‹ ComédiesChapitre 39 sur 73 · LA NOURRICE DU FILZ D'HERODES · texte numérisé non relu

LA NOURRICE DU FILZ D'HERODES

Allez, vous n’y avez que mordre, ,.

Pas n’estes digne de le voir, | Car je vous fais bien à sçavoir ï Qu'il est filz du roy trespuissant. J 440 LE INTI. TYRANT. Aussy pour faire mon devoir, … Au roy veux estre obeïssant. 4

LA NOURRICE. Làs, sus y vous tirez l'espee,»

Sans craindre le roy ! quelle audace ! À

LE JITI. TYRANT. Il aura la gorge coupee, { 445 Le roy le veult, en ceste place. !

LA NOURRICE. Venez tost à l’aide à moy lasse, | Venez cest enfant secourir : | Làs, son corps l’espee oultrepasse.

448 éd. Frank: l’espee son corps oultrepasses

LE III. TYRANT. C’est le roy qui le fait mourir.

450 LA NOURRICE. Le roy fait son enfant tuer!

Sa

2 CPE RE UE PPT æ 7

O cruel Pere, Ô cas nouveau!

Qui en lieu de s’esvertuer

De sauver son filz sain et beau, Du tetin le met au tombeau.

Son porc, non son filz, vault mieux estre.

Le juif ne tue nul pourceau, Mais son filz, qui ne fait que naistre; O roy plein de vice, Moy povre nourrice Fais icy le dueil Que ‘tu devrois faire ; Non ainsi defaire, Et mettre en cercueil Le bien de ton œil.

Mais si ne puis je encore croire Que le Roy un tel cas entende; Il n'y à ne proufit ni gloire:

Plus avant fault que j'en demande.

Tel en pourra payer l'amende, Qui est cause de ma douleur.

- LE CAPITAINE, arrivant devant Herodes.

Le Dieu plein de puissance grande

Augmente au roy vie et honneur.

Nous venons de persecuter

Le païs, du Christ la naissance,

Et ton vouloir executer;

Sans avoir de nul congnoissance.

Chacun craint ta grande puissance;

Car il n’est demeuré un seul

457 éd, 1547 filz; .., naistre, O roy

Enfant,’ soubs ton obeïssance, 480 Qui ne soit mort dans son linceul.

HERODES. N'en avez vous un seul sauvé, Qui me puisse mener la guerre ?

LE CAPITAINE. Si un seul enfant est trouvé Qui ne soit par mort mis en terre, 485 Faites nous en prison grand'erre Mener, et mourir pour l’amende; Ou Dieu nous tue d'un tonnerre.

HERODES. Voila le bien que je demande.

LE CAPITAINE. Depuis deux ans et au dessoubz, 490 En Bethleem ny à l’entour Masle n'y a; nous sommes saoulz De frapper. Qui eust veu les tours De nous, et des femmes autour, Il eust veu cruelle bataille :

495 Chacune faisoit son destour, Mais n’y ont fait chose qui vaille.

HERODES. Vous me rendez le cœur content, Et le corps tout remply de joye.

LE PREMIER TYRANT

Jamais nul Roy n'en feit PAPA 500 Sire, que vous.

HERODES. Vien ça, que je oye Comment.

LE IL TYRANT. Vous verriez par la voye.

Le sang courir de tous costez.

HERODES. Ho, voila plaisante montjoye, Monstrant les ennemys domtez!

S’en allant, puis revient 1.

505 Mais quoy? qu'ont dit ces meres foles ?

LE III. TYRANT. Les unes ont voulu fouyr, Les autres à force paroles:

Nous ont fait injures ouyr; A peine en avons peu jouyr 510 Fors à grands coups, sur bras, sur testes.

HERODES. Voila qui me fait resjouyr, Vrayment bons serviteurs vous estes.

LE III. TYRANT. Jamais n'ouystes de telz crys,. Telz plaingtz ét lamentations.

515 HERODES. En vous escoutans, je m'en rys, Ce me sont consolations.

LE IIIL TYRANT. Injures, maledictions, Coups de poing, morsure de dents Avons eu de leurs passions, 520 Dont portons signes evidens.

