BERGERIE
Bergers : Sophron, Elpison, | Nephale.
Bergeres: Philetine, Cristilla, Dorothee.
SOPHRON. Le travail jour et nuict - Que je prens, tant me nuvyt, Qu'il me fault reposer.
ELPISON. J'ay tant chassé le Loup -Et couru ne scay où Qu'icy me veux poser.
. Bibl. rom. 295/299,
18 Marguerite de Navarre.
NEPHALLE. De dormir je n’ay garde, Il fault que je regarde Tousjours sus mes Brebis.
‘ PHILETINE, I. bergere. Et mon petit Agneau; 535 Qui est né de nouveau, Je garde en mes habitz.
CRISTILLA. Ma grand brebis blessee J'ay sy tresbien pensee, | Que mal n'aura, m'amye.
540 DOROTHEE. J’ay tiré du laict gras, Dont j'ay sy mal au bras, Que j'en suis endormie.
NEPHALLE. Je ne sçay qui me fait veiller : : , Mais je ne sçaurois sommeiller, 545 Cen est point le soing du troupeau :
Car j'ay mon parce fermé et clouz Sy bien que je ne crains Les Loups ; Mon troupeau est saing, gras, et beau:
Mais j'ay en mon cœur une joye 550 Qu'il me semble tousjours que je oye Quelques nouvelles bien plaisantes.
En attendant je garderay Mon troupeau; et regarderay Ë Du Ciel les estoilles Jluisantes. . |
555 PHILETINE. Mais dites moy, frere Pasteur, En regardant la haute hauteur Du Ciel qu'est ce que tu contemple ?
NEPHALLE. J'admire le hault Creaiebs, De toutes choses le facteur, 560 Et duquel nous sommes le temple.
549 1547 ne. marque pas le début de la strophe. — 558 ss. 1547 marque par erreur des strophes de trois vers. |
cn =] ©
Q1 a ot
Comédies, P 19
PHILETINE. Ceste bonté qui tout dispose, La pensez vous en nous enclose Qui sommes indigne vaisseau ?
NEPHALLE. M'amye, soyez asseuree Que sa bonté desmesuree L'indigne fait tresdigne et beau.
PHILETINE. O Pasteur, que ce mot est doux, Que ce hault Dieu habite en nous!
Chacun s’én peult il tenir seur ?
NEPHALLE;: Par grace il est en vous, en moy, Et en tous ceux qui ont la Foy; N'en doutez point, ma chere sœur:
PHILETINE. Pasteur, qu'est ce qu'il a promis Aux patriarches, ses amys, , | Qui l’ont sy long temps attendu ?
NEPHALLE. C'est le Christ, le vray Messias, Son vray Filz; pour qui tout soulas Et salut, nous sera rendu,
PHILETINE. Helàs, et quand viendra le temps Qu'il nous rendra trestous contens ?
Mon Dieu, que ceste heure me tarde!
NEPHALLE. Je l’attendz par affection Et bien grande devotion.
Làs, vien Seigneur, plus ne retarde.
LES ANGES, ensemble.
Resveillez vous, Pastoureaux, Voicy le jour Que Dieu monstre en cas nouveaux Son grand amour,
Marguerite de Navarre.
NEPHALLE, en criant.
Freres et sœurs, sus, au resveil ; Laissez ce terrestre sommeil ; Oyez des Anges les paroles.
PHILETINE. Resveillez vous pour le Soleil Regarder en bel appareil, Ne soyez pas des vierges foles.
ELPISON. O Dieu, quelle clarté je voy!
J'en sens si grande crainte en moy, Que ne l'ose voir bonnement.
CRISTILLA. Ceste parfaite et grand lumiere Je ne puis regarder entiere, Tant j'ay grand esblouissement.
LE PREMIERANGE. Ne craingnez point, Pasteu T8, Voicy je vous annonce Grande joye en voz cœurs,
Par charité semonce.
Dont le peuple estrené En sera tost ou tard; Aujourd'huy vous est né Pour heritage et part, ; Le Sauveur, qui le Christ Est, le Seigneur et maistre.
Ainsi qu'il est escrit, Daigne en la cité naistre De David, son grand pere. : à Cé vous sera pour signe;
595 1547 qu’elle — 606-610 éd. Frank wrgule après tard. 19547 et éd. Frank point après et péts virgule après maistre
Comédies. … | sr
615 Vous, d'une Vierge mère : Trouverez l'Enfant digne, Enveloppé de draps, Dedans la creiche mys, ET Le salut que ça bas 620. . Dieu vous avoit promis.
LES ANGES, chantans.
Gloire soit au Dieu des dieux, Et d'’icelle tout remplisse, Tous les Cieux et les haultz lieux, Ordonnez pour son service.
625 : Paix soit au Monde ça bas, Et la terre en soit sy pleine Que lon change tous debatz, En charité souveraine.
Aux hommes creés de toy 620 En ceste heureuse journee, Soit pleine d'amour et Foy Bonne volunté donnee.
SOPHRON. Mon Dieu, qu'est cecy que j'ay veu?
