‹ Comédies historiquesChapitre 206 sur 260 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

que faire de l'amour éternel qu'elles me demandent , et je leur en épargne l'ennui. Mon cœur ne peut s'attacher qu'à ta vertu.

YPPARETTE.

Ton cœur est-il à toi ?

ALCIBIADE

A qui donc ?

YPPARETTE.

A toutes les belles.

ALCIBIADE

Dis à toutes les beautés que réunissent ton ame et ta personne ; mais résigne-toi seulement encore à partager mon amour avec deux objets.

YPPARETTE.

Comment? deux rivales !

ALCIBIADE

La liberté et ma patrie. Si mes autres goûts sont volages, la passion que j'ai pour celles-ci n'eut jamais ce caractère.

YPPARETTE.

Ah! ne sacrifie donc plus de tels sentimens à des sensations qui te font soupçonner du contraire. On te calomnie; on t'impute mille déréglemens. La loi du bannissement qui prive déjà notre pays de trois de ses plus grands hommes , l'Ostracisme te menace.

En suis-je là? je n'ai pas encore assez rendu de services à mes concitoyens pour qu'ils me haïssent au point de vouloir me chasser. Quelques bienfaits de plus me mériteront cette marque de reconnaissance.

YPPABBTTE.

Crains tout : l'amitié même de Socrate ne prévaut plus contre les voix qui s'élèvent pour t'attaquer. Chacun répète que tu consumes en riant tes richesses , tes talens et ta vie en de folles amours , et qu'avec la même extravagance tu conseilles des guerres et tu frondes les sages avis de Nicias.

ALCIBIAQB.

Va , va , j'empêcherai bientôt que nos graves Athéniens ne s'occupent de régler ma conduite publique, et qu'ils ne présument affermir l'Etat en babillant au Portique sur les noms des chefs qui le gouvernent.

YPPARETTE.

Comment ? ton moyen ?. . . .

ALCIBIÀDE.

C'est d'introduire en scène un nouveau personnage : tu connais mon beau chien de Laconie ?

YPPARETTE.

Oui.

ALCIBIADE

Je vais lui faire couper la queue ; et le peuple ne parlera plus d'autre chose.

YPPARBTTE.

Te moques-tu?

ALCIBIADE

Chut ! garde bien le secret de cette importante affaire : c'est un des grands coups de ma politique. Quand il éclatera , nos citoyens n'auront plus le temps de songer à mes brouilleries avec leurs généraux, ni à mes infidélités , ni à mon raccommodement avec ma chère Ypparette.

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