‹ Comédies historiquesChapitre 208 sur 260 · ACTE 1, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE VI

HYPPERBOLUS.

Sera vérité reconnue , dès qu'à votre retour chez Àlcibiade un interrogatoire à ses gens vous aura confirmé que Nais , comme je tous l'annonce , y sera doucement introduite et cachée.

ypparette à elle-même.

Ce langage me tue... 6 Dieux ! une telle trahison, après tout ce que mon amour lui pardonnait... Son rapprochement avec moi n'est-il qu'un artifice, qu'un digne trait de sa politique pour arrêter les démarches de mon désespoir , et prévenir la publicité d'une plainte qui l'eût diffamé?... Non , non... ah ! cette ruse atroce rendrait ma fureur capable... Non, je n'y crois pas... {àHypperbolus. ) Je n'en crois rien , abominable homme 1 Vous me glacez le sang , et je vous fuis comme un monstre.

SOivS SIXIÈME.

HYPPERBOLUS seul.

Tu n'en crois rien , pauvre Ypparette ! Ah ! je vois au contraire à ton trouble , à ton saisissement , que tu crois tout. Hypperbolus est-il fait pour semer l'imposture , lui ! Va, va, mon récit est véridique, et le coup a porté. Bon ! . . . ah ! ah ! ah ! mon agile Àlcibiade , intrigue , intrigue désormais en tous 3ens ; démène-toi ; nous te tenons , tu ne nous échapperas plus... Rien de meilleur pour perdre les gens trop renommés que de décrier en concert leurs actes publics, et que de fouiller ensuite dans les détails de leur

vie privée , afin de les livrer jour par jour au ridicule qui les dégrade, et à la haine qui les ruine dans l'opinion. Quel dommage que mes instances n'aient pu faire lancer contre Alcibiade , au poète Aristophane , un de ces traits satiriques dont il perce Socrate de part en part ! Mais il n'atteint son beau disciple qu'en l'effleurant... A son défaut, j'ai pressé Cratinus qui ne l'a pas ménagé , lui , de peur que notre vengeance ne fit tomber ses comédies, comme nous avons fait huer quelques bonnes tragédies d'Euripide. . . Ces auteurs tremblent devant nous quand ils ne sont pas nos instrumens de circonstances... L'adorable ressort que leurs mordantes personnalités au théâtre ! Si quelque censure judiciaire les restreignait , il faudrait y suppléer , soit par nos orateurs, soit par des diatribes circulantes qui se multipliassent aux mains de plus de lecteurs que nos cirques ne contiennent de spectateurs. Alors , on ne verrait plus briller dans notre pays que des talens pareils aux miens et que des Hypperbolus tels que moi. Alors , quelle égalité parfaite ! quelle concorde ! En attendant , usons des seuls moyens que nous ayons de nuire à ceux qui nous éclipsent, et faisons d'abord sauter Alcibiade... Ses mœurs déréglées , malgré leur élégance , nous rendent facile de le tympaniser. . . Quant à l'austère Nicias , il ne passera qu'après : nous traiterons son intégrité d'hypocrisie. . . Chut , sur son compte, point de bruit ! étouffons-le peu à peu par un silence obstiné sur tout ce qu'il dit ou fait , ou pense de bon ; n'ayons pas même l'air de sentir qu'il existe , de sorte qu'en agissant et qu'en parlant il se croie dans une ville de sourds , d'aveugles et de muets. Cet expédient-ci vaut l'autre ! En dernier viendra Socrate... Oh ! pour lui,

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