LES MÉME8, LOUIS XIII ET SA SUITE
LOUIS
Le cardinal ici n'est point venu?
ANNE
Non , Sire.
Ou présente des papiers au roi.
LOUIS
Je m'en vais à la chasse , et je ne peux rien lire.
à (fEpernon. à Bassompierre.
Dieu tous gard' , mon cher duc ! Ah I bonjour, maréchal ! Quoi ! personne de tous n'a tu le cardinal?
Je l'ai fait demander chez lui, chez la marquise De Combalet. Sait-on la route qu'il a prise ? De cette absence-là je me sens alarmé.
d'epernon.
Sire , heureux qui de tous est à ce point aimé , Qu'éloigné sans TOtre ordre et sans soin de tous plaire , Il peut tous mettre en peine et non pas en colère !
LOUIS
J'étais impatient qu'il jetât ses regards Sur ces dépêches-là.
BASSOMPIERRE
Doit-il si peu d'égards Aux instans qu'à l'Etat Votre Majesté donne?
Qu'importe un haut talent , si pour votre couronne
214 RICHELIEU
On ne signale pas le plus profond respect?
Ce sentiment en lui me parait bien suspect.
LOUIS
Souvent même au conseil il tranche en ma présence. Le chancelier le sait.
MABILLAC
Je sais votre indulgence , Sire*
louis. * Il est de travail tellement écrasé,
MARILLAC
Parce qu'il veut tout faire , et tout n'est pas aisé»
LOUIS
À borner les détails son talent est insigne.
11 voit , prépare , apporte à signer, moi, je signe.
Des soins minutieux il m'épargne l'ennui ,
Et très-facilement je règne , grâce à lui.
ANNE
Si votre autorité, nommant des secrétaires,
Des attributs qu'il a créait trois ministères ,
Les gens instruits m ont dit, car je m'y connais peu,
Que tout marcherait bien ; et l'altier Richelieu
N'aurait pas , dans l'Etat , que son orgueil consterne ,
Affecté d'en saisir le timon qu'il gouverne.
11 montre un peu d'orgueil du rang où je l'ai mis; Je l'avoue en secret , il n'est plus si soumis. Je sens que devant lui personne n'est à l'aise. Je suis son souverain , et, tout franc, il me pèse.