SCENE SEPTIEME
Eliane.
Aimer 1
Le Chevalier.
J'ai vu parfois, dans mes nuits solitaires, Des rêves enchanteurs errer sur mes paupières; Les vastes horizons qu'ils déroulaient sans fin Allumaient des ardeurs étranges dans mon sein, Et les heures, au bruit de voix mystérieuses, M'emportaient frémissant sur leurs ailes joyeuses. De ces illusions le mirage charmant Avec l'aube du jour s'effaçait tristement, Et, des cieux entr'ouverts retombant sur la terre, Je ne ressentais plus que lassitude amère. Inutile regret! Désormais, mon sommeil N'a point à redouter un semblable réveil. Voici que près de vous je retrouve, ici même, De cette volupté l'enivrement suprême.
Le rêve cette fois devient réalité.
J'en atteste à vos pieds l'auguste vérité, Et, courbée avec moi sous un même délire. Ne bénissez-vous pas ce feu qui nous inspire?
Eliane, émue.
Oui, ces transports sont vrais. Fasse le ciel qu'ici Ils régnent à jamais!
Le Chevalier.
Vous m'aimez donc aussi!
Eliane, avec un tendre abandon.
Comment d'un tel aveu pourrais-je me défendre?
Le Chevalier. (// se jette à ses pieds.)
Ange, c'est à genoux que je dois vous entendre... De quels élans nos cœurs sont-ils donc possédés En se parlant ainsi?
Eliane.
Dieu nous a regardés !
{Ils demeurent silencieux et comme perdus dans une rêverie contemplative. Bientôt leurs fronts se rapprochent insensiblement, et les lèvres du chevalier effleurent la joue d^Eliane. Un frémissement soudain et réciproque les rend à eux-mêmes, et ils courbent la tête en rougissant chacun de leur côté.)
Le Chevalier, co»/!(5- et embarrassé. Il s''est relevé et tient encore une des mains d'Eliane. A voix basse.
Élianc, pardon...
{A part, en s'éloignant un peu.)
C^u'iilluis-jc lairc? où suis-jc ?