‹ ComédiesChapitre 5 sur 73 · PAS EU NN RE · texte numérisé non relu

PAS EU NN RE

qui restaient dans le siècle de résister au courant desensualisme païien, à la soif de jouissance, au boule-. versement produit dans les idées religieuses et morales par l'invasion de la Réforme d'une part, l'étude de l'antiquité d'autre part. Elle a tenté l’entreprise irréahisable de réformer l'Eglise, sans en rompre les cadres, espérant que la for. ên triomphant, ferait <triumpher sainte Eglise», tandis que dans les élans d'un mystieisme téméraire elle dépassait de bien loin les limites et du dogme catholique et de la doctrine protestante. Mais ces préoccupations religieuses n'étouffent pas en

elle la joie de vivre qui s'étale avec un naturel décon-

certant dans bien des Contes de l Heptaméron. En lui dédiant le tiers livre des <faicte joyeux du bon Pantagruel», Rabelais montre qu’il connaissait la double nature de la Reine et savait que cet esprit <abstraict, ravy et ecstatic» avait ses heures de détente et délaissait parfois son <manoir divin, perpetuel». Nature tendre et aimante,

Marguerite a su agir avec une énergie admirable, sup- S 1 ge. à P porter toutes les fatigues lorsqu'elle était soutenue par:

l'amitié pour son frère qu'elle adorait. Mais la fermeté et la constance qu'exigeaient ces temps durs, où

les convictions s’affirmaient avec violence, manquèrent

à son âme tendre, à son esprit délié et prompt aux enthousiasmes. Elle a souffert cruellement. en butte aux attaques des deux partis. Admirant la tolérance, la douceur, les sentiments noblement humains de Marguerite, Bayle a écrit ces paroles clairvoyantes: <Je ne saurois concevoir par quelles routes cette reine de Navarre s’éleva à un si haut point d'équité et de bon sens ;

ce ne fut point par l'indifférence de religion, puis qu'il

est certain qu'elle eut beaucoup de piété et qu’elle étudioit la sainte Ecriture avec application singulière. Il fallut donc que la beauté de son génie et la grandeur:

Bibl, rom. 295/299, à #%

air le

de son âme lui découvrissent un chemin que presque personne ne connaît.» | #k # *

Le grand public ne connaît quère de la reine de Navarre que les contes de l’Heptaméron qui unissent des récits tendres ou tragiques, des anecdotes plaisantes ow grossières à de doctes discussions sur des problèmes subtils de casuistique amoureuse, de morale ou même de théologie. On connaît moins les poésies lyriques, morales et religieuses de Marguerite et son théâtre est plus oublié encore”. Æt pourtant ces petits drames sont doublement intéressants au point de vue de l'étude des idées religieuses de la reine et par leur composition ?.

Les quatre drames religieux forment une tétralogie biblique, composée dans l'esprit el dans la tradition des mystères. mais de proportions très réduites L’action suit l'ordre chronologique des faits qui se déroulent devant le décor traditionnel aux <mansions» sfultiples, comme nous apparaîtraient les bas-rehiefs d'u portail de cathédrale gothique, dont les personnages

Bayle, Dictionnaire historique et critique s. vw. Navarre.

- Petit de Julleville analyse les quatre comédies dans.

Les Mystères Paris 1880. T'. IL, p 620—626.

3 Marguerite s’est servi dans ses comédies dé vers

le 10 syllabes entremêlés de strophes lyriques, héritées

de la poésie du XVe siècle (voy. H. Châätelain, Recherches sur le vers français au XVe s Paris 1907); dans la comédie du Trépas du Roy ef dans la comé-

die jouée au Mont de Marsan le vers de 8 syllabes.

domine; Marguerite n'emploie plus les poèmes à formes

fixes, ballades, rondeaux, si fréquents dans le théâtre

du moyen-âge.

seraient doués de vie et de parole. Marguerite a pu connaître un de ces petits drames de Noël comme on & dû en jouer dans les couvents de son temps’; mars ces petites pièces où la grâce naïve de la «bergerie», le dialogue d’allure vive et toute populaire alternent avec les dialogues mystiques de. Dieu et des Anges, avec de savantes allégories, ne semblent avoir emprunté au théâtre du moyen-âge que l'idée générale de mettre le récit biblique en action et en dialogue et quelques jeux de scène” que Marguerite a pu voir aussi dans les peintures et les sculptures du moyen-âge, les gravures et les miniatures des livres d'heures, si fortement influencées par le théâtre. En suivant les indications du

texte et la marche de l’action, nous diviserons chacun

de ces petits drames en sept tableaux dont voici l’ordre el le sujet :

Comédie de la Nativité: ZI v. 1—203: Bethléem : Joseph ct Marie s’entrehiennent en allant de l’édit de César l'Empereur, lu en la place par Cyreneus et décident de se rendre à Bethléem ; or sommes en ce lieu, dit Joseph qui frappe en vain à la porte de la maison du riche au mylieu de la place, où je voy du feu, à celle de l'orgueilleux, à celle du voluptueux et, repoussé par les trois hostes, s’installe avec Marie en un lieu qui sert de povre estable. Joseph en allant à la ville laisse Marie seule dans l’étable, située à proximité immédiate du décor ne Bethléem. Somimeil de Marie.

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