ACTE I, SCÈNE II
marronniers, avec ce brave Spark, qui va me tenir compagnie. N'est-ce pas, Spark?
SPARK
Comme tu voudras.
HARTMAN
En ce cas, adieu. Nous allons voir la fête,
Hartman et Facio sortent. — Faotasio s'assied avec Spark. FANTASIO.
Comme ce soleil couchant est manqué I La nature est pitoyable ce soir. Regarde-moi un peu cette vallée là-bas, ces quatre ou cinq méchants nuages qui grimpent sur cette montagne. Je faisais des paysages comme celui-là, quand j'avais douze ans, sur la couverture de mes livres de classe.
SPARK
Quel bon tabac ! quelle bonne bière I
FANTASIO
Je dois bien t'ennuyer, Spark?
SPARK
Non; pourquoi cela?
FANTASIO. V
Toi, tu m'ennuies horriblement. Cela ne te fait rien de voir tous les jours la même figure? Que diable Hartman et Facio s'en vont-ils faire dans cette fête?
SPARK
Ce sont deux gaillards actifs, et qui ne sauraient rester en place.
FANTASIO
Quelle admirable chose que les Mille et une Nuits I Spark, mon cher Spark, si tu pouvais me transporter
170 FANTASIO
en Chine I Si je pouvais seulement sortir de ma peaa pendant une heure ou deuxl Si je pouvais être ce monsieur qui passe !
SPARK
Gela me paraît assez difQcile.
FANTASIO
Ce monsieur qui passe est charmant; regarde : quelle belle culotte de soie I quelles belles fleurs rouges sur son gilet! Ses breloques de montre battent sur sa panse, en opposition avec les basques de sonhabit, qui voltigent sur ses mollets. Je suis sûr que cet homme-là a dans la tète un millier d*idées qui me sont absolument étrangères; son essence lui est particulière. Hélas 1 tout ce que les hommes se disent entre eux se ressemble; les idées qu'ils échangent sont presque toujours les mêmes dans toutes leurs conversations; mais, dans Tintérieur de toutes ces machines isolées, quels replis, quels compartiments secrets! C'est tout un monde que chacun porte en lui! un monde ignoré, qui naît et qui meurt en silence! Quelles solitudes que tous ces corps humains !
SFARE.
Bois donc, désœuvré, au lieu de te creuser la tôte.
FANTASIO
Il n'y a qu'une chose qui m'ait amusé depuis trois jours : c'est que mes créanciers ont obtenu un arrôt contre moi, et que si je mets les pieds dans ma maison, il va arriver quatre estaûers qui me prendront au collet.