Qu'ây je ouy ? qu’ây je receu ?
635 ELPISON. Il m'a semblé voir un escler :
Ha! le soleil n’est pas sy cler.
NEPHALLE. O quel parler! quelle nouvelle!
Jamais on n’en ouyt de telle.
PHILETINE. Au commencement peur j'avoye, 640 Mais après j'ay receu grand joye.
CRISTILLA. Si nous allons cest enfant voir, De le servir feray devoir.
625 1547 ne marque pas le début des quatrains
DA ARE Marguerite de Navarre.
DOROTHEE. De bon cœur servirons la Mere, Je croy qu’elle est belle commere.
615 PHILETINE, Qui gardera le parc et les moutons ?
SOPHRON. Ce sera Dieu, jamais plus n’en doutons.
Il gardera Bergeres et Bergers, Brebis, moutons, de tous maux et dangers.
(Il se met au mylieu.)
Freres et sœurs, oyez ce que me semble:
650 Je vous requiers, d’un cœur uny ensemble Passons trestous jusques en Bethleem:; Ne cerchons pas Christ en Hierusalem:
Car l’ange a dit qu'en un trespovre lieu Dans les drapeaux verrons le Filz de Dieu.
655 Allons, courons, et voyons céste chose, Ou des humains l’esperance est enclose; Qui maintenant a pour nous esté faite, Dont a chanté maint Roy et maint Prophete ; . Laquelle à nous en estrange contree 660 A le Seigneur par grace demonstree.
PHILETINE. Làs, tire moy après toy, Dieu treshault, RE Et que d’icy là ne face qu'un sault ; Et en sentant la tressuave odeur à De tes unguens, courons en grand roideur.
665 CRISTILLA. Tes petites et treshumbles servantes .» Qui sont en Foy encore adolescentes, 4 T’aymeront moult, contemplant ta beauté; 4 Ton amour vault plus qu’une royauté. |
646 1547 doutons? IL — 650 1547 ensemble :
Passons
Cémedtes. | LH"
DOROTHEE. Chantons, dansons, et courons sy | soudain, 670 Que nous passons en sautant Cerf et Daim.
ELPISON. Et je requiers que nully ne s'en feigne, . Et descendons ceste grande montaïgne, Pour aller voir: s'il a fermé son huys, Nous le voirrons au moins par un pertuis.
67; NEPHALLE. En la maison qui est sy humble et basse, Il y aura quelque fente ou crevace, | . Par où verrons nostre Seigneur et maistre, . : Si nous trouvons fermez l’huys et fenestre..
SOPHRON. Partons, chantons tous ensemble d'accord, 680 Et que chacun de courir face effort.
(Les bergers, et bergeres s'en vont chantans.)
SOPHRON et PHILETINE.
Dansons, chantons [et] faisons rage Puisqu’avons grace pour pardon; Chantons Noël de bon courage, Car nous avons Christ en pur don.
ELPISON et CRISTILLA.
685 Laïissons Adam et son lignage,
Plus avec luy ne demeurons,
Quittons tous nostre vieil bagage;
Chevres, Brebis, Chien et Moutons, Chantons Noël, etc.
681 1547: ragé
Marguerite de Navarre.
NEPHALLE et DOROTHEE.
Allons voir Marie la sage Avec l'Enfant de grand renom, Dont les Anges en doux langage Nous ont fait un sy beau sermon, Chansons Noël, etc.
SOPHRON et: PHILETINE.
Portons à leur povre mesnage De noz biens à grand abandon.
DOROTHEE. Je luy porteray mon fourmage Dens ceste feisselle de jon.
Chantons Noël, etc.
CRISTILLA. Et moy ce grand pot de laictage; Marie le trouvera bon.
PHILETINE. Je luy donray ma belle cage Où est mon petit oysillon.
Chantons Noël, etc.
ELPISON. Ce fagot aura pour chauffage, Il fait froid en ceste saison.
NEPHALLE. Mon flageollet pour son usage, - L'enfant en aymera le son.
Chantons Noël, etc.
SOPHRON. Et moy, je feray le message, J’entens mieux que vous la raison.
PHILETINE. Je le baiseray au visage.
CRISTILLA. Non, c’est bien assez au talon.
Chantons Noël, etc.
695 1547 et Frank groupent les vers suivants deux par deux.
és ds of ur: 2:
En O1
=] œ Qt
SOPHRON, et PHILETINE.
© Courons tost à ce saint voyage Plus ne fault qu'icy nous tardons, Ne craingnons nul mauvais passage, Prenons houlette pour bourdon.
Chantons Noël, etc,
ELPISON, et CRISTILLA.
Et Dieu dans ce petit Image Croyons, adorons, et aymon, Faisons luy de noz cœurs hommage, Car certes rien nous n'y perdon.
Chantons Noël, etc.
NEPHALLE et DOROTHEE.
Mes freres, encores bien sçây je, Que si en luy nous nous fion, En nous sera pour heritage, Et nous en luy tousjours seron.
Chantons Noël de bon courage Car nous avons Christ en pur don.
