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nait ainsi une forme plus accessible de l'amour divin, se prétant à des rêveries subtiles et poétiques. Marguerite a fait de sa petite cour un centre de vie artistique et littéraire et le refuge des victimes du fanatisme. Simple dans ses dépenses personnelles, toujours vêtue d’un manteau de velours noir, d’une «cotte noire assez à hault collet, fourrée de marthes, attachées d’espingles par devant, sa cornette assez basse sur la teste», telle elle nous apparaît dans un beau crayon des Collechions de Chantilly et dans son poème La Coche!; telle nous nous la représentons causant avec ses amis ou discutant sur des textes bibliques avec les théologiens de son entourage ou avec des étrangers qu’elle émerveillait par son savoir. Avec son mari elle administrait ses domaines, améliorait l'agriculture, fondait des fabriques de drap, des teintureries, réorganisant les hôpitaux à Paris, à Pau, à Nérac, à Alençon etc., s'occupant des orphelins, multipliant les aumônes, malgré de constantes difficultés pécuniaires. Le registre : du contrôleur général des finances de Marguerite, Jehan de Frotté2, nous fait connaître l'état de la cour de Nérac et l’inépuisable charité de la reine, qui considérait que les princes ne devaient pas être <les maistres et seigneurs des pauvres, ains seulement leurs ministres >. Parmi ses protégés nous trouvons à côté des théologiens, des poètes, Clément Marot, Bonaventure Despériers, Jean de la Haye, Nicolas Denisot, Victor Brodeau, Charles de Sainte-Marthe, des artistes qu'elle
. 1 Ms. de la Bibl. Nat. f. fr. suppl, 2286, cité par Génin, Lettres de M. de N. p. 117 ss.
3? La Ferrière, Marguerite d'Angoulême, son hvre de dépenses. Paris 1862.
3 Ch. de Sainte Marthe, Oraison funèbre de M. de N. p. 51.
pensionnait où qu'elle occupait, l'architecte Sebastiano Serlio de Bologne, les peintres Corneille de Lyon et un des Clouets.
Marguerite faisait des séjours fréquents aux bains de Cauterets, à Mont-de-Marsan, dans les résidences royales de François I. qu’elle a visitées avec le roi, remis d'une grave maladie. Le 31 mars 1547 le
roi mourut à Rambouillet. Marguerite avait passé un hiver rigoureux à Pau, très inquièb de la santé de.
son frère et prête, disait-elle, «à baiser et accoler comme le plus propre gentilhomme de France» le messager harassé et couvert de poussière qui lui annoncerait la guérison du roi. À ÆFûques 1547 elle faisait une retraite au couvent de Tusson, dans l’'Angoumois. Dans les premiers jours d'avril, une nuit, le roi lui apparut en rêve et l’appela d’une voix angoissée: <Ma sœur, ma sœur !» Elle envoya aussitôt des messagers à Rochefort où elle supposait que le roi se trouvait. Une nouvelle vision la bouleversa. Elle questionna son entourage qui lui cachait la. nouvelle fatale et l'apprit de da bouthe d'une vieille religieuse tombée en enfance et sanglotant sur le seuil du cloître. Marguerite lui ayant demandé la cause de ses larmes: <Hélas! Madame, lui dit la religieuse, c’est votre fortune. que je déplore!» <Vous me. celiez la mort du roi, dit la reine, mais l'Esprit de Dieu la m'a révélée par ceste folle.» <Sans faire
aucun acte de femme,» Marguerite se retira dans sa. chambre et alla remercier Dieu <de tout les biens.
qu'Il luy plaisoit luy faire.» Dans la solitude du couvent, anéantie de douleur, elle écrivit une parte des poèmes réunis dans le recueil des Dernières Poésies, et fit représenter la Comédie pastorale sur «le trespas du Roy». Elle ne s'est plus relevée du coup que lui avait porté la mort de son frère. «Elle en fist, dit Brantôme, des lamentations si grandes, des
ne id
; — XV — regrets si cuisans, qu'oncques puis ne s'en remist ét ne fist jamais plus son profit.»
Le 20 octobre 1548 Jeanne d'Albret épousa Antoine de Bourbon et ce mariage conclu contre la volonté de la reine fut pour elle une source nouvelle de chagrins et de discussions avec le roi de Navarre qui avait fini par céder au désir de Henri II. Séparée de sa fille, Marguerite lui écrivit et en reçut plusieurs épîtres en
versl; elle eut la joie de la revoir en 1549 aux bains de Cauterets. Après des séjours à Fontainebleau, à Pau : où elle célébra les fêtes de Noël (1548), de fréquents déplacements, Marguerite se rendit à Mont-de-Marsan et fit une dernière retraite à Tusson. Sa santé s’af- . faiblissait, la tristesse envahissait son âme. Séparée de son frère par la mort, de son mari, dé sa fille, elle se retira dans le château d'Odos en Bigorre, près de Tarbes. Un songe où elle vit une très belle femme lui | offrir des fleurs, lui apparut comme une annonce des » joies éternelles. Un soir de novembre, comme elle con- … templait au ciel une comète, le froid la saisit et <sou- dain la bouche lus vint un peu de travers». La fin approchait. Trois jours avant sa mort elle perdit l'u- sage de la parole qu'elle retrouva un instant avant de . mourir en s'écriant trris fois: <Jésus!», le 21 décembre 1549. ŒElle fut enterrée dans la cathédrale de . Lescar, lieu de sépulture des rois de Ncvarre.
Charles de Sainte-Marthe nous a laissé un portrait touchant de la reine dans son Oraison funèbre (1550). Si de son vivant les poètes et les humanistes avaient ‘ célébré à l'envi les qualités et les vertus de celle que
" 1. Félix Frank, Le dernier vor age de Marguerite … de Navarre aux bains de Cauterets en 1549 (1897).
LTPÉRLIRES
NN
Marot nomme <la princesse à l'esprit inspiré, au
cueur. esleu 1», dont Erasme vante <la prudence digne
d'un philosophe, la chasteté, la modération, la piété, la force d'âme invincible, le merveilleux mépris de toutes les vanités de ce monde?», sa mort fut un deuil qui inspira aux poètes du temps des vers émus, réunis en un <Tombeau de Marguerite de Valois»3. On y lit
cent distiques latins <Annae, Margaritae, Joanae ( Sey-.
mour) sororum virginum heroîdum Anglarum», des vers de Ronsard, d'Antoine de Baïf, de Dorat et d'autres poètes. Songeant à sa tendresse envers les pauvres et les opprimés, son panégyriste Sainte-Marthe s'écriait : <Marguerite de Valois, sœur unique du roy François, estoit le soubstien et appuy des bonnes lettres et la de-
fense, refuge et reconfort de toutes personnes desolées.> Et Ronsard disait : |
«Tu fus la perle et l'honneur Des princesses de nostre age, Soit en splendeur de lignage, Soit en bien soit en bonheur.»
Marguerite nous élonne par certains côtés de son œuvre; pour la comprendre et la juger équitablement, il faut la replacer dans son milieu, dans son temps, dans ces années de trouble, où 1 était difficile à ceux
1 Clément Marot, L'Enfer v. 418 s. ? Lettre latine d’Erasme à Marguerite de Navarre :{1525) trad. par Génin (Lettres de M. de N. p. 184). 3 Le Tombeau de Marguerite de Valois . . . fact premierement en disticques latins par les trois sœurs princesses en Angleterre, depuis traduictz en grec 1ta- lien et françois . , . Paris 1551. :