ACTE III, SCÈNE I
LIONEL
Non; ses amis espèrent qu'on le sauvera.
ANDRÉ
Tu te trompes, U y a du monde dans la maison ; vois donc ces lumières qui vont et qui viennent, n va regarder à la fenêtre.
Ah!
LIONEL
Que voyez-vous?
ANDRÉ
Suis-je fou, Lionel? J'ai cru voir passer dans la chambre basse Cordiani, tout couvert de sang, appuyé sur le bras de Lucrèce !
LIONEL
Vous avez vu Cordiani appuyé sur le bras de Lucrèce?
ANDRÉ
Tout couvert de son sang.
Retournons chez vous, mon ami.
ANDRÉ
Silence I II faut que je frappe à la porte.
LIONEL
Pourquoi faire? Je vous dis que Monna Flora est absente. Je viens d'y frapper moi-même.
ANDRÉ
Je l'ai vu! laisse-moi.
LIONEL
Qu'allez-vous faire, mon ami? êtes-vous un homme? Si votre femme se respecte assez peu pour recevoir chez sa mère l'auteur d'un crime que vous avez puni,
estrce à tous d'oublier qu'il meurt de yotre main, et de troubler peut-être ses derniers instants?
ANDBÉ*
Que yeux-tu que je fasse? oui, oui, je les tuerais tous deux ! Ab ! ma raison est égarée. Je vois ce qui n'est pas. Cette nuit tout entière, j'ai couru dans ces rues désertes au milieu de spectres afEreux. Tiens, vois, j'ai acbété du poison.
LIONEL
Prenez mon bras et sortons.
Ain)BÉ, retournant à la fenêtre.
Plus rien! ils sont là, n'est-ce pas?
LIONEL
Au nom du ciel, soyez maître de vous. Que voulezvous faire? Il est impossible que vous assistiez à un tel spectacle, et toute violence en cette occasion serait de la cruauté. Votre ennemi expire, que voulez-vous de plus?
ANDRÉ
Mon ennemi! lui, mon ennemi! le plus cher, le meilleur de mes amis ! Qu'a-t-il donc fait? il Ta aimée. Sortons, Lionel, je les tuerais tous deux de ma main.
LIONEL
Nous verrons demain ce qui vous reste à faire. Confiez-vous à moi ; votre honneur m'est aussi sacré que le mien, et mes cheveux gris vous en répondent.
ANDRÉ
Ce qui me reste à faire? Et que veux- tu que je devienne ? Il faut que je parle à Lucrèce.
Il s'avance- vers la porte.