SOPHRON. Voilà le lieu et petite cité Dont tant de biens on nous a recité; Cerchons icy l'endroit tant delectable,
Qui semble mieux qu'un palais un estable.
ELPISON. Pas n’est icy en ceste maison painte, Où habiter veult la personne sainte.
NEPHALLE. Ce triomphant paiais n’est pas celuy
Dont le Petit veult faire son estuy.
. PHILETINE. Voilà un lieu dans ce rocher
estrang'e, Seroit ce point ceste honoree grange ?
CRISTILLA. Ce lieu avez, m'amye, mal” merché, C'est où lon met les bestes du marché, Quand on les meine en ceste.cité vendre.
Margucrite de Navarre.
DOROTHEE, Aussi nous a l'Ange bien fait entendre, Qu'en povre lieu lié de drapeletz, Le trouverions, non en ces grans palais.
à + verts ts dE
SOPHRON. Approchons nous, faisons nostre È
devoir De cercher lieu, par où le puissions voir.
ELPISON. Le plus heureux, et le premier je suis,
Qui le verray par le trou de cest huys.
PHILETINE. Voicy un lieu qui est sy fort us |
Que le dedans ne sera descouvert.
CRISTILLA. Voyez l'enfant, et celle qui l’allaicte.
DOROTHEE. O le poupon, re comme il tette !
SOPHRON. C’est un thresor, tant il ur HE È
formé :
Sera jamais l’huys pour nous defermé ?
ELPISON. Mais appellons cest homme que voilà Pour nous ouvrir. Hau, Monseigneur, hola.
JOSEPH. Quisont ceux là qui 1à dehors fonthruit? ‘ SOPHRON. Qui vont cerchant de vie le vray
fruit; Car nous sçavons et croyons fermement Qu'en cest enfant est nostre sauvement.
MARIE. Si Dieu leur a ce grand cas revelé, Il ne fault pas que par nous soit celé; Car aux croyans il fault le Christ monstrer.
Quvrez leur l’huys.
752 corr. nous sera descouvert ?
JOSEPH. Vous povez bien entrer. :
ELPISON. Entrons. Fe
SOPHRON. Tout beau, sans l’un l’autre:
fouler.
NEPHALLE. Làs, de le voir ne me pourray saouler.
SOPHRON. Dieu immortel, qui sur les cieux impere, 770 Et qui plus est, pour nous fais ton repaire, En cest enfant, auquel nous t'adorons, Et saluons la tresheureuse Mere De cest enfant, dont toy seul es le pere; De tous noz cœurs l'aymons et reverons; 775 A tout jamais louenges chanterons Pour ce divin et salutaire ouvrage.
Noz biens, noz cœurs, nostre tout t'offrirons, Nous t'aymerons tout le cours de nostre aage.
ELPISON. ‘Nous t'adorons, Ô divine puissance, 780: Qui as daigné soubz la forme d'enfance, Avecques nous humblement habiter;
L'œil voit l'enfant impuissant en presence, Mais Foy qui croit par seure congnoissance Devient nostre œil, et nous vient inciter
De t’adorer, honnorer, visiter,
Comme vray Dieu, et celuy seul qui Est, Qui peux tuer, et puis resusciter
Tous les vivans, quand et comme il te plaist.
NEPHALLE. Tu es de Dieu la promise semence Au povre Adam, apres sa lourde offense ; Qui trop s'estoit au serpent confié.
Abraham creut ceste heureuse sentence, David aussi, pourquoy feit penitence; Et l’un et l’autre en feut justifié,
28 Marguerite de Navarre.
795 Noé en toy s’est fermement fié, Pourquoy il feut sauvé du grand deluge, Qui croit en toy, il est certifié Qu'à tout jamais tu luy seras refuge.
PHILETINE. Or voy je ce qu’en Isaie ay leu, 800 C’est une Vierge ayant son Filz conceu; Dame, c’est vous dont il parla sy bien, Rosee que le ciel voulté a pleu, O terre heureuse, ayant par Foy receu, Voire et germé le fruit, qui est [le] lien.
805 De Dieu en nous: Nous qui dessoubz ce Rien Viens habiter avec tes creatures.
Làs je congnois qu’il n’est nul plus grand bien, Que voir l’effect des saintes Escritures.
CRISTILLA. Povres pecheurs, remplis d'ingratitudes, s10 L’asne et le Bœuf, qui sont bestes sy rudes N'ont mescongneu leur maistre et bienfaicteur ; Trop bestiaux sont voz sens et estudes, Voyans ces dons en telles multitudes, Si vous n'aymez ce puissant donateur.
815 Au saint escrit Jay veu dens un acteur, En admirant le Christ et ses travaux, Dit que devons voir nostre Redempteur En povre lieu, entre deux animaux.
DOROTHEE. Or voit mon œil ce qu'ay creu.et pensé ; à
820 C’est, qu'on verroit la verge de Jessé, Et puis après d'elle monter en hault
805 corr. De Dieu en nous, Dieu, qui dessoubz ce rien Her ur
Comédies. ARR Ci
La fleur par qui sera recompensé
Dieu, beaucoup plus qu'il ne fut offensé
Du povre Adam, par le premier default.
