‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 110 sur 238 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

SPABK,

Voilà qui estfortgai,eneffet.Où coucheras-tu ce soir?

FANTASIO

Chez la première venue. Te figures-tu que mes meubles se vendent demain matin? Nous en achèterons quelques-uns, n'est-ce pas?

SPARE

Manques-tu' d'argent, Henri? Veux-tu ma bourse?

FANTASIO

Imbécile I si je n'avais pas d'argent, je n'aurais pas de dettes. J'ai envie de prendre pour maîtresse une fille d'opéra.

SPARE

Cela t'ennuiera à périr.

FANTASIO

Pa§ du tout; mon imagination se remplira de pîrçuettes et de souliers de satin blanc; il y aura un gant à moi sur la banquette du balcon depuis le premier janvier jusqu'à la Saint-Sylvestre, et je ft'edonnerai des solos de clarinette dans mes rêves, en attendant que je meure d'une indigestion de fraises dans les bras de ma bien-aimée. Remarques-tu une chose, Spark? c'est que nous n'avons point d'état ; nous n'exerçons aucune profession.

SPARE

C'est là ce qui t'attriste?

FANTASIO

n n'y a point de maître d^armes lùélancolique.

• SPARE

Tu me fais l'effet d'être revenu de toui.

172 FANTASIO

FANTASIO

Ah ! pour ôtre revenu de tout^ mon ami, il faut être al.é dans bien des endroits.

SPARK

Eh bien donc?

FANTASIO

Eh bien donc I où veux-tu que j'aille? Regarde cette vieille ville enfumée ; il n*y a pas de places, de rues, de ruelles oîi je n'aie rôdé trente fois ; il n'y a pas de pavés où je n'aie traîné ces talons usés, pas de maisons où je ne sache quelle est la fille ou la vieille femme dont la tète stupide se dessine éternellement à la fenêtre ; je ne saurais faire un pas sans marcher sur mes pas d'hier; eh bien! mon cher ami, cette ville n'est rien auprès de ma cervelle. Tous les recoins m'en sont cent fois plus connus ; toutes les rues, tous les trous de mon imagination sont cent fois plus fatigués ; je m'y suis promené en cent fois plus de sens, dans cette cervelle délabrée, moi son seul habitant I je m'y suis grisé dans tous les cabarets; je m'y suis roulé comme un roi absolu dans un carrosse doré ; j'y ai trotté en bon bourgeois sur une mule pacifique, et je n'ose seulement pas maintenant y entrer comme un voleur, une lanterne sourde à la main.

SPARK

Je ne comprends rien à ce travail perpétuel sur toimême; moi, quand je fume, par exemple, ma pensée se fait fumée de tabac ; quand je bois, elle se fait vin d'Espagne ou bière de Flandre ; quand je baise la main de ma maîtresse, elle entre par le bout de ses doigts

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