‹ Comédies historiquesChapitre 137 sur 260 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

ANNE

J'ai fait dire à Gaston qu'en rien je n'autorise Le parti violent qu'il veut suivre aujourd'hui.

MADAME DDFARGIS.

Madame à Richelieu rend-elle son appui?

Non ; mais s'il résistait, et qu'on tranchât sa vie , Voudrais-je qu'eu mon nom elle lui fût ravie , Et qu'on renouvelât , sur ce traître puni , Tous les bruits qu'attira la mort de Cônchini?

MADAME DUFARGIS.

Le peuple est loin- d'avoir tout l'esprit qu'on lui prête : Ses propos....

ANNE

Font beaucoup : le peuple n'est pas bête.

MADAME DUFARGIS.

À-t-il des yeux ?

ANNE

Ses yeux .pénétrans , indiscrets , Percent les murs du Louvre et nos conseils secrets ; Il démêle nos goûts, nos mœurs , nos caractères, Librement s'entretient de nos plus grands mystères. On entend sur les ponts un chansonnier malin Qui leur apprend , le soir , notre avis du matin. Ce parterre inquiet raille nos comédies ; Ou de sifflets vengeurs punit nos tragédies ; Et l'applaudissement que nous donnent ses mains , Volontaire ou payé , nous rend honteux ou vains. D'un examen subtil son suffrage est la marque. Paris est plein d'oisifs qui , l'œil sur le monarque ,

206 RICHELIEU

Savent que , si de lui s'émane toute loi ,

Richelieu qui gouverne est le roi de son roi ;

Qu'aux vains loisirs livré , mon époux à la chasse

Laisse , en courant les cerfs , un tyran en sa place ;

Que son frère Gaston , Monsieur , plus faible encor ,

Choisit des confidens jaloux d'honneurs et d'or ,

Qui régnent sur leur maître , aidés par ses maîtresses ,

Et que du cardinal font jaser les promesses.

On sait que contre Armand la reine Médicis ,

Marie , en vain s'irrite et parle au roi son fils ,

Qu'en femme impérieuse elle en est outragée ,

Ligue , soulève tout : la faveur partagée

Tient en suspens le sort de tous les favoris :

Leurs pas, leurs vœux , leursnoms, noschoixpartoutinscrits,

Et de tous nos débâts le spectale mobile ,

Juste objet de satire , ont amusé la ville.

La calomnie en vain l'infecte de poisons ,

Paris se trompe moins que nous ne le disons ,

Et le babil commun l'instruit de nos histoires

Mieux que nos serviteurs écrivant leurs Mémoires.

MADAME DUFARGIS.

Au discours que j'entends de Votre Majesté ,

J'admire sa raison et sa sagacité :

Mais il est peu de risque , en de hautes affaires ,

De secouer ce joug d'opinions vulgaires.

Hors quelques songe-creux , nos badauds rarement

S'occupent de leurs rois avec discernement :

Sur vos habits , vos airs , leur caquet se consume ;

Quand leur prince éternue ils disent qu'il s'enrhume ;

Et la moindre étiquette excite leur babil

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