‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 16 sur 238 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

c'est un élégant que mon oncle, monsieur le... le... A Lanrette.

Votre oncle est marquis, je croîs?

LAURETTE

Oui,... Monseigneur...

LE PRINCE

Je me sens la tentation de quitter cette vieille prude d'Allemagne, et de venir m'établir ici. Ah I diable, je fais une réflexion, on est obligé d'aller à pied. — Est-ce que toutes les femmes sont aussi jolies que vous dans cette ville?

LAURETTB.

Monseigneur...

LE PRINCE

Vous rougissez... De qui donc avez-vous peur? nous sommes seuls.

LAURETTB.

Oui,... mais...

LE PRINCE, se levant.

Estrce que par hasard mon grand guindé de secrétaire se serait mal acquitté de sa représentation I Les compliments d'usage ont-ils été faits? Aurait-il négligé quelque chose? En ce cas, excusez-moi : je pensais que les quatre premiers actes de la comédie étaient joués^ et que j'arrivais seulement pour le cinquième.

LAURETTEj

Mon tuteur...

LE PRINCE

Vous tremblez ?

Il lui prend la main.

22 LA NUIT VÉNITIEIfNE.

ReposQz-vous sur ce sofa. Je vous supplie de répîondre à ma question. •

LÂURETTE.

Votre Excellence me pardonnera : je ne chercherai pas à lui cacher que je souffre... un peu ;..... elle voudra bien ne pas s'étonner

LE PRINCE

Voici du vinaigre excellent.

Il lui donne sa cassolette.

Vous êtes bien jeune, Madame; et moi aussi. Cependant, comihe les romans ne me sont pas défendus, non plus que les comédies, les tragédies, les nouvelles, les histoires et les mémoires, je puis vous apprendre ce qu'ils m'ont appris. Dans tout morceau d'ensemble, il y a une introduction, un thème, deux ou trois variations, un andante et un presto. A l'introduction, vous voyez les musiciens encore mal se répondre, chercher à s'unir, se consulter, s'essayer, se mesurer ; le thème les met d'accord ; tous se taisent ou murmurent faiblement, tandis qu'une voix harmonieilse les domine; je ne crois pas nécessaire de faire l'application de cette parabole. Leâ variations sont plus ou moins longues, selon ce que la pensée éprouve : mollesse ou fatigue. Ici, sans contredit, commence le chef-d'œuvre ; l'andante, les yeux humides de pleurs, s'avance lentement, les mains s'unissent; c'est le romanesque, les grands serments, les petites promesses, les attendrissements, la mélancolie. — Peu à peu tout s'arrange ; l'amant ne doute plus du cœur de sa maîtresse ; la joie renaît, le bonheur par conséquent : la

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