‹ Comédies historiquesChapitre 139 sur 260 · ACTE II , SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE IL

Lui fait hors de Paris demander un dîné ,

Chez lui-même , où sa suite , escorte toute prête ,

Saisira le tyran pour égayer sa fête.

ANNE

Que pense d'Epernon sur le parti qu'on prend ?

d'epernon.

Que pour tous ces messieurs le danger est très-grand.

Si l'adroit cardinal ne se laisse surprendre,

Ont-ils ainsi que moi , qui pourrais me défendre ,

Des vassaux à liguer et des forts à munir.

Afin qu'il négocie au lieu de les punir.

J'ai hanté nos ligueurs ; et ma seule personne

De la régente-mère a sauvé la couronne.

Sous trois règnes j'ai su si bien me comporter,

Que ce qu'ils m'ont donné nul ne peut me l'ôter.

Vieux routier dans les cours , je suis las des cabales ;

Hormis qu'il attentât aux personnes royales ,

Ou que ses favoris sur moi prissent le pas ,

Contre le cardinal je ne m'armerai pas.

Si pourtant de Monsieur l'entreprise échouée

Vous mettait en péril , cette main dévouée

Vous ravirait , Madame , à ses ressentimens ,

Dans l'un des châteaux-forts de mes gouvernemens.

Ne doutez point du bras ,. du cœur de La Valette.

anne , après avoir répondu au duc par un signe gracieux ,

à Marillac.

Et vous qui vous taisez ?

madame dufargis à la reine.

La prudence est muette.

210 RICHELIEU

marillac d'un air composé.

Je n'ai pour m'expliquer besoin de nuls détours. Clairement au conseil je m'exprime toujours.

Etant sans intérêt , sans peur, sans artifice , Je ne vise jamais qu'à ce but , la justice.

Vous allez bien m' entendre : On doit premièrement, En se résumant tout, asseoir son jugement.

L'affaire est délicate et les yeux s'embarrassent A suivre chaque fil où les choses s'enlacent. Pour le salut public Richelieu fit beaucoup ; Mais pour l'honneur du roi Monsieur tente un grand coup. Au joug du cardinal il est quelque avantage ; Mais seconder Monsieur est d'un noble courage. Si notre auguste reine au parti mécontent N'ose prêter secours, on peut oser autant.

Si Madame , et Marie , et le roi , tout incline A perdre Richelieu , penchons pour sa ruine.

Si tout considéré , sur ce point important , Flottent Vos Majestés , on doit rester flottant. En sage chancelier, sur un choix si funeste , J'ai dit tout ce qu'il faut.

MADAME DU F An GIS.

Nous devinons le reste.

BASSOMP1ERRE.

Si c'est là parler net , Monsieur, pour conseiller Je ne prendrai jamais un sage chancelier.

S'agit-il de choisir, lorsque , dans sa demeure , Monsieur, j'en qi l'avis, l'environne à cette heure?

ANNE

Vous m'effrayez ! je tremble. . .

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