- HERODES. Vous avez sy bien besongné, Que d’avoir mieux je ne souhaite.

LE CAPITAINE. Ha, il y a bien eu hongné Avant venir à la retraite.

1 Cette indication manque dans l'éd. 1547. 512 éd. 1547 Vray ment. 918 éd. Frank: morsures Bibl. rom. 2951299 8

114 Marguerite de Navarre,

55 LE IHII. TYRANT, Sire, une femme fort aigrette, Dit qu’à vous elle s’en plaindra ; Mais vostre volonté j'ay faite.

HERODES. Jamais nul mal ne t'en prendra.

I1Z ont fait ce qui est possible 530 Pour mettre mon cœur en repous:

Si le Christ n’est bien invisible, Il sera mort dessoubs leurs coups ; Dont en paix regneray sur tous, L Sans craindre qu'on me face tort.

Fe TA Hô, que ce scavoir là m'est doux, Que Christ soit mis du tout à mort!

Car son regne est au mien contraire, Et de mon throsne me depose.

Car par ce que j'ai peu retraire 540 Des prophetes et texte et glose, Ce eust eté de luy bien grand chose Et de moy riens: mais j’ay pourveu.

Que son corps en la mort repose ; Le mien vivant de tous est veu.

545 Je regneray, puis qu'il ne regne, Et feray ce qu'il me plaira.

O qu'il sera heureux mon regne!

Car un chacun me complaira, Et biens et forces desploira, 550 Pour acquerir mon amitié.

Hà, chacun pour moy s’emploira, Puis que j'ay le Christ chastié. Je laisse à Dieu de tous ses cieux La police et gouvernement ; 555 S'en quitte ma part; aymant mieux Regner en terre puissamment.

Vivre veux plus joyeusement Que je n’ay fait au temps jadis;

En terre est mon contentement, 560 Garde bien, Dieu son paradis.

LA NOURRICE.- Helàs, Sire, Sire, voyez.

Ce qu'a fait vostre Capitaine Avec[ques] ses gens desvoyez Contre vous ; Majesté hautaine,

565 Vostre puissance souveraine Punisse ce crime execrable Par une intolerable peine:

Vengez vostre filz tant aymable.

HERODES. O vilain désir de vengeance, 570 Et de regner l'ambition !

* Ô trop hastive diligence, O impiteuse occasion!

Dont j'avois mestier,.

Plus que de la terre.

Pour deffaire Christ, J'ay mon filz preseript Parmy ceste guerre,

Acquerant pour luy Repoz et appuy, Le Christ je cerchois.

Mais le puissant Dieu Mon filz prend en lieu; Pas n’ay eu le choix.

O malheureux Pere !

Je suis qui opere

2 O mon filz, ma dilection,

‘ Pour conserver ton. heritage,

575 Je t’ay mis à perdition;

Et pour proufit,‘t'ay fait dommage!

; Je perdz l'heritier

Marguerite de Navarre.

Contre mon vouloir.

Car pour tuer un,

J'ay fait tout commun ;

Dont me fault douloir.

Maïs, au fort, j'ay fait

Un sy tresbeau faict,

Qu'il fault en gré prendre

Ceste propre perte.

C'est pour ma desserte,

Lon le peult entendre.

J'ay un filz perdu,

Aussi j'ay rendu

Mort mon ennemy.

Je l’ayme mieux mort,

Que voir vif et fort

. Mon filz et amy.

De mon Capitaine, C'est chose certaine Qu'il m'a obey; Dont est advoué Aymé et loué De moy non hay.

Metz en sepulture Ceste creature,

Et l’oste d’icy.

LA NOURRICE. O dure nature!

O nature dure!

Helàs, qu'est cecy ?

Enfant, je t'emporte

De dueil demy morte,

Hors des yeux du Roy;

Qui du tout s'accorde

598 éd. 1547 prendre. Ceste . . . perte C’est |

A ceste mort orde!

O quel desarroy!

