‹ Comédies et proverbesChapitre 83 sur 304 · ACTE m, SCËNE III · texte numérisé non relu

ACTE m, SCËNE III

■ortira pas debout. J« suis au terme de ma peia« , et «ou certain, Philippe, que le buRIa sauva^ , quand le bouvier l'abat sur l'berbe, n'est pas «nlouré de plus de fltete, de plus, de nœuds «oulants que je n'en ai Iîmii autour de mon bilard. Ce cœur, jusque» auquel une armée ne serait pas parvenue en un aii , il est maintenant à du sous ma main ; je n'ai qu'à laisser tomber mon slylel pour qu'il ; entre. Tout sera fait. Haintenanl, sais-luce qui m'arrive, etcedout je veux l'avertir? pniupFE.

Tu es notre Brutus, si tu dia vrai.

LORENIO.

Je me suis cru un Brutus, mon panyre Philippe; je mesuis souvenu du bâton d'or couvert d'écorce. Maintenant je connais les bonunes , et je le conseille de ne pas t'en ra&et.

Pourquoi?

Ahl vous avez vécu tout seul , Philippe. Pareil à uu fanal éclatant , vous êtes resté immobile su bord de l'océan de* hommes , et vous avez regardé dans les eaui la réilexion de votre propre lumière ; du fond de votre solitude , vous Ironvies l'océan magnifiqae sous le dais spleadide des cieui; vous ne comptiei pas chaque flot , vous ne jetiez pas la sonde', vous étiei plein de confiance dans l'ouvrage de Dieu. Hais moi, peodanl oe temps-là, j'ai plon^; je me suis enfoncé dans c^te mer houleuse de la vie; j'en ai parcouru toutes les profondeurs, couvert de ma «loche de verre; tandis que vous admiriei la snrbce, j'ai vu les débris des uauBrages , les ossemenls et les LéviaUians.

Ta tristesse me fend le cœat.

LOHENIO.

C'est parce que je vous vois tel que j'ai été , et sur le point de faire ce que j'ai bit, que je vous parle ainsi. Je ne méprise point les bomiaes ; le tort des livres et des fiisioriens est de nous les montrer différents de ce qu'ils sont. La vie est comme une cité ; on peut y rester cinquante ou soixante ans sans voir autre chose que des promenades et des palais; mais il ne faut pas entrer dans les tripots, ni s'arrêter , en rentrant ches soi , aux fenêtres des mauvais quartiers. Voilà mon avis, Philippe ;

s'il e'agil de «auver Ut curants , je te dis de rester tranquille; c'est le meilleur moyen pour qu'on te les renvoie après une petite semouce. S'il s'agit de tenter quelque chose pour les hommes , je te conseille de le couper les bras, car tu ne seras pas longtemps à l'apercevoir qu'il n'y a que toi qui en aies.

PHILIPPE

Je concis que te rôle que tu joues t'ait donné de pareilles idées. Si je te comprends bien , tu as pris , dans un but sublime, une route hideuse, et tu crois que tout ressemble à ce que tu as vu.

LOHENZO.

Je me suis réveillé de mes rêves, rien de plus. Je te dis le danger d'en faire. Je connais la vie , et c'est une vilaine cuisine, sois-en persuadé. Ne mets pas la maiu lA dedaus , si' tu respectes quelque chose.

Arrête ; ne brise pas comme un roseau mon bâton de vieillesse. Je crois à tout ce que tu appelles des r£ves ; je crois â la vertu, A la pudeur et à la liberté.

El me voilà dans la rue, moi, Lorenzaccio? et les enranls ne me. jettent pas de la boue? Les lits des filles sont encore chauds de ma sueur, et les pères ne prennent pas, quand je passe , leurs coutcaui et leurs 'balais pour m'assommer? Au fond de ces dix mille maisons que voilà, la septième génération parlera encore de la nuit oii j'y suis entré, et pas une ne vomit k ma vue un valet de charrue qui me fende en deux comme une bûche pourrie? L'air que vous respirez, Philippe, je le respire ; mon manteau de soie barioK tratne paresseusement sur le sable fln des promenades ; pas une goutte de poison ue tombe dans mon chocolat ; que dîs-je? ô Philippe I les mères pauvres soulèvent honteusement le voile de leurs filles quand je m'arrête au seuil de leurs portes ; elles me laisseut voir leur beauté avec un sourire plus vil que le baiser de Judas, tandis que moi , pinçant le menton de la petite , je serre les poings de rage en remuant dans ma poche quatre ou cinq méchantes pièces d'or.

