Calmez- vous.
PBIUPFE.
A la manière dont mon Pierre est sorti , je suis sûr qu'il ne rentrera que vengé ou mort. Je l'ai vu décrocher son épée en fron^nt le sourcil; il se mordait les lèvres, et les muscles de ses'bras étaient tendus comme des arcs. Oui, oui, maialeuanbil meurt ou il est vengé; cela n'est pas douteux.
LE PRIEUR
Remettez-vous , fermez cette fenêtre
Eh bien , Florence , appends-la donc à tes pavés , la coulenr de mon noble sang! Il y a quarante de tes fils qui l'ont dans les vaines. Et moi, te chef de cette famille immense, plus d'une foi» encore ma tête blanche se penchera du haut de ces fenêtres , dans les angoisses paternelles! plus d'une fois ce sang, que tu bois peut-être i cette heure avec indifférence, séchera au soleil de tesplar«8. Msis ne ris pas ce soir duvieui