‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 89 sur 238 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

OCTAVE

Pour toi. Marianne est une bégueule; je ne. sais trop ce qu'elle m*a dit ce matin, je suis resté comme une brute sans pouvoir lui répondre. Allons I n'y pense plus, voilà qui est convenu ; et que le ciel m'écrase si je lui adresse jamais la parole ! Du courage, Gœlio, n'y pense plus.

GGELIO.

Adieu, mon cher ami.

OCTAVE

Où vas-tu?

casLio.

J'ai affaire en ville ce soir.

OCTAVE

Tu as l'air d'aller te noyer. Voyons, Gœlio, à quoi penses-lu ? Il y a d'autres Mariannes sous le ciel. Soupons ensemble, et moquons-nous de cette Marianne-là.

GGELIO.

Adieu, adieu, je ne puis m'arrêter plus longtemps. Je te verrai demain, mon ami.

Il sort.

OCTAVE

Gœlio ! Écoute donc I nous te trouverons une Marianne bien gentille, douce comme un agneau, et n'allant point à vêpres surtout I Ah ! les maudites cloches ! quand auront-elles fini de me mener en terre ?

• • LE GARÇON, rentrant.

. Monsieur, la demoiselle rousse n'est point à sa fenêtre ; elle ne peut se rendre à votre invitation.

OCTAVE

La peste soit de tout l'univers ! Est-il donc décidé gue

je soiiperai seul aujourd'hui? La nuit arrive en poste ; que diable vais-je devenir? bon! bon! ceci me convient.

Il boit.

Je suis capable d'ensevelir ma tristesse dans ce vîn, ou du moins ce vin dans ma tristesse. Ah ! ah ! les vêpres sont finies ; voici Marianne qui revient.

Entre Marianne.

MARUNNE.

Encore ici, seigneur Octave? et déjà à table? C'est un peu triste de s'enivrer tout seul.

OCTAVE

Le monde entier m'abandonne ; je tâche d'y voir double, afin de me servir à moi-même de compagnie.

MARIANNE

Gomment! pas un de vos amis, pas une de vos maîtresses qui vous soulage de ce fardeau terrible, la solitude?

OCTAVE

Faut-il vous dire ma pensée? J'avais envoyé chercher une certaine Rosalinde, qui me sert de maîtresse; elle soupe en ville comme une personne de qualité.

MARIANNE

C'est une fâcheuse afTaire sans doute, et votre cœur en doit ressentir un vide effroyable.

OCTAVE

Un vide que je ne saurais exprimer^ et que je communique en vain à cette large coupe. Le carillon des vêpres m'a fendu le crâne pour toute l'après-dinée.

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