Vierge, de toy encor dire me fault,
Tu es le mont dont fut prise la pierre
Sans main d’ouvrier, fors Dieu seul; qui le sault Feit à son filz faire du Ciel en terre.
JOSEPH. Amys, comment avez vous sceu cecy ?
SOPHRON. Seigneur, hersoir, le Ciel desja noircy, Vismes de Dieu Anges resplendissans ; Nous eusmes peur. Lors nous resjouyssans Dirent, le Filz de Dieu est né pour vous.
Pensez, Seigneur, s’il y eust nul de nous Qui ne courust de bon cœur, pour povoir, Ce qu’avons tous desiré recevoir.
JOSEPH, Loué soit Dieu qui à l’orgueilleux cache Ce que luy plaist que l’humble et petit sache ; Croyez le Grand dessoubz ce petit corps,
En l'impuissant gist la force des forts.
Soubz ce muet couverte est la Parole.
Soubz ceste chair tant delicate et molle Le fort David y est; qui de sa fonde
A mys à mort le plus grand de ce monde.
Ne doutons plus [que] Dieu est avec nous ; Et pour jamàis, l'Espouse avec l’Espoux Par cest enfant ensemble sont uniz, Comme par luy tous les maux sont puniz.
SOPHRON. Vous plairoit il, par vostre humilité, Vierge portant nom de maternité, Noz questions en patience entendre ?
MARIE. Icy pourrez la verité apprendre :
Ne craignez rien, mais parlez hardiment.
PHILETINE. Je voudrois bien scavoir premiere:
ment Pourquoy au lict ne vous trouvons couchee Veu qü’aujourd'huy vous estes accouchee ?
MARIE. Le digne fruit qui donne à tous liesse.
Par sa vertu m'exempte de foiblesse.
JOSEPH. Son corps qui est sans tache ne macule, Est tousjours sain; tout mal de Iuy recule.
CRISTILLA. Pourquoy n’est né Christ en grande maison ?
MARIE. Bien facile est d'en dire la raison:
Jl a aymé parfaite povreté, Pour enrichir eil qui eust povre esté.
JOSEPH. Vous bastisseurs de grands palais Sy.
amples, Edifieurs de maisons et de temples, Voyez celuy qui tout en sa main tient, Qui en ce lieu povre et petit se tient; Sy n'aurez vous en fin de vostre guerre, Que la longueur de vostre corps de terre.
NEPHALLE. Pourquoy n'a il de beaux acous-
tremens D'or et d'argent, rubys et diamans ?
MARIE. Simplicité dont il est amoureux, Luy fait haïr tout estat curieux.
JOSEPH. Bien que l’habit ne face le peché Qui a son cœur à Dieu seul attaché
876 1547 éd. Frank à son cœur a Dieu
saute on rie ie edhe né dént D St Qu de nd à
Comédies. Ste
Sy est tousjours la curiosité, . La vanité et superfluité De Dieu haïe et des bons reprimee:
880 Par Christ en est la Parole approuvee, Et en trouvant tous ces ornemens laids, S'est contenté de petis drappelets.
PHILETINE. Pourquoy n'avez aumoins quelque servante,, Pour vous servir d'affection ardente ?
885 MARIE. Je n’ay besoing d’estre de nul servie, J'ay de servir grand plaisir et envie.
JOSEPH. L'indigent fault servir en diligence Mais de rien n’a ceste dame indigence; L'enfant luy est pain vif pour nourriture,
890 Sa charité luy sert de couverture, En ceste vie et en ce vestement Elle ha tousjours parfait contentement.
CRISTILLA. Dame, pourquoy ne vient icy le monde, '.
Pour adorer le Bien, où tout abonde ?
895 MARIE. Prou d’appellez y a, mais peu d'Esluz; Mais les Esluz y viendront, et non plus.
% JOSEPH. David, Noé, Abraham, et Jacob L En ont parlé à ce monde beaucop; - Chacun Prophete à chanter s'est espris, 900 Pour inciter chacun courir au prys | De Dieu promis, et à tous exposé:
Mais chacun a ou son parler glosé,
890 1547 éd, Frank: couverture En ceste vie; et en
PA Marguerite de Navarre.
Ou deprisé, ou comme nul tenu, Tant que bien peu de peuple y est venu.
005 DOROTHEE. Pourquoy le Beau n'est pas sus . tous aymé?
‘Pourquoy le Bon n'est sur tous estimé ?
MARIE. Pour ce qu'Amour est sy tresraisonnable Qu’entrer ne peult sinon en son semblable.
JOSEPH. Amour, de nous jamais ne prend naissance, 910 Mais vient de Dieu; qui donne connoïissance De son amour en nous, qui ne sejourne, Mais tout soudain dont elle vient retourne.
La creature est bien audacieuse, Qui sent en soy ceste flamme amoureuse, 015 Et attribue à soy le sentement, Qui vient de Dieu, et est Dieu purement, Dieu est Amour, qui en sa creature Se veult aymer par sa charité pure.
