ACTE 1(1, SCÈNE UI
Dieu. J'ai versé plus de larmes sur la pauvre Ilalic que Niobé
Ëh bieol Lorento?
LOREKIO.
Ha jeunesse a été pure comme l'or. Pendant viugt ans de silence , (a foudre s'eel amoncelée dans ma poitrioe, et il faut que je sois réellement une étincelle du tonnerre, car tout k coup , une ceriaine nuit que j'étais assis dans les ruines da colisée antique, je ne sais pourquoi je me levai', je tendis vers te ciel mes bras trempés de rosée, et je jura: qu'un des tyrans de ma patrie mourrait de ma main. J'étais un étudiant paisible, et je ne m'occupais alors que des arts et des sciences, et il m'est impossible de dire comment cet étrange serment s'est fait en moi. Peut-£tre est-ce là ce qu'on éprouve quand
raitirPB.
J'ai toujours eu confiance en toi, et cependant je croîs
LOREKIO.
Et moi anasi. J'étais heureux alors ; j'avais le eœar et les mains tranquilles; mon nom m'appelait ou trAne, et je n'avais qu'A laisser le soleil se lever et se coucher pour voir fleurir autour de moi toales les espérances humaines. Les hommes ne m'avaient fait ni bien ni mal ; mais j'étais bon , et , pour mon malheur étemel, j^ai voulu être grand. 11 faut que je l'avone : si la Providence m'a poussé à la résolution de tuer un tyran , qnel qu'il fût, l'o^^eil m'y a poussé aussi. Que te dinis-je de plus? tous les Césars du monde me faisaient penser à Brutus.
PHILirPE.
L'orgueil de la vertu est un noble oi^ueil. Pourquoi t'en défendrais-tu?
Tu ne sauras jamais, à moins d'être fou, de quelle nature - est la pensée qui m'a travaillé. Pour comprendre l'eiattatioa fiévreuse qui a entante eu moi le Lorento qui te parle, i) faudrait que mon cervcao et mes entrailles (\i3scnt k nu sous un Bcalpd. Une statue qui descendrait de son piédestal pour marcher panni les hommes sur ta place publique serait peut-être
semblable à ce que j'ai été le jour oi avec celte idée : jl faut que je sois ui
Tu m'élonnes de plus en plus.
J'ai voulu d'abord tuer Clément VII; je n'ai pu lelaire, parce qu'on m'a banni de Rome avant le temps- J'ai recom- ■ moncé mon ouvrage avec Aleiandre. Je voulais agir seul, uns le secours d'aucun homme. Je travaillais pour l'bumaDité; mais mon orgueil restait solitaire au milieu de tous mes rêvee philanthropiques. 11 fallait doue entamer par la ruse un combat singulier avec mou ennemi. Je ne voulais pas soulever le» masses , ni conquérir la gloire bavards d'un paralytique CMome Cicéroo ; je voulais amver A l'homme , me prcodre corps k corpa avec la tyrannie vivante, la tuer, et après cela purler moo éfie sanglante sur la tribune , et laisser la ruméc du sang d'Aleiandre monter au net des harangueui's, pour réchauffer leur cervelle ampoulée.
PHILIPPE
Quelle tête de fer as-tu , ami 1 quelle lËte de fer I
LO^ENZO.
La tâcho qne je m'imposais était rude avec Alexandre. Florence, ét^it, comme aujourd'hui, n^yée de vin et de sang. L'empereur et le pape avaient fait un due4'UD gargoit boucher. Pour plaire à mou cousin , il fallait arriver à lui porté par les larmes des familles; pour devenir soo ami et acquérir sa conllancc, il fallait baiser sur ses lèvres épaisses tous les restes de ses orgies. J'étais pur comme un lis, et cependant je n'ai pas reculé devant cette tâche. Ce que je suis deveuu à cause de cela , n'en parlons pas. Tu dois comprendre que j'ai souffert, et il y a des blessures dont on ne lève pas l'appareil impunémeut. Je suis devenu vicieux , lâche , un objet de honte et d'opprobre; qu'importe? ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
PHIUPPE.
Tu baisses la léte; les yeux soûl humides.