‹ Comédies historiquesChapitre 173 sur 260 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

(au cardinal qui fait un mouvement pour répondre. ) Homme injuste ! est-ce moi , moi , votre bienfaitrice , Qui cherchais à vous nuire? Eh quoi ? par quel caprice Renverser aujourd'hui ce qu'hier j'élevai?

Car, si dans le conseil vous êtes arrivé r Quel pouvoir que le mien vous en ouvrit Fentrée ? De qui votre sagesse était-elle admirée , Lorsque , modeste abbé , vos talens à la cour Entre de Luine et moi manégeaient mon retour. Je les fis éclater de toute ma puissance , ,

Bientôt de ma maison vous donnai l'intendance , Du nonce vous obtins le rang de cardinal , Et vous rendis du roi ministre principal.

Sa Majesté pourrait avouer elle-même Que de ses courtisans la répugnance extrême Combattit dans son cœur ce choix sollicité Par mon crédit , soutien de votre autorité.

C'était moi qui vantais vos prudentes manières , Votre discernement si pourvu de lumières, Votre esprit attentif à profiter de tout , Et qui ne tente rien sans regarder au bout.

Ce fut moi qui prédis que vous seul à la France Rendriez sa splendeur et sa magnificence , Et que le roi par vous relèverait nos lis Par la Ligue, et l'Espagne, et l'Autriche avilis. Il me crut , vous choisit , vous combla de largesses. Enfin vous me devez grandeurs, pouvoir, richesses*. De mon ouvrage heureux mon cœur était épris. .* Eh bien ! quels procédés en ont été le prix?

Bientôt à mes souhaits opposant vos scrupules y

Vous m'osâtes blesser de refus ridicules.

C'était peu ; non content de trahir ma maison , Vous avez accusé mes gens de trahison , Afin d'en exiler des confidentes sûres, Et de ne la remplir que de vos créatures.

Vous m'avez disputé sans égards et sans foi Le tendre amour d'un fils , le cœur de votre roi !.. . Sire , je ne veux pas récriminer, sans doute ; Mais pour mieux me juger, il est bon qu'il écoute Combien de nos faveurs abusèrent ses torts.

Sa patience au moins prouvera ses remords.

Ils le rongent , l'ingrat , s'il est encor sincère.

{s 9 emportant toujours déplus en plus. ) Ah ! parlez , eussiez-vous, respectant ma colère , Fui ma vue , et tardé d'embrasser mes genoux , Si mon pardon tout prêt vous eût paru plus doux? Un autre se serait jeté sur mon passage , Eût forcé l'indulgence , eût lavé son outrage. Mais vous , point ! démentez ce comble de hauteur...

Richelieu veut prendre la parole.

Votre silence froid est votre accusateur...

Richelieu s'avance pour se justifier.

Epargnez-vous la feinte ; elle n'a rien qui touche. Sire , défions-nous des discours de sa bouche ; Je lis dans son maintien , dans ses traits, dans son œil ; Un sujet à ses rois montrer autant d'orgueil i Voilà ce qui m'irrite i... Ah! quand je me rappelle Que le public sous lui nous croit presque en tutelle , Que moi , moi , votre mère et veuve de Henri , Vous , la cour, nous plions devant ce favori ,

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