SOPHRON. Quelz motz voicy! de plaisir je
m'estonne.
920 ELPISON. Voicy le jour, fault il que je retourne?
NEPHALLE. Fault il laisser cest enfant nompareil ?
PHILETINE. Ma Dame, au moins son petit bout 1 d’orteil Pour le baiser vous plaise me donner.
CRISTILLA. A moy aussi: làs, vucillez par- ; donner 925 Ma privauté, et trop grand’ hardiesse.
À A Comédies, : IR 54
DOROTHEE. Pour m'enyvrer jusqu'au bout de liesse, | Permettez moy que j'en baise la plante, Maintenant suis bienheureuse et contente.
Noz yeux l'ont veu ; et noz mains l'ont touché. L'Agneau trespur, qui oste le peché.
SOPHRON. Làs, recevez de povreté les dons Avec noz cœurs, qu'à vous servir tendons.
PHILETINE. Cest oyselet, qui n’est laid ne meschant Aurez de moy; car il ha plaisant chant.
CRISTILLA. Tenez ce laict, pour faire sa bouillie ; Encor en ay: la chevre n’est faillie.
DOROTHEE. Fourmage fraiz dedens ceste feisselle, .
Sera pour vous, tresheureuse pucelle.
NEPHALLE. Mon flageollet, s'il vous plaist de Fouyr,: 1:
Il vous fera tout le cœur resjouyr.
. ELPISON. De mon fagot aussi vous fais present ; Le feu vous est bien sain, au temps present.
SOPHRON. Mo, qu pour tous dois faire la harangue, Confesser veux n'avoir force ny langue, Ny nul sçavoir pour vous remercier.
Rien ne povons, fors nous humilier Devant l'Enfant, où la divinité Veult habiter par son humilité, Offrant tout ce qu’en nous le Pere. a mys, Amys d'amys, ennémys d'ennemys.
Bibl. rom. 295|299, 3
1 1547 ïlz sent vont (sic!)
, Marguerite de Navarre. ‘
Vivre et mourir voulons en te servant ; - Vivre sans toy estimons moins que vent.
A Dieu, Enfant ; lequel tousjours benie
Toy et ta belle et noble compagnie.
A Dieu, Marie; A Dieu, de Dieu l’aymee, Parquoy serez d’un chacun estimee.
A Dieu, Joseph: graces nous vous rendons; Et Mere et Filz nous vous recommandons.
Si nul de nous vous peut en rien servir, Mandez le nous; vous nous verrez courir,
MARIE. Celuy qui est verité, vie et voye, Pasteurs Esluz, vous garde, et bien convoye.
(Ils s’en! vont.)
J'ay eu l'oreille ententive, aussi l'œil
A leur parler; dont je fais le recueil
Dedens mon cœur, là où je le consérve:
Je le confere, et le garde et observe;
Ce m'est plaisir de voir le Souverain Communiquer à ce lignage humain.
Le Petit l’a trouvé, et Dieu l’a congnu nu; Le Grand l’a reprouvé, dont mal luy est venu, La grandeur n'a congnu soubz ceste petitesse; Dont honneur soit rendu, et gloire à sa haul-
tesse.
Fin de Marie, et Joseph. s
LES BERGERS chantent.
Pasteurs, menons trestous joye, Et chantons bien hautement ; Car en quelque part que soye Vivre veux joyeusement.
Basin no
SATHAN commence. Jusques icÿ j'ay regné puis- En subjugant ceste mortelle terre; [samment Sans nul propos incessamment fais guerre Au Dieu d’enhault et viz triomphamment.
LES PASTEURS. Bergeres vierges et belles, Nous devons chanter aussi, Disans les bonnes nouvelles, Qui nous ostent tout soucy.
SATHAN. Voilà un chant qui me rend tout tran- Quelle nouvelle est ce qu’ilz ont ouye? [sy. Leur compagnie en est fort resjouye, Y aurait il point pour moy quelque Si?
LES BERGERS, en chantans. Une Vierge qui est A un beau Filz enfanté; [mere, Qui n’ha nul que Dieu pour Pere, Ce mot soit bien hault chanté.
SATHAN. O que je suis bien enchanté!
Une Vierge enfanter un filz!
Harauld! c’est le terme prefix
- Dont je seray mal contenté.
LES PASTEURS, chantans. Puis que Dieu joindre S'est daigné du povre Adam {au lignage Du ciel avons l’heritage En despit du faux Sathan.
SATHAN. Quelle douleur j'ay pour ceste fin Ce secret là me seroit il caché? [d’an!
De le sçavoir sans cesse j'ay tasché Depuis que feiz Adam saillir d'Eden.
Sçavoir m'en fault la verité plus ample. D'où venez vous?
DO UTS Marguerite de Navarre.
SOPHRON. De visiter un temple Mieux orné que cil de Salomon.
ELPISON. D'ouyr aussi un fructueux sermon, Par qui en Dieu regenerez nous sommes.
