ACTE II, SCENE I
Sur mon sein?
MADAME DUFARGIS.
A ravir!
ANNE
Sur ma tête.
MADAME DUFARGIS.
Encor mieux l
ANNE
À quel choix me fixer?
MADAME DUFARGIS.
Consultez-en vos yeux.
ANNE
Oh ! ne me flattez pas.
Fi donc. 1 est-ce qu'on flatte?
ANNE
Ainsi le cardinal , dont l'insolence éclate ,
Toujours en ce couvent prétend suivre, troubler
Sa souveraine 1 11 ose encor renouveler
Les persécutions que nos filles sacrées
Ont de sa surveillance une fois endurées ,
Quand du roi mon époux , qu'il remplit de soupçon ,
L'ordre fit visker leur austère maison.
Quel outrage ! On fouilla jusque dans mes cassettes.
Hélas ! que trouva-t-on en leurs chastes retraites?
Des cilices cruels, des livres saints, l'argent
Qu'un charitable soin réserve à l'indigent.
Ce politique vain , qui , noirci d'injustices ,
Fait parade souvent de ses superbes vices ,
Fut bien honteux de voir, non ce qu'il y cherchait ,
204 RICHELIEU
Mais que modestement la vertu s'y cachait.
MADAME DUFARG1S. /
Un tel homme en public n'agit que par système , Et d'ostentation traite la bonté même ; Il ne conçoit jamais qu'on l'exerce pour soi , Et la nomme artifice, ou duperie.
ANNE
Eh quoi?
Que me fait cet acteur et son indigne râle?
Brisons là... Ce bouquet sur ma toque espagnole S'ajuste comme il faut ; puis il mé vengera Du cardinal à qui son aspect déplaira.
Ennemi de l'Espagne, il croit qu'en étrangère > Ma trahison vendrait la France au roi mon frère. LorsquW ses courriers m'arrivent des bijoux, Des modes , il enrage , il gronde mon époux ; Sa malignité perce , et couvre ses murmures D'intérêt protecteur de nos manufactures.
Notre cour, lui dit-il , se modèle sur nous ; De la cour aussitôt Paris singe les goûts ; Et rendant à son gré la mode même esclave , Il nous prescrit des lois. . . Mais j'en ris , je le brave, Et pour ma dignité que je soutiens toujours , Je porte de Madrid la fraise et les atours.
MADAME DUFARG1S.
C'est là ne point mollir et se montrer en reine» Mais de lui résister vous n'aurez plus la peine ; Si le duc d'Orléans prend enfin un parti , Le ministre à vos pieds tombe, est anéanti.
On prépare le coup ; c'est le jour de la crise.