COMEDIE DE L'ADORATION DES TROIS ROYS A JE- SUS CHRIST
1 DIEU commence. JE SUIS QUI SUIS, et contiens en mon Estre Tout ce qui est, qui Feut et qui Sera:
Ce qui n’est point j'appelle; et le fais naïstre: Cuyder par moy bien tost trespassera. | Le mouvement des Cieux ne cessera De m'obeïr et le Soleil de luire; Ma volonté nully ne passera; C'est moy qui fais toute chosè produire, Si je fais tout, qu'est ce que je n'ay fait ? 10 Et faisant ce qu’on doit esmerveiller, - Qui est le sage et docteur sy parfait, Que j'aye prins pour mieux me conseiller ?
Quel vigilant me pourroit resveiller ?
Qui peult tenir l’eau de la mer profonde 15 Dedens sa main, ny par long travailler | Avec trois doigts, tout le sablon du monde? Qui a creé dans la mer la Baleine, Et les poissons vivans au fonds de l'eau?
Qui a creé l'Elephant en la plaine, 20 Et qui a mis au Cerf et au Taureau.
Cornes au front? Qui defend le roseau De l’aspre vent, qui les Cedres ruine?
Qui fait le beau laïd estre; et le laid, beau; Le jour serain, et l’espesse bruine ?
Y. 18 éd. Frank: fond
Ct
Comédies. D Y
C'est moy tout seul, sañs nul y appeller.
Parquoy chacun doit avoir congnoissance Que je peux tout. Le muet fais parler,
Le sourd ouyr, en mon obeïssance
Je tiens la mort, et luy donne puissance,
Comme je veux; et fais ce qui me plaist,
De chacun veux avoir recongnoissance
D'estre son Dieu, celuy tout seul qui EST, En mes esluz je tue et mortifie,
Adam vivant, et le metz tout à rien;
Je resuscite, et du tout vivife
Ce Rien, lequel je remplis de tout bien.
Qui a esté envers moy le moyen
De ces beaux faitz ? Nul que ma Sapience,
Mon verbe et Filz qui n’ha rien que du mien;
Dont mon Amour declare la science,
Ce Filz aymé, par lequel tout je fais,
Je ne veux plus qu'il soit tant incongnu ; Ce qu'ay promis long temps a maintesfois A mes Esluz, je veux qu’il soit tenu:
Les Pasteurs l'ont comme Dieu recongnu.
Si au bas Peuple ay fait ce bien apprendre, Aux sages Roys du Messias venu
‘Je veux aussi faire nouvelle entendre.
Pour les tirer à ce divin sçavoir, Allez à l’un bien tost, Philosophie:
En luy faisant tant d'Escritures voir,
Que pour sçavoir, de soy il se deffie;
Et qu’il congnoisse un Dieu, où il se fie; Faites luy voir des Prophetes le livre,
Qui de mes faitz sy bien le certifie,
Qu'il soit d'erreur pour tout jamais delivre.
v. 25. 33: 1547 et Frank ne marquent pas le
début de la strophe, — 35: 1547 point après vivifie
PHILOSOPHIE. Seigneur, je suis ce qu'il te
plaist que soye,
Pour obeïr à ton commandement.
Car il n’y à regner, plaisir, ne joye,
Qu’à te servir par amour promptement,
Puis qu'il te plaist courray legerement ;
Par tous moyens tirant ta creature
A desirer de. voir entierement :