VI AVANT-PROPOS
ou on le trouve j'un plagiat n'en est pas moins un pla* giat, comme un chat est un chat. Mais s'inspirer d'un maître est' une action non-seulement permise, mais louable, et je ne suis pas de ceux qui font un reproche à notre peintre Ingres de penser à Raphaël, comme Raphaël pensait à la Vierge. Oter aux jeunes gens la perùiission de s'inspirer, c'est refuser au génie la plus belle feuille de sa couronne, l'enthousiasme ; c'est ôter à la chanson du pâtre des montagnes le plus doux charme de son refrain, l'écho de la vallée.
L'étranger qui visite le Gampo Santo à Pise s'est-il jamais arrêté sans respect devant ces fresqueâ à demi efiacées qui couvrent les murailles? Ces fresques ne valent pas grand'chose; si on les donnait pour un ouvrage contemporain, nous ne daignerions pas y prendre garde; mais le voyageur les salue avec un profond respect, quand on lui dit que Raphaël est venu travailler et s'inspirer devant elles. N'y a-t-il pas un orgueil mal placé à.vouloir, dans ses premiers essais, voler de ses propres ailes ? N'y a-t-il pas une sévérité injuste à blâmer- l'écolier qui respecte le maître?Non, non, en dépit de l'orgueil humain, des flatteries et des craintes, les artistes ne cesseront jamais d'être des frères ; jamais la voix des élus ne passera sur leurs harpes célestes sans éveiller les soupirs lointains de harpes incoïihues; jamais ce ne sera une faute de répondre par un cri de. sympathie au cri du génie: malheur aux jeunes gens qui n'ont iamais allumé leur flam
AVANT-PROPOS. Vil
beau au soleil ! Bossuet le faisait, qui en valait bien d'autres.
Voilà ce que j'avais à dire au public avant de lui donner ce livre, qui est plutôt une étude, ou, si vous voulez, une fantaisie, malgré tout ce que ce dernier mot a de prétentieux. Qu'on ne me juge pas trop sévèrement : j'essaye.
J'ai, du reste, à remercier la critique des encouragements qu'elle m'a donnés, et, quelque ridicule qui s'attache à un auteur qui salue ses juges, c'est du fond du cœur que je le fais. Il m'a toujours semblé qu'il y avait autant de noblesse à encourager un jeune homme qu'il y a quelquefois de lâcheté et de bassesse à étouffer l'herbe qui pousse, surtout quand les attaques partent de gens à qui la conscience de leur talent devrait, du moins, inspirer quelque dignité et le mépris de la jalousie.
ou LES NOCES DE LAURETTE