PHILIPPE

Que le lenlateur ne méprise pas le faible; pourquoi tenter lorsque l'on doute?

iz=rtNGoo«^lc

Sois-je dit Salan? Lumière du ciel ! je m'en souTieni encore ; j'aurais pleuré avec la première fille qae j'ai séduite , ri eUe ne s'était mise à rire. Quand j'ai commencé i jouer mon rôledeBnitus moderne, je marchais dans mes habits ne afs de la grande coorrérie du vice comme un enfant de dix ans dans l'anoure d'un géant de la fable. Je croyais que la corraption élail un stigmate, et que les monstres seuls le portaienl an front. J'avais commencé k dire tout haut que mes vingt années de vertu étaient un masque étonnant; 0 Philippe! j'entrai alors dans la vie , et je vis qu'A mou approche tout le monde en faisait autant que moi ; tous les masques tombaient devant mon regard; l'humanitésbulcvasarobe, et me montra, comme à un adepte digne d'elle , sa monstrueuse nudité. J'ai vu les hommes tels qu'ils sont , et je me suis dit : Pour qui est-ce donc que je travaille ? Loraque je parcourais les rues de Flo< rente , avec mon Iant6me h mes cAlés , Je regardais aalonr de mot, je cherchais les visages qui me donnaient du cœur, et je me demandais : Quand j'aurai fait mon coup , celui-là en prolltera-1-il? J'ai vu les républicains dans leurs cabinets; je suis entré dans les Imutiques, j'ai écouté et j'ai guetté. J'ai recueilli les discours des gens du peuple ; j'ai vu l' effet que produisait sur eus la tyrannie; j'ai bu dans les banquets patriotiques le vin qui engendre la métaphore et la prosopopée , j'ai avalé entre deux baisers les larmes les plus vertueuses; j'attendais toujours que l'humanité me laissât voir sur sa face quelque chose d'hoonèle. J'observais comme un amant observe sa fianeée en attendant le jour des noces.

Si tu n'as vu que le mal , je te plains , mais je ne puis le croire. Le mal existe, mais non pas sans le hien ; comme l'ombre existe, mais non sans la lumière.

Tu ne veut voir en moi qu'un mépriseur d'hommes : c'est me faire injure. Jç sais parfailemeat qu'il y en a de bons. Hais à quoi gervent-ils^que font-ils? comment agissent-ils? Qu'importcquelaconsciencesoil vivante, si le bras est mort? Il y a de certains cOtés par où tout devient bon : un chien est un ami Tidèlc ; on peut trouver en lui le meilleur des serviteurs , comme on peut voir aussi qu'il se roule sur les cada-

tu LORENZACCIO.

vres, et que la laogue avec laquelle illèche son maib^Bcotla charogne d'uue lieu?. Tout coque j'ai â voir, moi, c'est que je iuis perdu , et que les hommes n'en profileront pas plus qu'ils ne me comprendront.

Pauvre enfant, tu me navres le cœur ! Hais û tu es honnête , quand tu auras délivré ta patrie , lu le redeviendras. Cela réjouit mon vieux osur , Lorenzo , de penser que tu es honséle ; alors tu jetteras ce déguisement hideux qui te défigure, et tu redeviendras d'un métal aussi pur que les statues de hronie d'HarmoniuB et d'Ariilogiton.

Philippe , Philippe , j'ai été honnête. La main qui a aoulevô une fois le voile de la vérité ne peut plus le laisser retomber; elle reste immohile jusqu'à la mort , teuant toujours ce voile terrible , et l'élevant de plus en plus au-dessus de la tête de l'homme , jusqu'à ce que l'ange du sommel éternel lui bouche les yeui.

PHILIPPE

Toutes les maladies se guérissent; et le vice est une maladie aussi.

LOBENKO.

il est trop tard. Je me suis fait à mon métier. Le fioe a élé pour moi un vêtement; maintenant il est collé à ma peau. Je suis vraiment un ruffian, et quand je plaisante sur mes pareils, je me sens sérieux comme la mort au milieu démaillé. Bru- Ins a fait le fou pour tuer Tarqutn , et ce qui m'étonne en lui , c'est qu'il n'y ait pas laissé sa raison. Profite de moi, Philippe, voiU ce que j'ai à te dire : ue travaille pas pour ta patrie.

PUIUPPE.

Si je te croyais, il me semble que le ciel s'obscurcirait pour toujauTS , et que ma vieillesse serait condamnée à marcher à tâtons. Que lu aies pris une route dangereuse, cela peut être; pourquoi ne pourroi»-je en prendre une autre qui me mènerait au même point? Uon intention est d'eu appeler au peuple, et d'agir ouvertement.

Prends garde i toi , Philippe , celui qui te le dit sait pourquoi il le dit. Prends le chemin que tu voudras , tu auras loujours affaire aux hommes.

D,niz=rtNGoO«^[c

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