ACTE III, SCÈNE II
MAITRE BLAZIUS
Donnez-la-moi, ou vous ôtes' morte. ',
LAME PLUCHE
Moi, mortel morte 1 Marie, Jésus, vierge et martyre î
MAITRE BLAZmS.
Oui, morte, Pluche ; donnez-moi ce papier.
. Ils se battent. Entre Perdican.
PERDICAN
Qu'y a-t-il? Que faites-vous, Blazius? Pourquoi violenter cette femme?
DAME PLUCHE
Rendez-moi la lettre. Il me Ta prise, seigneur, jus^ ticej
MAITRE BLAZIUS
, C'est Une entremetteuse, seigneur. Cette lettre est un billet doux.
DAME PLUCHE
C'est une lettre de Camille, seigneur, de votre fiancée.
MAITRE BLAZmS.
C'est un billet doux, à un gardeur de dindons.
DAME PLUCHE
Tu en as menti, abbé. Apprends cela de moi.
Donnez<moi cette lettre ; je ne comprends rien à votre dispute ; mais, en qualité de fiancé de Camille, je m'ar^ roge le droit de la lire, niit. *
« A la sœur Louise, au couvent de**\ »
A part.
Quelle maudite curiosité me saisit malgré moil Mon
tV2 ON NE BADINE PAS AVEC L'AMOUR.
cœur bat avec force, et je ne sais ce que j'éprouve. — Retirez-vous, dame Pluche ; vous êtes une digne femme et maître Blazius est un sot. Allez dîner ; je me charge de remettre cette lettre à la poste.
Sortent maître Blazius et dame Pluche.
PERDICAN, seul.
Que ce soit un crime d*ouvrir une lettre, je le sais trop bien pour le faire. Que peut dire Camille à cette sœur? Suis-je donc amoureux? Quel empire a donc pris sur moi cette singulière fille, pour que les trois mots écrits sur cette adresse me fassent trembler la main? Cela est singulier ; Blazius, en se débattant avec la dame Pluche, a fait sauter le cachet. Est-ce un crime de rompre le pli ? Bon, je n'y changerai rien, n ouTre la lettre et lit.
« Je pars aujourd'hui, ma chère, et tout est arrivé « comme je l'avais prévu. C'est une terrible chose; mais « ce pauvre jeune homme a le poignard dans le cœur; « il ne se consolera pas de m'avoir perdue. Cependant « j'ai fait tout au monde pour le dégoûter de moi. Dieu « me pardonnera de l'avoir réduit au désespoir par « mon refus. Hélas I ma chère, que pouvais-je y faire? « Priez pour moi ; nous nous reverrons demain, et pour « toujours. Toute à vous du meilleur de mon âme.
c( Camille. »
Est-il possible? Camille écrit cela? C'est de moi qu'elle parle ainsi! Moi au désespoir de son refus I Ehl Don Dieu I si cela était vrai, on le verrait bien; quelle