‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 15 sur 238 · SCENE n · texte numérisé non relu

SCENE n

Tout est perdu : car je le connais, il est capable de tout. Dieul il me semble que j'entends monter à la terrasse. Est-ce déjà le prince ? — Non, tout est tranquille.

« A onze heures, si tu ne peux réussir à Réchapper. Crois que, si tu me refuses, ma mort est certaine 1 1... »

Razetta, Razettal insensé, il m'en coûte cher de Vavoir aimé I

Fuirai-je La princesse d'Eysenach fuîra-t-elle?...

avec qui?... avec un joueur déjà presque ruiné? avec un homme plus redoutable seul que tous les malheurs Si j'avertissais le prince? — ciel! on vient.

Mais Razettal il se tuera sans doute sous mes fenêtres...

Le prince ne peut tarder; je vois des pages atec des ilambeaux traverser l'orangerie, «La nuit est obscure ; le vent agite ces lumières; écoutons... Quelle singulière frayeur me saisit I Quel est l'homme qui va se présenter à moi?... Inconnus l'un de l'autre,... que va-t-il mè dire?... Oserai-je.lever les yeux sur lui?... Oh I je sens battre mon cœur... L'heure va si vite I onze heures seront bientôt arrivées 1...

UNE VOIX, en dehors.

Son Excellence veut-elle monter cet escalier?

LAURETTE

C'est lui! il vient.

Elle écoute.

Je ne me sens pas la force de me lever ; cachons ce stylet.

Elle le met dans son sein.

Eysenach, c'est donc à la mort que ta marches?

Ah I la mienne aussi est certaine...

Elle se penche à la fenêtre.

Razetta se promène lentement sur le rivage I... Il ne peut me manquer.*.. Allons !... Prenons cependant assez de force pour cacher ce que j'éprouve... Il le faut... Voici l'instant.

Se regardant.

Dieu ! que je suis pâle I mes cheveux en désordre...

Le prince entre par le fond; il a à la main un portrait; il s'avance lentement, en considérant tantôt Toriginal, tantôt la copie.

LE PRINCE

Parfait.

Laurelte se retourne et demeure interdite.

Et cependant comme en tout l'art est constamment au-dessous de la nature, surtout lorsqu'il cherche à l'embellir ! La blancheur de cette peau pourrait s'appeler de la pâleur; ici je trouve que les roses étouffent les lis. — Ces yeux sont plus vifs, — ces cheveux plus noirs. — Le plus parfait des tableaux n'est qu'une ombre : tout y est à la surface; l'immobilité glace; l'âme y manque totalement ; c'est une beauté qui ne passe pas l'épiderme. D'ailleurs ce trait môme à gauche...

Laurette fait quelques pas. Le prince ne cesse pas de la regarder.

n n'importe : je suis content de Grimm; je vois qu'il ne m'a pas trompé, n s'assied.

Ce petit palais est très-gentil : on m'avait dit que cette pauvre fille n'avait rien. Comment donc! mais

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