SCÈNE II
dans mes poches. Décidément vous yculez savoir rheure.
LAURETTE
Non;... je cherche...
LE PRINCE
J'avais entendu dire qu'un Français était quelquefois embarrassé devant une Italienne. Vous vous levez l
LAURETTE
Je suis souffrante.
LE PRINCE
Yous voulez vous mettre à la fenêtre?
LAURETTE, à la fenêtre.
Ahl
LE PRINCE
De grâce, qu'avez-vous ? Serais-je réellement assez malheureux pour vous inspirer de l'effroi ?
n la ramène au sofa.
Eu ce cas, je serais le plus malheureux des hommes; car je vous aime et ne pourrai vivre sans vous,
LAURETTE
Encore une raillerie? Prince, celle-ci n'est pas charitable.
LE PRINCE
De l'orgueil? Veuillez m*écouter.
Je me suis figuré qu'une femme devait faire plus de cas de son âme que de son corps, contre l'usage général qui veut qu'elle permette qu'on l'aime avant d'avouer qu'elle aime, et qu'elle abandonne ainsi le trésor de son cœur avant de consentir à la plus légère prise sur celui de sa beauté. J'ai voulu, oui, voulu absolument coMiDiss. I. s
tenter de renverser cette marche uniforme j la nou« veauté est ma rage. Ma fantaisie et ma paresse, les seuls dieux dont j'aie jamais encensé les autels, m'ont vainement laissé parcourir le monde, poursuivi par ce bizarre dessein; rien ne s'offrait à moi. Peut-être je m'explique mal. J'ai eu la singulière idée d'être l'époux d'une fename avant d'être son amant. J^ai voulu voir si réellement il existait une âme assez orgueilleuse pour demeurer fermée lorsque les bras sont ouverts, et livrer la bouche à des baisers muets; Vous concevez que je ne craignais que de trouver cette force h, la froideur. Dans toutes les contrées qu'aime le saleil, j'ai cherché les traits les plus capables de révéler qu'une âme ardente y était enfermée : j'ai cherché la beauté dans tout son éclat, cet amour qu'un regard fait naître; j'ai désiré un visage assez beau pour me faire oublier qu'il était moins beau que l'être invisible qui l'anime ; insensible à tout, j'ai résisté à tout,... excepté à une femme,
— à vous, Laurette, qui m'apprenez que je me suis un peu mépris dans mes idées orgueilleuses; à vous, devant qui je nj voulais soulever le masque qui couvre ici-bas les hommes qu'après être devenu votre époux.
— Vous me l'avez arraché, je vous supplie de me pardonner, si j'ai pu vous offenser.
LAURETTE
Prince, vos discours me confondent... Faut-il que jo croie?...
LE PRINCE
n faut que la princesse d'Eysenach ime pardonne ; il faut qu'elle permette à son époux de redevenir Tamani