ACTE I, SCÈNE IV
MADAME DUFARGIS.
Du roi prévenant la colère, Nous crayonnons d'avance, en charitables traits, Du ministre puni les différons portraits; Car le vent , à la cour, est prompt et variable ; Montez , on vous fait dieu ; tombez , on vous fiât diable. On vous trouvait l'esprit et le corps sans défauts ; On vous trouve l'air bas , l'esprit et le cœur faux. Tous ceUx qu'éblouissait votre auguste visage Vont à quelque autre idole, et déchirent l'image De la divinité sur qui l'on veut venger Le soin respectueux qu'on prit de la singer.
Maintenant , "au parloir, l'ambassadeur d'Espagne Converse avec la reine , et la presse, et la gagne : Puis , comme de coutume , après son entretien , Il ira vous parler chez le nécromancien , Chez l'astrologue.
Bon : c'est un agent fidèle Prêt à nous seconder dea efforts de son zèle. Qu'aux traités de Madrid la reine accède ou non , Que le complot formé serve ou perde Gaston , Mon devin m'a juré , que par sa momerie , 11 ensorcellerait la puissante Marie , Si bien que Richelieu , frappé de chocs soudains , Tombera sous ses coups si les nôtres sont vains.
MADAME DUFARGIS.
Et me recevra-t-il moi-même en sa demeure?
Certes.
190 RICHELIEU
MADAME DUFARGIS.
De nos messieurs , qui viennent tout à l'heure , A ce charitable homme avez-vous dit le nom?
Nommer le chancelier M arillac ! mon Dieu , non ; Pas plus que je n'ai fait monsieur de Bassompierre.
Oh! quant au maréchal, son humeur cavalière
Vous dispense des soins prudens , minutieux :
Nulle part le danger n'apparaît à ses yeux.
Tête haute à la cour comme dans la mêlée ,
Il s'y montre en guerrier, emportant tout d'emblée :
Il masque de fierté ses intérêts , et feint
Un suprême mépris pour l'ennemi qu'il craint. . -
Chevalier, favori , galant , brave , il conspire ,
Se bat, aime, boit , joue, et de tout ose rire.
Ces gens-là , tôt ou tard , de leurs plaisans propos Vont rire tristement en quelque endroit bien clos : De braves étourdis là Bastille est peuplée ; Ce lieu doit être gai.
MADAME DUFARGIS.
Je prendrai la volée Au premier bruit fâcheux.... Docteur, la liberté/ Et le plaisir, surtout, sont bons pour ma santé.
Eh! quel remède est bon pour vos jeunes cervelles? Vous vivez , près du roi , sémillantes et belles ; Sans réfléchir sur rien, vous vous mêlez de tout, Et vous voguez sans voir quels écueils sont au bout :