ACTE I, SCÈNE I
CGELIO.
Vingt fois j'ai tenté de l'aborder; vingt fois j'ai senti mes genoux fléchir en approchant d'elle. J'ai été forcé de lui envoyer la vieille Ciuta. Quand je la vois, mz gorge se serre et j'étouffe, comme si mon cœur se sou levait jusqu'à mes lèvres*
OCTAVE
J'ai éprouvé cela. C'est ainsi qu'au fond des forêts» lorsqu'une biche avance à petits pas sur les feuilles sèches, et que le chasseur entend les bruyères glisser sur ses flancs inquiets, comme le frôlement d'une robe légère, les battements de cœur le prennent malgré lui; il soulève son arme en silence, sans faire un pas, sans respirer.
CGELIO*
Pourquoi donc suis-je ainsi ? n'est-ce pas une vieille maxime, parmi les libertins, que toutes les femmes se ressemblent? Pourquoi donc y a-t-il si peu d'amours qui se ressemblent ?'En vérité, je ne saurais aimer cette femme comme toi. Octave, tu l'aimerais, ou comme j'en aimerais une autre. Qu'est-ce donc pourtant que tout cela? Deux yeux bleus, deux lèvres vermeilles, une robe blanche et deux blanches mains. Pourquoi ce qui te rendrait joyeux et empressé, ce qui t'attirerait, toi, comme l'aiguille aimantée attire le fer, me rend-il triste et immobile? Qui pourrait dire : ceci est gai ou triste ? La réalité n'est qu'une ombre. Appelle imagination ou folie ce qui la divinise. — Alors la folie est la beauté elle-même. Chaque homme marche enveloppé d'un réseau transparent qui le couvre de la tête aux
lift LES CAPRICES DE MARIANNE.
pieds : il croit Toir des bois et des fleuves, des visages divins, et Tuniverselle nature se teint sous ses regards des nuances infinies du tissu magique. Octave I Octave I viens à mon secours.
OCTAVE
J'aime ton amour, Cœlio ! il divague dans ta cervelle comme un flacon syracusain. Donne-moi la main; je viens à ton secours ; attends un peu, Tair me frappe au visage, et les idées me reviennent. Je connais cette Marianne ; elle me déteste fort sans m*avoir jamais vu. C'est une mince poupée qui marmotte des Ave sans fin.
CCELIO.
Pais ce que tu voudras, mais ne me trompe pas, je t'en conjure ; il est aisé de me tromper ; je ne sais pas me défier d'une action que je ne voudrais pas faire moi-même.
OCTAVE
Si tu escaladais les murs ?
COELIO
Entre elle et moi est une muraille imaginaire que je n'ai pu escalader.
Si tu lui écrivais?
COBLIO.
Elle déchire mes lettres ou me les renvoie.
OCTAVE
Si tu en aimais une autre ? Viens avec moi chez Rolalinde.
COBLIO.
Le souffle de ma vie esl à Marianne; elle peut d*iin