625 En la terre mettre Te vois, là fault estre Et tous demeurer.

Et feray l'office De vraye nourrice, 630 C’est de bien pleurer.

HERODES. Je sçay tresbien que jJ'ay mon Filz perdu ; Mais en voyant aussi que j'ay rendu Mon regne seur sans souspecon ne crainte, Mon ennemy mort à terre estendu, 635 Confesser doy, le tout bien entendu, LÉ. Que resjouyr tresfort me doy sans feinte : Il faut mourir par amour ou par crainte; Mais vivre povre, et chassé de son bien, C'est pis que mort d’endurer telle estreinte; J'aymerois mieux mourir que n'avoir rien.

Or je suis sain, mon Royaume est paisible; Ce qui me plaist je le tiens pour loisible:

Nully mon bien ne demande ou querelle; - J’ay Christ rendu à ce monde invisible:

Il ne m'estoit en rien bon ne duysible, Sa mort m'est bien plus proufitable et belle. Les Prophetes n’ont eu puissance telle Que leur Christ soit peu venir en avant, Dont content suis en la vie mortelle, Puis qu’en vivant j'ay mis sa vie au vent.

RACHEL. Helàs, helàs, helàs, helàs, Qui confortera ce cœur las.

Ce corps affoibly de douleur, Cest esprit privé de soulas, Tous ses cinq sens liez au laz

Marguerite de Navarre.

Inevitable de malheur ?

Vous qui me voyez sans couleur, Et demandez l’occasion, Làs, mes enfans pleins de valeur Sont periz par occision.

Qui donra à mon chef des larmes Pour pleurer ces cruelz alarmes, Dont mes veux seront Les ruisseaux ?

Qui m'apprendra suffisans termes Pour regretter non les enfermes,

Mais les morts tant plaisans et beaux ?

Vous qui cas piteux et nouveaux

Pleurez, venez moy secourir,

Et voyez que ces desloyaux

Tous mes enfans ont fait mourir.

Ma voix bien hault je fais ouyr

En Rama; non pour resjouyr

Les auditeurs par mes doux chants,

Mais par crys, voyant enfouyr

Ceux qui n'ont peu ne sceu fouyr.

La mort par les glaives trenchans.

Je pleure par villes et champs, Je hulle, je plaings et souspire, Dont le meschant Roy des meschans A mys mes enfans au martyre.

Je suis Rachel triste et marrye, Qui pleure en la triste patrie, Qui de mes enfans feut partage.

Pleurez, Joseph, je vous en prie; Et que Benjamin cousin crie Ses enfans mortz par grand outrage.

O Bethleem, doux heritage, Tu leur estois maison de pain, Et nourrissois ce beau lignage :

Làs, ilz n’y sont pas mortz de faim.

Point consoler je ne me veux,

- Quand tous mes enfans et neveux Je ne voy plus, car plus ne sont.

Si par sacrifice ou par vœux 695 Povois l'esprit en leurs corps nœufz Rappeller du lieu tresprofond, J'en ferois prou: car mon cœur fond De douleur, voyant que remede N'y a; mes jours à eux s'en vont, 700 Parquoy je ne veux nulle aïde.

Mortz sont mes enfans innocents, Dont pis que mort au cœur je sents :

Mais, helàs, ce n'est pas pour eux Qu'ilz sont ainsi de vie absens; | 705. l'outesfois pour eux m'y consens, | Car je sçay bien qu'ilz sont heureux D'estre plustost mortz, que paoureux De mourir, pour sauver l'Enfant ; Pour lequel un cœur amoureux, 710 Mourant, va vivre triomphant.

Leur robbe ont laissee Rompue et blessee Par sanglante mort.

Leurs meres pleurantes, 715 Cea et là courantes, Ont crié bien fort.

Le mourant crioit, Sa mere pleuroit, L’arrosant de pleurs ; D20 L'arbre regrettoit Du fruit qui portoit Les plaisantes fleurs.

à: Herodes cuydoit / Comme il pretendoit,

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694 éd. 1547 vœuz.

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