ACTE I, SCÈNE I. i
dévoué ? Apprends que j'ai à me venger d*un outrage.
TIBU
Yous, Monsieur?
CLAUDIO
Moi-même, puisque ces impudentes guitares ne cessent de murmurer sous les fenêtres de ma femme. Mais, patience ! tout n'est pas fini. — Écoute un peu de ce côté-ci ; voilà du monde qui pourrait nous entendre. Tu m'iras chercher ce soir le spadassin que je t'ai dit.
TlBU.
Pourquoi faire?
CLAUDIO
Je crois que Marianne a des amants.
TlBU.
Vous croyez, Monsieur?
CLAUDIO
Oui ; il y a autour de ma maison une odeur d'amants; personne ne passe naturellement devant ma porte; il y pleut des guitares et des entremetteuses.
TIBIA
Est-ce que vous pouvez empêcher qu'on donne des sérénades à votre femme?
CLAUDIO
Non ; mais je puis poster un homme derrière la poterne, et me débarrasser du premier qui enlrera.
TIBIA
Fi ! votre femme n'a pas d'amants. — C'est comme si vous disiez jque j'ai des maîtresses.
Pourquoi n'en aurais-tu pas, Tibia? Ta es fort laid, mais tu as beaucoup d'esprit.
OMÉDIES. I. 10
TIBIA
J en conviens, j'en conviens.
CLAUDIO
Regarde, Tibia, tu en conviens toi-même ; il n'en faut plus douter, et mon déshonneur est public.
TIBU
Pourquoi public ?
CLAUDIO
Je te dis qu'il est public.
TIBIA
Mais, Monsieur, votre femme passe pour un dragon de vertu dans toute la ville ; elle ne voit personne ; elle ne sort de chez elle que pour aller à la messe.
CLAUDIO
Laisse-moi faire. — Je ne me sens pas de colère, après tous les cadeaux qu'elle a reçus de moi. — Oui, Tibia, je machine en ce moment une épouvantable trame, et me sens prêt à mourir de douleur.
TIBU
Oh! que non.
CLAUDIO
Quand je te dis quelque chose, tu me ferais plaisir de le croire.
Ils sortent.
GOBLIO, rentrant.
Malheur à celui qui, au milieu de la jeunesse, s'abandonne à un amour sans espoir! Malheur à celui qui se livre à une douce rêverie, avant de savoir où sa chimère le mène, et s'il peut être payé de retour I Mollement couché dans une barque, il s*éloigne peu à peu de la