1010 NEPHALLE. De voir le Christ, le vray salut des hommes.
Vous y plaist il aller, tresgrand vies Je vous seray du chemin enseigneur.
SATHAN. Il n'est pas vrav. C'est resverie où songe.
PHILETINE. La Verité, qui confond la mensonge,
1015 Dans un enfant avons touchee et creué.
SATHAN. Foles, allez; Vous la me baillez crue.
CRISTILLA. Combien, Seigneur, que vous ne le : Si est il vray. Mais à fin qu’en soyez [croyez Mieux asseuré, allez le voir vous mesmes,
1020 SATHAN. Toutes mentez, et faillez à voz esmes.
:DOROTHEE. Hà, l'enfant est de telle dignité, Croyant qu’en luy est la divinité, Que vous prendrez à le voir grand esbat.
SATHAN. Je n'en croy rien; vous venez du sab- 1025 Où enchanteurs vous ont trop amusees, [bath, Et tellement en doctrine abusees Que vous croyez ce qui ne sçauroit estre.
LES BERGERS et BERGERES ensemble.
Il est vray. | SATHAN. : Povres, lon vous fait paistre Comme lon veult-de tresfaulses doctrines.
1007 trop court d'une syllabe (corr. aorné?) — 1014 éd. Frank: le mensonge. 1024.éd. 1547 et : Frank: sabbath ; Ou :
Cémédies. * 27
1030 SOPHRON. Les grands vertus, puissantes et di- Du saint esprit en nos cœurs inspirees, [vines Sont de nous tant creuës et desirees:.
Nul ne sçauroit à l'esprit resister.
SATHAN. Aveuglez folz, je vous veux inciter
1035 De desister de ceste fole Foy.
Si vous voulez un petit croire en moy, Voir vous feray que ce Dieu de là hault Du monde bas n’ha cure, et ne luy chault; Mais plus en ha celuy qui plus en prend;
1040 Malheureux est qui ne veult estre grand, Si adorer me voulez, et servir,
. Croire et aymer, vous pourrez desservir Biens et honneurs et plaisir. Car pourquoy Donner les puys? Je suis du monde Roy;
1045 Je changeray. voz gros vilains bureaux En tous draps d'or, d'argent, riches et beaux. Vous qui servez brebis et simples bestes, Je vous feray servir à grands requestes ; Vostre labeur en grand oysiveté
1050 Je tourneray, et en lascivité.
Bref; de petis, vous feray venir grands; Pour les petis ronger à belles dents.
Je vous feray et craindre et estimer, Voire par tel qui ne vous daigne aymer.
1055 Maïs si fault il que vous ne croyez pas Que Dieu descende un si malheureux pas Du ciel treshault, là où il se repouse, Pour prendre ainsi une ame pour espouse ;
Ne que jamais vueille à Adam donner
1060 Son paradis, et ses maux pardonner,
1032: 1547 et Frank: creues — 1048: 1547 et Frank Car pourquoy, Donner les puys. Je -- 1057 éd. Frank: repose. — 1060: 154T*point après pardonner.
38 Marguerite de Navarre.
Si cest Adam n'avoit par son labeur Fait œuvre digne à ceste grand valeur Et acomply la Loy, sans un Jota En delaisser; retenez ce Nota 1065 Parquoy laissez à Dieu tous ses haults Cieux, Et regardez la terre pour le mieux:
‘ Sa gloire il tient aux hommes par trop chere; Venez à moy, nous ferons bonne chere.
SOPHRON. Foy n’y a en vous, creance, ne fiance, 1070 Dont mieulx me plaist repoz de conscience. Que tous les biens qu'il vous plaist presenter; Car un bon cœur ne s’en peult contenter.
ELPISON. Ne pensez pas que l'esprit du fidele, :
A qui l'esprit de Dieu tousjours revele 1075 Son bon plaisir, sceust de vous tenir compte: Car tout honneur mondain il tient pour honte.
NEPHALLE. La povreté point le corps ne nous blesse,
Car nous sçavons d’où vient nostre noblesse;
Un pere avons, qui est bien riche assez, 1080 Tous ses thresors sont pour nous amassez.
PHILETINE. Ja n'adviendra et plustost mort m'advienne.
Qu'au Trespetit, vray espoux, ne me tienne ; Car en luy voy la parfaite grandeur; Toute beauté hors de luy m'est laideur.
1085 CRISTILLA. Par Foy il est engendré en noz D'amour goustons les divines liqueurs ; [cœurs, Tous les plaisirs du monde, sont tristesses Au prix de ses indicibles liesses.
DOROTHEE. Mon Pere il est, et mon Frere, et mon Tout, 1090 Je suis à luy deel'un à l’autre bout ;
Je n'ay qu'un Dieu; parquoy l'idolatrie Ne m'ostera ma celeste patrie.
SATHAN. Voicy mes gentz. Sont ilz spirituels, Mes insensez ? O folz continuelz, 1095 SOPHRON. Estes vous Dieux ?
Maïs Rien nous confessons.
La gloire au Filz, d’estre Dieu nous laissons, Et nous souffit d’estre ce qui luy plaist, Et de sçavoir qui est celuy qui Est.
