‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 73 sur 238 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

dent autour de lui ; une nuée de prédictions sinistres l'aveugle de ses ailes noires. Il continue sa course légère de Torient à Toccident. S'il regarde en bas, la tête lui tourne ; s'il regarde en haut, le pied lui manque. Il va plus vite que le vent, et toutes les mains tendues autour de lui ne lui feront pas renverser une goutte de la coupe joyeuse qu'il porte à la sienne. Voilà ma vie, mon cher ami ; c'est ma fidèle image que tu vois.

CGELIO.

Que tu es heureux d'être fou I

OCTAVE

Que tu es fou de ne pas êlre heureux! Dis-moi un peu, toi, qu'eslHîe qui te manque?

COSLIO.

H me manque le repos, la douce insouciance qui fait de la vie un miroir où tous les objets se peignen,t un instant et sur lequel tout glisse. Une dette pour moi est un remords. L'amour, dont vous autres vous faites un passe-temps, trouble ma vie entière. mon ami, tu ignoreras toujours ce que c'est qu'aimer comme moi I Mon cabinet d'étude est désert ; depuis un mois j'erre autour de cette maison la nuit et le jour. Quel charme j'éprouve, au lever de la lune, à conduire sous ces petits arbres, au fond de cette place, mon chœur modeste de musiciens, à marquer moi-même la mesure, à les entendre chanter la beauté de Marianne I Jamais elle n'a paru à sa fenêtre; jamais elle n'est venue appuyer son front charmant sur sa jalousie.

OCTAVE

Qui est cette Marianne? est-ce que c'est ma cousine?

Ii4 LES CAPRICES DE MARIANNE.

COEUO.

C'est elle-même, la femme du vieux Claudio,

OCTAVE

Je ne Tai jamais vue, mais à coup sûr elle est ma cousine. Claudio est fait exprès. Confie-moi tes intérêts, Cœlio.

COELIO

Tous les moyens que j'ai tentés pour lui faire connaître mon amour ont été inutiles. Elle sort du couvent; elle aime son mari, et respecte ses devoirs. Sa porte est fermée à tous les jeunes gens de la villç, et personne ne peut l'approcher.

OCTAVE

Ouais! est-elle jolie? — Sot que je suis ! tu l'aimes, cela n'importe guère. Que pourrions-nous imaginer?

CCELIO.

Faut-il te parler franchement? ne te riras-tu pas de moi?

OCTAVE

Laisse-moi rire de toi, et parle franchement,

COEUO.

En ta qualité de parent, tu dois être reçu dans la maison.

OCTAVE

Suis-je reçu? Je n'en sais rien. Admettons que je suis Teçu. A te dire vrai, il y a une grande différence eùtra mon auguste famille et une botte d'asperges. Nous ne formons pas un faisceau bien serré, et nous ne tenons guère les uns aux autres que par écrit. Cependant Marianne connaît mon nom. Faut-il lui parler en ta faveur?

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