‹ Comédies historiquesChapitre 181 sur 260 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

Et je dois, de la cour enfin me séparant , M'immoler à mon roi , que je quitte en pleurant»

LOUIS

Où comptez-vous aller ?

richeueu à part. [haut.)

Quel mot ! Dans les domaines Que je tiens de tos dons , salaire de mes peines ; A Brouage. .

Comptez sur mon affection!

RICHEUEU.

Mon maître, conservez votre protection A l'homme que punit l'inimitié dés "princes D'avoir fait refleurir le sceptre et vos provinces. Je ne m'étonne pas de blesser leurs regards.

J'ai de vos ennemis mérité les poignards.

LOUIS

Monsieur le cardinal , j'apprécie et j'adhûre

Vos services nombreux , et mon plus grand martyre

Est de n'avoir nul prix digne de les payer.

Ma mère cependant m'a su presque effrayer :

Elle a dit , à travers ses clameurs peu sensées ,

Des choses qui d'avance étaient dans mes pensées.

N'humiliez-vous pas les princes de mon sang?

RICHELIEU

Oui , lorsque leur orgueil méconnaît votre rang.

LOUIS

Vous soufflez aux voisins le feu du calvinisme.

RICHELIEU

Oui, comme en vos Etats j'en ruine le schisme.

278 RICHELIEU

Vous privez les seigneurs de leurs gouvernemens.

RICHELIEU

Oui, si pour vous combattre ils font des arméniens.

LOUIS

Vos rigueurs ont sévi sur mes parens eux-mêmes.

RICHELIEU

Oui , quand ils s'alliaient à d'autres diadèmes.

LOUIS

Vous écartez toujours ma mère du conseil.

RICHELIEU

Oui, quand d'une régente elle y prend l'appareil.

LOUIS

Vous traînez sur vos pas une force imposante.

RICHELIEU

Oui , partout où je vais , je vous y représente.

LOUIS

Pourquoi détournez-vous mes choix et mes souhaits?

RICHELIEU

J'ose tout pour mon roi», ce sont là mes forfaits : Et son cœur me rendra justice encor, peut-être.

LOUIS

Monsieur le cardinal , vous avez un bon maître. Pour vous en mon esprit, parfois irrésolu, La confiante estime a toujours prévalu. Ma mère m'indignait quand ses paroles dures A quelques vérités mêlaient des flots d'injures. Sa fougue m'outrageait , et m'avait animé D'un dépit dont mon sang est encore enflammé. Je veux qu'on me respecte , et faire voir au monde

Page 1