‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 201 sur 238 · ACTE n, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE I

ROSEMBBRG.

Eh ! oui, c'est ce qui paraît. Beaucoup s*en mêlent, mais peu saYent s'en tirer.

DEUXIÈME COUBTISAN.

Vous en parlez avec sévérité,

BOSEMBERG.

Combien de hobereaux ne voyons-nous pas, qui ne méritent pas seulement qu'on en parle, et qui ne s'en donnent pas moins pour de grands capitaines ! On dirait, à les voir, qu'ils n'ont qu'à monter achevai pour chasser le Turc par delà le Caucase, et ils sortent de quelque trou de la Bohême, comme des rats effarouchés.

ULRIG, s'approchant.

Seigneur, je suis le comte Ulric, gentilhomme bohémien, et je trouve un peu de légèreté dans vos paroles qu'on peut pardonner à votre âge, mais que je vous conseille d'en retrancher. Être étourdi est un aussi grand défaut que d'être pauvre, permettez-moi de vous le dire, et que la leçon vous profite..

ROSEMBERG, à part.

C'est mon Bohémien de l'auberge.

Haut

S'exprimer en termes généraux n'est faire offense à . personne. Pour ce qui est d'une leçon, j'en ai donné quelquefois, mais je n'en ai jamais reça.

ULRIG.

Voilà un langage hautain, — et d'où sortez-vous donc vous-même, pour avoir le droit de le prendre 7

PREMIER COURTISAN

Allons, seigneurs^ que quelques paroles échappées

320 BARBEHINE.

sans dessein ne deviennent pas un motif de querelle. Nous croyons devoir intervenir ; songez que vous' êtes chez la reine. Ce seul mot vous en dit assez.

ULRIG.

C'est vrai, et je vous remercie de m'avoir averti à temps. Je me croirais indigne du nom que je porte, si je ne me rendais à une si juste remontrance.

ROSEMBERG

Qu'il en soit ce que vous voudrez, je n'ai rien à dire

à cela.

Les courtisans sortent. Ulric et Rosemberg restent chacun de son côté.

ROSEMBERG, et part.

Le chevalier Uladislas m'a recommandé de ne jamais démordre d'une chose une fois dite. Depuis que je suis dans cette cour, les paroles de ce digne homme ne me sortent pas de la tête. Je ne sais ce qui se passe en moi, je me sens un cœur de lion. Ou je me trompe fort, ou je ferai fortune.

ULRIC, à part.

Avec quelle bonté la reine m'a reçu I et cependant j'éprouve une tristesse que rien ne peut vaincre. Que fait à présent Barberine ? Hélas I hélas I l'ambition î — N'étais-je pas bien dans ce vieux château?, pauvre, sans doute, mais, quoi ? folie ! ô rêveurs que nous, sommes l

BOSEMBERG, à part. *

C'est surtout ce livre que j'ai acheté qui me bouleverse la cervelle ; si je l'ouvre le soir en me couchant, je ne saurais dormir de toute la nuit. Que de. récits

ACÎE îî, SCÈNE I. 321

étonnants, que de choses admirables I L'un taille en pièces une armée entière ; l'autre saute, sans se blesser, du haut d'un clocher dans la mer Caspienne, et dire que tout cela est vrai, que tout cela est arrivé ? Il y en a une surtout qui m'éblouit :

U se lèye et lit tout haut, a Lorsque le sultan Boabdil... » Ah ! voilà quelqu'un qui m'écoute; c'est ce gentilhomme bohémien. Il faut que je fasse ma paix avec lui. Lorsque je lui ai cherché querelle, je ne pensais plus qu'il a une jolie femme.

A Ulric.

Vous venez de Bohême, seigneur? Vous devez connaître mon oncle, le baron d'Engelbreckt ?

ULRIC

Beaucoup, c'est un de mes voisins ; nous allions ensemble à la chasse l'hiver passé. Il est allié, de loin, il est vrai, à la famille de ma femme.

ROSEMBERG

Vous êtes parent de mon oncle Engelbreckt ! Permettez que nous fassions connaissance. Y a-t-il longtemps que vous êtes parti ?

ULRIC

Je ne suis ici que depuis un jour.

Vous paraissez le dire à regret. Aurîez-vous quelque sujet de regarder en arrière avec tristesse ? Sans doute, il est toujours fâcheux de quitter sa famille, surtout quand on est marié. Votre femme est jeune, puisque vous Tètes, belle, par conséquent. Il y a de quoi s'inquiéter.

'322 ' • DÂHBERJNS,

tJLRIC.

L'inquiétude n*est pa» mon souci. Ma femme esl belle ; mais le soleil d'un jour de juillet n'est pas {dos pur dans un ciel sans tache,, que son noble cœur dans son sein chéri. •

ROSEHBERG.

. C'est beaucoup dire. Hors nbtre Seigneur Dieu, qui peut connaître le cœur d'un autre ? J'aiFOue qu'à votre place je ne serais pas A mon aise.

ULUIG.

Et pourquoi cela, s'il vous plaît ?

ROSEMBERG

Parce que je douterais de ma femme, à. moins qu'elle ne fût la vertu même.

ULRIC

Je crois que la mienne est ainsi.

C'est donc un phénix que pous possédez. Est-ce de notre bon roi Mathias que vous tenez ce privilège qui vous distingue entre tous les maris ?

ULRIC

Ce n'est pas le roi qui m'a fait cette grâce, mais qui est un peu plus qu'un roi,

RQSEMBERG.

le ne doute point que vous n'ayez raison, mais vous savez ce que disent les philosophes avec le poète latin: Quoi de plus léger qu'une plume ? la poussière ; — de plus léger que la poussière ? le vent ; — de plus léger que le vent? la femme ; — de plus léger que la femme! rien.

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