ACTE I, SCÈNE II
effilés pour se répandre dans tout son être sur des courants électriques ; il me faut le parfum d*uue fleur pour me distraire, et de tout ce que renferme Tuniver selle nature, le plus chétif objet suffit pour me changer en abeille et me faire voltiger çà et là avec un plaisir toujours nouveau,
FANTASIO
Tranchons le mot, tu es capable de pêcher à la ligne.
SPABK.
Si cela m'amuse, je suis capable de tout.
FANTASIO
Même de prendre la lune avec les dents ?
SPARK
Cela ne m'amuserait pas.
FANTASIO
Ahl ah! qu'en sais-tu? Prendre la lune avec les dents n'est pas à dédaigner. Allons jouer au trente-etquarante.
SPARK
Non, en vérité.
Pourquoi ?
SPARK
Parce que nous perdrions notre argent.
FANTASIO
Ah! mon Dieu! qu'est-ce que tu vas imaginer là? Tu ne sais quoi inventer pour te torturer l'esprit. Tu rois donc tout en noir, misérable ? Perdre notre argent 1 tu n'as donc dans le cœur ni foi en Dieu ni espé-
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rance? tu es donc^un athée épouvantable, capable de me dessécher le cœur et de me désabuser de tout, moi qui suis plein de sève et de jeunesse ?
ïl se met à danser.
SPARK
En vérité, il y a de certains moments oîi jç ne jure- . rais pas que tu n'es pas, fou.
FANïASIO, dansant toujours.
Qu'on me donne une cloche ! une cloche 'de verre l
SPARK
A propos de quoi une cloche ?
Jean-Paul n'a-t-il pas dit qu'un homme absorbé pai une grande pensée est comme un plongeur sous sa cloche, au milieu du vaste Océan? Je n'ai point de cloche, Spark, point de cloche, et je danse comme Jésus- Christ sur le vaste Océan.
SPARK
Fais-toi journaliste ou homme dé lettres, Henri; c'est encore le plus efficace moyen qui nous reste de désopiler la misanthropie et d'amortir l'imagination.
FANTASIO
Ohl je voudrais me passionner pour un homard à la moutarde, pour une grisette, pour une classe de minéraux! Spark I essayons de bâtir une maison à nous deux.
SPARK
Pourquoi n'écris-tu pas tout ce que tu rêves? cela ferait un joli recueil.