ACTE II, SCENE V. 22S
Et protégé de vous , j'y parviendrai , j'espère.
Richelieu sans lui répondre.
Jamais l'opinion ne m'arrête , mon père.
Est-ce donc à l'esprit d'un homme tel que moi De se laisser juger par la mauvaise foi?
Tout ici se trafique , et n'est qu'un vil échange De refus, de présens , de blâme et de louange. On me paie en encens , et je paie en écus.
L'éloge , nos pareils en sont tous convaincus , Est vendu par la fourbe , et moi , qui le méprise , A sa juste valeur je l'achète et le prise.
Conçois-tu quel dégoût , quel spectacle ennuyeux Qu'un troupeau de valets cupides , envieux , Toujours guettant la route et l'endroit où je passe , Pour me solliciter par leur humble grimace ; Et qui, si la frayeur ne les rend bien discrets , Me peignent blanc ou noir selon leurs intérêts? Doit-on de ces gens-là respecter les suffrages? Et Paris , dont là cour endure tant d'outrages , Que renferment ses murs? De lourds indifférens Et de médians rimeurs qui chansonnent les grands, Des bourgeois éblouis des pompeuses entrées Que font dans les palais nos voitures dorées , Des femmes', esprits forts , et de roides savans Qui pour des morts vantés diffament les vivans. Un chef d'État , qui vise à quelque haute gloire , Ne prend que soi pour guide, a pour juge l'histoire , Et non ces complaisans qui briguent un regard Qu'en leur cercle assidu je jette par hasard. Les princes et leurs gens attentent à ma vie ;
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Mais j'ai deux espions , l'avarice et l'envie , Qui , soulevant entre eux mille rivalités, Trahissent les complots des partis irrités.
Ceux-ci , de ma parole attendant leur fortune , Des trames qu'on ourdit viennent confesser Tune ; Ceux-là déclarent l'autre , en leur arae espérant Punir quelques hauteurs ou perdre un concurrent. Des conspirations par-là je suis la trace.
La reine Anne me hait , Médicis me menace , Elle imagine encor qu'évêque de Luçon, Je dois borner mes soins à régler sa maison , Vivre à se ? pieds , garder la même complaisance Par quoi sous son appui j'ai fondé ma puissance. Pauvre Marie ! hélas .' s aperçut-elle alors Que j'ai par son crédit mû de doubles ressorts? Que de peines je pris! qu'il me fut difficile De marcher d'un air souple, insinuant , docile, A ce suprême but où , seul dominateur, Je suis flatté des grands dont j'étais lé flatteur !
JOSEPH
D'obstacles et de maux cette terre est semée. Combien , sans recueillir autant de renommée , Mortifiant leur cœur de tribulations , Perdent chez des commis leurs génuflexions !
De votre nom du moins l'Europe entière est pleine : Cette gloire vous paie , encor qu'un peu mondaine. L'Autriche , à qui je viens de porter vos traités , Parle ainsi que Madrid de vos prospérités.
Combien de malheureux dont le courage s'use A faire un petit gain par la force et la ruse !