SATHAN. Cuydez vous pas avoir son saint Esprit?
1100 ELPISON. S'il est dedens nostre cœur bien es- Sy vivement le scavons et sentons, [crit, Qu'impossible est que jamais en doutons.
SATHAN. Pensez vous bien entendre l'Escriture ?
LE III. BERGER. Nous en faisons humblement la lecture,
1105 Maistre n'avons sinon sa charité, Qui nous apprend toute la verité:
Plus en sentons, moins en povons parler ; Car fort amour fait ce secret celer.
SATHAN. Osez vous bien nommer le grand Dieu Pere ?
1110 PHILETINE. J'ose par luy ce que par luy j'es- | Ce que je eroy et fermement je tiens. [pere, Pere il est nostre; et sommes de ses biens Vrays heritiers; acquise est nostre part, Dont eau et feu n'en feront le depart.
1115 SATHAN. Si vostre pere estoit, ainsi que dites, Vous lairroit il les povretés maudites Que vous souffrez en grand necessité ? :
Ouvrez les yeux, gens pleins dé cecité;
1145 DOROTRHEE. Noëtre cœur n’est de voz ditz em-
Marguerite de Navarre.
Avez vous veu jamais qu'un homme riche Laisse son filz comme desert en friche?
Il defaudroit de vouloir et puissance,
S'il ne donnoit des biens en abondance.
Quelz filz de Dieu! qui n’ont de ses thresors. Fors faim et froid, habitz povres et ordz.
ELPISON. Ceste parole, espee tresague,
Par Charité les siens souvent arguë
Et les chastie; afin de tous les rendre Moindres que riens, plus petis que la cendre. Mais les ayant jusques à rien soubmys,
Se monstre pere à ses enfans amys.
Lors est de luy la vie en nous goustee, Quand il nous a celle d'Adam ostee.
Dont le grand bien est tel, qu’il fait offrir Joyeusement noz corps à tout souffrir;
Plus nous souffrons, nostre joye redouble,
De voz plaisirs ne donnons pas un double.
SATHAN. Si en toy fust le Filz de Dieu tres-
Te lairroit il ainsi souvent pecher ? [cher, Le pere aymant son filz vous garderoit …
Si cherement, que nul ne pecheroït,
Or pechez vous souvent contre sa Loy:
Parquoy chacun peult bien juger en soy
S'il est vray filz; car où peché opere,
Ne fault juger que Dieu y soit pour pere.
pesché.
Nous confessons que nous faisons peché, Et ne povons rien sinon peché faire : i Mais Dieu en nous, pour son œuvre parfaire +
Da Lu dns
Joint dedens nous sa tresjuste justice,
A qui sert bien de fueille nostre vice,
Le tresbeau blanc, se fait bien plus blanc veoir Quand on le met sur un fondz qui est noir.
Peché est nostre autant que nous cuydons Estre et povoir ; et que nous nous guydons Par nostre sens. Mais quand il est rendu Tel comme il est, et Rien bien entendu, Nous nous perdons en perdant ce Cuyder; Qui ne sçauroit hors de noz cœurs vuyder, Si verité pour y prendre sa place
Ne l’en met hors, et par Foy ne le chasse; Et lors en lieu de celuy qui n’est point, Celuy qui Est, est à nostre cœur joint:
Ainsi peché qui ne gist qu’au dehors,
Ne peult toucher qu’à nostre mortel corps:
Le Crist avons vivant en nostre cœur, Qui de peché et la mort est vainqueur.
SATHAN. Ho, qu'est cecy? voici une faerie,
Voicy propos pleins de forcenerie ;
Le Petit a sur moy gaigné le reng.
Ho, quel archer! et comme il tire au blanc!
Il à navré le cœur de ses fideles ;
Plus n'ay povoir ne ‘sur eux, ne sur elles.
Agneau occis, qui du Ciel feiz chasser Moy et les miens, me viens tu pourchasser Jusques icy? Où trouveräy je place
Pour eviter la fureur de ta face?
Au Ciel montay, où tu fais ta demeure, Mais je n'y peuz pas demeurer une heure, Pour ne vouloir toy Petit recevoir,
Mais ouy bien trésbeau et grand me voir; Voire et à toy voulois estre semblable, Maïs non pas toy, parquoy je feuz fait diable;
Et ta vertu voyant Cuyder en moy
da) Marguerite de Navarre.
Me dechassa du Ciel; d'aupres de toy 1185 Je suis venu en ceste terre basse, Où montz et mers, et terre je trespasse, Pour trouver lieu seur hors de ta presence, Où un petit peusse trouver d’aysance ; Mais sans cesser tousjours ta main me tient, 1190 Qui maugré moy me poulse et me retient.
Si je descends au plus profond d’enfer, Là je te sents, qui brusler et chauffer Me fais du feu de divine Justice.
