‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 202 sur 238 · ACTE II, 5CÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, 5CÈNE I

ULRIC

Je suis guerrier et non philosophe, et je ne me soucie point des poètes. Tout ce que je sais, c'est que, en effet, ma femme est jeune, droite et de beau corsage, comme on dit chez nous ; qu'il n'y a ouvrage de main ni d'aiguille où elle ne s'entende mieux que personne ; qu'on ne trouverait dans tout le royaume ni un écuyer, ni un majordome qui sache mieux servir et de meilleure grâce qu'elle à la table d'un seigneur ; ajoutez Ji. cela qu'elle sait très-bien et très-résolûment monter h cheval, porter l'oiseau sur le poing à la chasse, et en même temps tenir ses comptes aussi bien réglés qu'un marchand. Voilà comme elle est, seigneur cavalier, et avec tout cela je ne douterais pas d'elle, quand je resterais dix ans sans la voir.

ROSEMBERG

Voilà un merveilleux portrait.

Entre Polaccô. '

POLACCO

Je baise vos mains, seigneurs, je vous salue. Santé est fille de jeunesse. Hé! hé! les bons visages de Dieu I Que Notre-Dame vous protège !

ROSEMBERG

Qu'y a-t-il l'ami ?.A qui en avez-vous ?

POLACCO

Je baise vos mains, seigneyrs, et je vous offre mes services, mes petits services pour l'amour de Dieu.

ULRIC

Êtes-vous donc un mendiant? Je ne m'attendais pas à en rencontrer dans ces allées.

L* yf^é

Zn fiARBERINE-

POLÂCGO.

Un mendiant ! Jésus I un mendiant ! Je ne suis point an mendiant, je suis un honnête homme ; mon nom est Polacco; Polacco n*est pas un mendiant. Par saint Matthieu I mendiant n*est pas un mot qu*on puisse appliquer à Polacco.

ULRIG.

Expliquez-vous, et ne vous offensez pas de ce que je TOUS demande qui vous êtes.

POLÂGCO.

Hé I hé ! point d'offense ; il n*y en a pas. Nos jeunes garçons vous le diront. Qui ne connaît pas Polacco ?

ULRIG.

Moi, puisque j'arrive et que je ne connais personne.

POLAGGO.

Bon, bon, vous y viendrez comme les autres ; on est utile en son temps et lieu, chacun dans sa petite sphère; il ne faut pas mépriser les gens.

ULRIG.

Quel estime ou quel mépris puis-je avoir pour vous, gi vous ne voulez pas me dire qui vous êtes ?

POLACCO

Cbut I silence I la lune se lève ; voilà un coq qui a chanté.

ULRI6.

Quelle mystérieuse folie promènes-tu dans ton bavardage ? Tu parles comme la flèvre en personne.

POLAGGO.

Dn miroir, un petit miroir I Dieu est Dieu, et 1*1 saints sont bénis I Voilà un petit miroir à vendre.

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