SCÈNE SIXIÈME
les mêmes, YPPARETTE qui paraît au, fond de la* scène*
ypparette . en entrant.
Restez près de cette porte , Nais.
' * On aperçoit Nais qui disparaît aussitôt.
alcibiade à part.
Ah ! mon Ypparette vient nous écouter ! . . . . Bonne occasion de la corriger aussi, {haut.) Leucippe , vous avez beau vous débattre : je tiens à ma résolution. Vous avez le désir de me quitter pour courir après votre maîtresse perdue : moi , j'ai la volonté de vous retenir pour que vous me fassiez une statue bien ressemblante à la femme que j'aime le plus au monde et dont je veux conserver à jamais la pl^ parfaite image. Ni vous, ni moi, n'entendrons bien raison , nous sommes tous deux amoureux.
ypparette à part.
De qui l'est-il encore I Ce n'est point de Nais qu'il oserait parler à Leucippe. . . Saisissons cette nouvelle trame , et pour la surprendre , glissons-nous derrière ce rideau.
Elle se cache à l'opposite d'Hypperbolus.
alcibude à part.
Bon ! elle ne pouvait mieux se placer pour recevoir la douce leçon que je lui prépaie. ( haut. ) Vous méditez , Leucippe , sur le parti que vous avez à prendre?
leucippe avec véhémence.
Non , Àlcibiade , non. Je songeais à votre aveuglement. Vous exigez de ma main un ouvrage qui répugne à ma délicatesse. Ne vous persuadez pas qu'un vrai sculpteur puisse créer des figures durables sans être animé lui-même du seul feu créateur, celui de l'inspiration. Eh ! que peut m 'inspirer de parfait le commandement que vous me faites de modeler un objet passager de vos caprices? Vous m'avez fait violence et insulte. J'en acquiers le droit de ne plus ménager votre orgueil et de m'expliquer sans détour. Quel modèle offrirez-vous à mon ciseau? Sera-ce une beauté réelle? Non , sans doute ; car il n'est rien de beau dans les formes matérielles qui soit digne de mon art, que ce que relève l'expression de lame. Trouve-t-on celle-là dans les femmes que dégradent leurs sens ou leurs vanités jusqu'à vous immoler l'honneur de leur sexe? Sera-ce une de ces infortunées que votre or dispute à l'indigence et que captive votre autorité? Je n'aurais sous les yeux qu'une triste victime de vos désordres , dont la vue, en me retraçant les dangers de Nais, me transporterait de coun^x et de douleur. Si j'avais une statue à faire , je me figurerais votre épouse Ypparette , humiliée , trahie , et s avançant avec fermeté aux pieds d'un tribunal pour y déposer contre les infidélités dont vous voulez à votre honte éterniser la mémoire par la puissance du plus noble des arts. C'est là ce qui m'a tantôt frappé. C'est là ce que vous ne m'ordon-