ACTE I, SCÈNE VIII
Belle Nais ! tous avez peur.... Quelle crainte vous fait palpiter ainsi? Vous défiez-vous de moi?
NAIS
Si je m'étais défiée de vous , je ne serais pas venue en votre présence.
ALCIBIADE
Vous m'abordez donc en parfaite sécurité ?
NAIS
Oui.
theoclès à part.
C'est la seule fille ou femme avec qui lui soit arrivé ce bonheur.
NAIS
Seigneur Alcibiade ! vous ne tenterez jamais d'offenser une infortunée dans l'humiliation où elle parait à vos yeux. Je me jette à vos genoux.
alcibiade la relevant.
Eh quoi ! qu'est-ce qui vous humilie, Naïs? Vos malheurs m'ont été révélés. : ils vous soumettaient à une cruelle tutrice qui par d'indignes traitemens se vengeait sur vous des duretés de son sort. Mon cœur touché de vos peines a soudain envoyé Theoclès vers cette mégère....
NAIS
Qui , disons le mot , Seigneur.... m'a vendue.
theoclès à part.
Elle ne s'épargne pas dans les expressions de son dépit.
alcibiade.
Son vil intérêt vous eût , peut-être , exposée à tomber au pouvoir de quelque aveugle possesseur , moins respec-
tueux , moins sensible aux attraits dont vous êtes pourvue.
THKOCLKS.
Aux mains de Phéax , par exemple.
NAIS
Comme tous , à mon insu , il m'avait recherchée.
ALCIBUDE.
Phéax ! je le trouve donc sur mes brisées en amour comme en politique !
nais.
Mon cœur ne pouvait être ni à Phéax , ni à aucun autre. Il ne pouvait s'engager que par son libre choix.
ALCIBIADE
Et votre volonté m'exclut-elle du privilège de l'attacher?
NAIS
Oserai-je vous faire un aveu sincère?....
thÉocles à part.
La pauvre enfant ! quelle déclaration tendre elle lui prépare!
ALCIBIADE
Parle ! parle ! charmante fille !
Je ne vous aime pas.
THÉOCLES.
L'aveu iious parait neuf, (à part.) Cette ingénuité-là le passe.
ALCIBIADE
Présumez-vous que vous ne m'aimerez jamais ?
NAIS
On nous peint Socrate comme un vrai sage : il n'a pu faire en Alcibiade un mauvais disciple.