SCENE
An paUû StfOHÎ.
CnlfBftl, PHILIPPE «t PIERRE.
PIERRE
Quand je pense à cela , j'ai envie de me conper la main droite. Avoir manqué cette canaille I Un coup si juste , et l'avoir manqué I A qui n'était-ce pas rendre service que de ftire dire aux gens : H j a un Salviati de moins dans les rues? Haia le drAle a fait comme les araignées , — il s'est laissé tomber eu repliant ses pattes crochues , et il a fait le mort de penr d'être . achevé.
Que t'importe qu'il vive ? ta vengeance n'en est que plus complète.
fiehre.
Oui , je le sais bi«i , voili comme voua voyez Les choses. Tenei , mon père, vous êtes bon patriote , mais encore meilleur père de famille : ne vous mêlez pas de tout cela.
PHILIPPE
Qo'as-tu encore en tête? Ne saurais-tu vivre un quart d'beure sans penser à mal?
PIERRE
Non , par l'enfer I je ne saurais vivre un quart d'heure tranquille dans cet air empoisonné. Le ciel me pèse sur la tête comme une voûte de prison, et il me semble que je respire
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'acte m, SCËNE II. HT
daiis les nies des quolibets et des hoquets d'ivrognes. Adieu , j'ai affaire à présent.
PBILIPFE.
Où vas-tb?
PIERRE
Pourquoi TonletTOUH le savoir? Je vais chez \es Pazii.
Attends-moi donc, car j'y vais aussi.
Pas k présent, mon père; ce n'est pas un bou momenl pour vous.
Parie-moi fbancbemeiit.
PIERRE
Cela est entre nous. Mous sonimes là une cinquantaine, les Rucoeltal et d'autres, qui ne porlopA pas le bitard dans nos entrailles.
PHILIPPE
Ainii donc?
PIERRE
Ainsi donc les avalanches se font quelquefois au moyen d'un caillou gros comme le bbut du doigt.
Hais vous n'avez rien d'arrêté? pas de plan, pas de mesures piîses? 0 enfants, enfants I jouer avec la vie et la mort! Des questions qui ont remué le mondai des idées qui ont blanchi des inilUers de tètes, et qui les ont fait rouler comme des grains de sable sur les pieds du bourreau 1 des projets que la Providence elle-même regarde en silence et avec terreur , et qu'elle laisse achever à l'homme , sans oser y toucher I Voaa parles de tout cela en faisant des armes et en buvant un verre de vin d'Espagne , comme s'il s'agissait d'un cbeval ou d'une mascaradel Savez-voua ce que c'est qu'une république , que l'artisan au fond de son atelier, que le laboureur dans son champ , que le citoyen sur la place , que la vie entière d'un royaume? le bonheur des hommes, Dieu de justice I O enfbnts, enfants! savei-vous compter sur vos dwgts?
Un bon coup de lancette guérit tous les maui.
Guérirl guérir 1 Savez-vous que le plus petit coup de lai>-
118 LOBENZACCIO.
cette doit être donaé par le médecin? Savci-Tous qu'il faut uue eipérienc« longue comme la vie , et une science grande comme le inonde , pour tirer du bras d'un malade une goutte de sang? N'étais-je pas offensé aussi, la nuit dernière, lorsque lu avais mis toD épée nue sous ton manteau? Ne 8uis-je pae le père de ma Louise, comme lu es son frère? n'était-ce pas une juste vengeance? Et cependant ssis-tu ce qu'elle m'a coûté? Afa! les pères savent cela , mais non les enfants. Si lu es père un jour, nous eu parlerons.
FIEIWE.
Vous qui savez ain)«' , vous devriez savoir haïr.
Qu'ont donc fait à Dieu ces Paiii ? Ils invitent leurs amis à venir conspirer , comme on invite à jouer aui dés, et les amis , eil entrant dans leur cour, glissent dans le sang de leurs grands-pères ■. Quelle soif ont donc leurs épées? Que voulezvous donc, que voulez-vous?
PIERRE
Et pourquoi vous démentir vous-même? Ne vous ai-je pas entendu cent fois dire ce que nous disons? Ne savons-nous pas ce qui vous occupe , quand vos domestiques voient à leur lever vos fenêtres éclairées des flambeaux tle la veille? Ceux qui passent les nuits sans dormir ne meurent pas silencicui. raïuete.
Où en viendrez- vous? répouds-moi.
Les Hcdicis sont une peste. Celui qui est mordu par un serpent n'a que faire d'un médecin ; il n'a qu'à se briller la plaie.
Et quand vous aurei renversé ce qui cet , que voulez-v mettre k la place ?
FIERR£.
Nous sommes toujours sArs de ne pas trouver pire.
PBIUPPE.
Je vous le dis , comptez sur vos doigts.
PIBBBE.
Les (êtes d'une bydre sont faciles è compter.
iz^mnCoOi^Ic