SCÈNE II
LE MARQUIS
Dî pîacer, dî piacer, di piacer. Ma nièce ne s'est jamais fait prier.
LAURETTE
' Aidez-moi à ouvrir le piano,
RAZETTA, toujours masqué, s'avance et ouvre le pianot A voix basse.
lisez ceci quand vous serez seule.
Elle reçoit son billet.
LE SECRÉTAIRB.
La princesse pâlit.
LE MARQUIS
Ma chère fille, qu'avez-vous donc?
LAURETTE
Rien, rien, je suis remise.
LE MARQUIS, bas an secrétaire.
Vous concevez qu'une jeune fille...
Laurette frappe les premiers accords.
UN VALET, entrant, bas au marquis.
Son Excellence vient d'entrer dans le jar<lin.
LE MARQUIS
Son Excell...! Allons à sa rencontre, n se lève.
LE SECRÉTAIRE
Au contraire. — Permettez-moi de vous dire deux mots.
Pendant ce temps, Laurette joue la ritournelle pianissimo,
Vous voyez que le prince ne fait avertir que vous seul
de son arrivée. Que le reste de vos conviés s'éloigne. Je
connais les usages, et je sais que dans toutes cours il
y a une présentation ; mais rien de ce qui est fait pour
tout le monde ne saurait plaire à notre jeune souverain. Veuillez m'accompagner seul auprès du prince. La jeune mariée restera, s'il vous plaît.
LE MARQUIS
Eh quoil seule ici?
• LE SECRÉTAIRE
J'agis d'après les ordres du prince.
LE IMARQDIS.
Monsieur, je vais donner les miens en conséquence ; me conformer en tout aux moindres vqlontés de Son Excellence est pour moi le premier, le plus sacré des devoirs. Ne dois-je pas pourtant avertir ma nièce?
LE SECRÉTAIRE
Certainement.
LE MARQUIS
Laurettel . •
11 lui parle à l'oreille. Un pioment après, les masques se dispersent dans les jandins et laissent le théâtre libre, he marquis et le secrétaire sortent ensemble. ,
LAURETTE, restée seule^ tire le billet de Razetta de son
sein et lit. ,
« Les serments que j'ai pu te faire re peuvent me
« retenir loin de toi. Mon stylet est e^ché sous le pied
« de ton clavecin. Prends-le, et frappe mon rival, si tu
« ne peux réussir avant onze heures sonnantes à t'é-
« chapper et à venir me retrouver au pied de ton bal-
« con, où je t'attends. Croîs que, si tu me refuses, j'en-
K tendrai sonner Theure, et que ma mort est certaine.
« Razetta. »
Elle regarde autour d'elle.
Seule ici!...
Elle va prendre le stylet.