ACTE I, SCÈNE VIII
ALCIB1ADE.
À quoi tend ce propos ?
NAIS
A vous foire prononcer vous-même que je ne puis tous aimer. Ecoutez-moi : je ne mentirai sur rien. Sans appui , san* biens, sans amis, sans parens, seule au monde.... O Alcibiade ! sois mon refuge , ma famille ; que je trouve mon frère en toi ; je crois votre ame conforme à vos qualités extérieures , fils de Clinias.
mioches â part.
La petite se monte la cervelle.
NAIS
Depuis la mort de mon père , l'ouvrage de mes fuseaux et la vente des tissus que je filais subvinrent aux besoins de ma vie, et à ceux de la femme qui m'en a si indignement récompensée. Un jeune homme habitait la maison la plus voisine dé la nôtre.
alcibiade à part.
Nous y voici ! quelque amourette ; et de maître je deviens confident.
NAIS
Le hasard le lia bientôt avec nous : nos fréquentes entrevues l'instruisirent du secret de notre indigence. La sensibilité qu'il nous montra m'attendrit : issu d'une famille moins pauvre que la mienne , il ne balança pas à lui demander l'autorisation d'un mariage avec moi. Ses parens la lui refusèrent. L'infortune nous pressait : que fit-il ? Tous les gains que produisait l'art qu'il cultive , il les sacrifia aux mains de ma tutrice pour me prêter des secours d'autant plus généreux qu'il lui prescrivit de me les taire.
Son scrupule craignait de m'enchaîner par la reconnaissance. Que de soins touchans ne prodiguait-il pas à sa pauvre Naïs! Ses nouvelles instances, ses démarches réitérées surmontaient enfin tous les obstacles à notre union...
le jour était pris : le dirai-je? mon cœur s'en applaudissait, quand le poids des offres secrètes de Phéax vint tout détruire ; offres dont le succès fut , à son tour, renversé par l'éclat de vos libéralités. Hier, Théoclès sut éblouir de vos présens mon avare gardienne , et sa cruauté m'imposa la loi de ne plus revoir mon cher Leucippe.
ALCIBIADE
Leucippe ! l'élève de Phidias !
NAIS
Lui-même , Seigneur. Il est survenu , lui a fait entendre l'accent de son désespoir ; elle l'a repoussé du seuil de notre cabane. Son malheur m'a inspiré le courage de vous adresser mes prières. Tu sais tout , Alcibiade : dis-moi maintenant si je t'offense en t'assurant que je ne suis pas libre de taimer.
ALCIBIADE
Honnête Naïs! tu m'as nommé ton protecteur, ton frère, et tu ne m'offenserais qu'en me retirant ces deux titres. Choisis ma demeure pour asile : mes foyers seront pour toi plus sûrs que l'enceinte d'un temple.
NAIS
Je respire ! 6 Alcibiade ! va , je n'attendais pas moins de ton magnanime caractère.
alcibiade à part.
Projet ravissant!.... la surprise, l'ivresse.... oui, je veux m'en donner le doux spectacle.