Si j'avois lieu où peusse ma malice 1195 : Executer, où tu ne fusses point, Je regnerois. Mais quoy ? voicy le poinct, Qu es par tout par grace et par puissance ; Et qui pis-est, ton Fiiz, ta congnoissance Envoye au monde, où j'estois bien venu 1200 Quand tu estois des tiens plus incongnu. Ceux qui verront maintenant ta lumiere, Congnoistront bien mon essence et matiere, Un sot Cuyder, et une vanité Suyvi, aymé de la mondanité, 1205 Qui au soleil comme la neige fond. Parquoy m'en fault aller au plus profond Du puits d'enfer, tourment de ton absence :
Car demourer ne puys en ta presence.
Mussèr m'en vois au fonds des cœurs de ceux 1210 Qui d’escoater ta voix sont paresseux; Aymans Cuyder, et ce qui ne feut onques.
En eux feray tout mon effort adonques, Pour chasser hors de leurs cœurs la memoire De l’Escriture, et salutaire histoire ;
1184: 1547 de soy (cor. dans Véd. Frank).
1191 éd. Frank: profond enfer. —. 1207: 1547 denfer.
1215 Et travailler par furieuse rage Ceux qui auront ton Nom en leur courage:
Et sans cesser les feray tourmenter, Craingnant de voir le Petit augmenter.
Malings Espritz, venez et courez viste,
1220 À vous m'en vois au desesperé giste, Pour essayer d'avoir quelqne conseil, Comme pourront tenebres le soleil Faire eclipser. Mais s’il ne se peult faire, En bref verrons nostre regne deffaire.
1295 DIEU. Or voyez vous cy mon cher Filz eslu, Mon tresaymé, auquel me suis complu :
C’est cestuy cy, en luy vous devez croire.
; C'est la vive eau. de laquelle fault boire, 4 Qui vous fera jusques à moy saillir:
» 1230 En le croyant, vous ne povez faillir.
Or est Sathan qui ne s’est voulu rendre A cest Agneau, par luy mMys non en cendre, Mais tout à Rien, comme il estoit devant Qu'il fust Elu. pour estre mon servant.
1235 Par sa vertu me vouloit ressembler, Mais à | Agneau Île failloit assembler, Uny à luy, aymant Rien et la mort; Mais le rebours a fait, dont il ha tort.
É Car nul ne peult jamais à moy venir, … 1240 Qui ne se veult dens le Petit tenir.
‘% Sathan cuydoit par son sens meriter, Siege pareil que le mien heritter.
Et moy qui Suis celuy qui Suis sans doute, 3 Jamais en moy ne reçoy ny ne boute - 5235 Nul qui ne soit dedens l’occiz Agneau . Tout mys à rien, et fait homme nouveau.
M 01221 s.1547 et éd. Frank: conseil. Comme ... … cclipser? — 1242 éd, Frank: heritier,
Marguerite de Navarre.
Or est de luy par mon tressaint escrit, Par mon amour, par mon divin esprit Sa congnoissance au bas monde donnee, Dont nous voyons destruite et estonnee Du grand Sathan le regne, la pratique:
Son grand Cuyder, sa force tyrannique
. Est mise à rien par l'Agneau innocent
Qui à la mort et à Rien se consent.
Et tant m'a pleu ceste nichilité,
Son Rien pour moy, et son humilité,
Que l’ay dessus les Anges exalté,
Et l’orgueilleux du plushault desmonté;
Qui n'aura plus que Cuyder, en lieu d’estre.
- L’Agneau feray triompher à ma dextre,
En luy donnant justice et jugement;
Et pour son Rien il aura Tout vrayment.
Anges, chantez, en voyant eslevé
Rien en son Tout, et Sathan reprouvé:
Son Tout à Rien est mis par ma puissance:
Cuyder est nul, où est ma congnoissance.
LE PREMIER ANGE Or elle est cheute. elle est
cheute, elle est cheute Confasion la paillarde et la pute.
LE SECOND ANGE. Qu'est devenu son bruit,
sa renommee ?
De son Cuyder n’est venu que fumee.
LE TIERS ANGE. Elle est au puits de sa per-
Ceste cité d’abomination. [dition,
LE III. ANGE. Sathan, Sathan, en descspoir et À tout jamais t'a mené ton orgueil. [dueil
125 LE PREMIER ANGE. L’Agneau occis, où g'ist
ta sapience, Donra de toy à tous vraye science,
Comédies. jure 45
LE SECOND ANGE Sa mort sera aux filles de Heureuse vie et Resurrection. [Zion
LE TIERS ANGE,. Son Rien fait ceux, qui en luy seront Riens, 1980 Estre en toy Tout, qui promesse leur tiens.
. LE ITIL ANGE. De tous ces cas soit à jamais memoire Au monde bas, et à toy seul la gloire.
LE V. ANGE. Chantons, car tout est consommé et fait; Le Petit est vray homme et Dieu parfait.
. 1285 LES ANGES, chantans. Gloire soit au Createur, ‘4 Qui destructeur Est de Sathan la grand'beste:
L'honneur à l’Agneau rendons, ? Par qui ces dons | 1290 Le Pere nous manifeste.
È À faire feste, Helàs, nous tous entendons,
‘FIN. | d