‹ Comédies historiquesChapitre 136 sur 260 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Sur mon sein?

MADAME DUFARGIS.

A ravir!

ANNE

Sur ma tête.

MADAME DUFARGIS.

Encor mieux l

ANNE

À quel choix me fixer?

MADAME DUFARGIS.

Consultez-en vos yeux.

ANNE

Oh ! ne me flattez pas.

Fi donc. 1 est-ce qu'on flatte?

ANNE

Ainsi le cardinal , dont l'insolence éclate ,

Toujours en ce couvent prétend suivre, troubler

Sa souveraine 1 11 ose encor renouveler

Les persécutions que nos filles sacrées

Ont de sa surveillance une fois endurées ,

Quand du roi mon époux , qu'il remplit de soupçon ,

L'ordre fit visker leur austère maison.

Quel outrage ! On fouilla jusque dans mes cassettes.

Hélas ! que trouva-t-on en leurs chastes retraites?

Des cilices cruels, des livres saints, l'argent

Qu'un charitable soin réserve à l'indigent.

Ce politique vain , qui , noirci d'injustices ,

Fait parade souvent de ses superbes vices ,

Fut bien honteux de voir, non ce qu'il y cherchait ,

204 RICHELIEU

Mais que modestement la vertu s'y cachait.

MADAME DUFARG1S. /

Un tel homme en public n'agit que par système , Et d'ostentation traite la bonté même ; Il ne conçoit jamais qu'on l'exerce pour soi , Et la nomme artifice, ou duperie.

ANNE

Eh quoi?

Que me fait cet acteur et son indigne râle?

Brisons là... Ce bouquet sur ma toque espagnole S'ajuste comme il faut ; puis il mé vengera Du cardinal à qui son aspect déplaira.

Ennemi de l'Espagne, il croit qu'en étrangère > Ma trahison vendrait la France au roi mon frère. LorsquW ses courriers m'arrivent des bijoux, Des modes , il enrage , il gronde mon époux ; Sa malignité perce , et couvre ses murmures D'intérêt protecteur de nos manufactures.

Notre cour, lui dit-il , se modèle sur nous ; De la cour aussitôt Paris singe les goûts ; Et rendant à son gré la mode même esclave , Il nous prescrit des lois. . . Mais j'en ris , je le brave, Et pour ma dignité que je soutiens toujours , Je porte de Madrid la fraise et les atours.

MADAME DUFARG1S.

C'est là ne point mollir et se montrer en reine» Mais de lui résister vous n'aurez plus la peine ; Si le duc d'Orléans prend enfin un parti , Le ministre à vos pieds tombe, est anéanti.

On prépare le coup ; c'est le jour de la crise.

Page 1