ACTE II, SCÈNE IL
Il est , je crois , perdu.
Dieu ! si le roi , souillé de son sang répandu , S'irrite.
d'epernon souriant.
Bon ! toujours les confidens intimes Qui délivrent leurs rois par ce qu'on nomme. . . crimes , Prennent sur eux l'affront , agissent par hasard ; Vos nobles Majestés jamais n'y prennent part. Devant les parlemens, même, l'on enregistre Que c'est contre leur gré qu'on tua leur ministre. Qui n'a lu , sur les murs , ces déclarations Où les mots abondans lavent les actions?
Monsieur le chancelier, sauf les préliminaires , Peut dire là-dessus des vérités très-claires.
Si le ministre est pris , ayez soin d'empêcher Que le roi de vos mains le fasse relâcher.
Après la guérison , le pis c'est la rechute.
ANNE
A sa vengeance , 6 ciel ! qui ne serait en butte !
MADAME DUFARGIS.
Nous en serions traités comme des huguenots.
d'epernon.
Vous auriez pour le fuir l'abri de mes créneaux. (
BASSOMPIERRE
Par lettre-de-cachet , comme enfant de famille , S'il est vivant , ce soir, qu'il dorme à la Bastille.
2i2 RICHELIEU. .
VAUTiEft à Mdrillac. Monsieur peut au besoin intenter son procès , Comme il dressa pour lui l'acte contre Chalais. Vous le sûtes convaincre aussi bien qu'il se puisse; Usez , pour nous venger, de la même justice.
marillac d'un ton doux.
Oh ! l'embarras n'est point contre le cardinal De disposer l'arrêt d'un grave tribunal.
Ceux que nous condamnons , ainsi qu'on le désire , Sortiraient innocens , si nous les laissions dire. Mais des juges, instruits de ce qu'il faut savoir, Avant qu'on ait parlé connaissent leur devoir. Sur ces matières-là j'ai quelque expérience , Et j'examinerai le tout en conscience.
ANNE
Ces détails font frémir, et je n'y puis penser, Messieurs , sans que mon cœur soit prêt à se glacer.
MARILLAC
Oh ! Madame, on est loin de ce que l'on suppose, Moi , je parle d'arrêts comme d'une autre chose. Je tiens du cardinal mes biens et mon emploi , Et ne l'accuserais que par ordre du roi. '
ANNE
Le roi , Messieurs... Il vient ! je l'entends , je frissonne.
BASSOMP1ERRE.
Du pervers qu'on punit déchirons la personne ,- Préparons bien le roi , faisons-lui pressentir L'événement prochain dont on va l'avertir.
Tous les personnages se rangent, et Louis XIII parait avec sa suite.