‹ ComédiesChapitre 55 sur 73 · MARIE · texte numérisé non relu

MARIE

Soit pres ou loing tousjours en luy suis :

seure, Il est par tout ma terre et ma demeure, Qui croit en luy, n’ha point le cœur peureux.

1425 JOSEPH. Or commençons à ce joyeux matin Nostre retour, et tresheureux chemin ; Du demourant, fors de l'Enfant me charge.

MARIE. C'est le thresor que je ne puys laisser En l’embrassant, je me sens embrasser, 1430, Et soustenir de luy qui est ma charge.

JOSEPH. Dans le païs d’Israel nous mar- . chons, | Je voy un homme, il fault que nous cerchons.

Quelle nouvelle on peult de luy entendre.

176 Marguerite de Navarre.

MARIE. En Dieu sçavons toutes bonnes nouvelles, 1435 Mais en ce Monde, amy, ne sont pas telles ;

Parquoy povez de luy quelqu'une apprendre.

JOSEPH. Diéu qui a fait le Monde grand et beau Vous gard, amy, que dit on de nouveau ?

Quel bruit court il, qui regne en ceste part ?

1410 L'HOMME. Archelaüs le filz de ce vipere, Regne sur nous en lieu de son feu pere, :

Mais cestuy cy sera un fin renard.

JOSEPH. M'amye, il fault icy nous arrester, Et nostre cas en ce lieu apprester 1445 Pour y dormir; car le jour quasi passe.

MARIE. En demeurant ou allant reposons, Maïs il est bon que nostre Enfant posons, Lequel jamais de porter ne suis lasse.

JOSEPH. Crainte me prend de vous avoir guidee 1450 En ce païs, puis que Herode en Judee Au lieu du pere est maintenant regnant.

Làs, mon cœur est aussi froid comme marbre, Car c'est le fruit du plus dangereux arbre Qui oncques feut la couronne tenant.

1455 MARIE. Fussent les Roys à mille millions, Celuy qui clost la bouche aux fiers Lions, Leur ostera en un moment leur force, Mais s’il luy plaist que pour Iny nous souffrons, Cœur et racine à ce grand Dieu offrons,

1460 Sans espargner fleur, fruit, branche, ou escorce ;

v. 1436 éd. Frank: Pourquoy povez

Comédies. PE

Mais au danger ne se fault exposer, Parquoy vault mieux en ces lieux reposer, Car Dieu pour nous sçaura tresbien veiller.

JOSEPH. En ta parole et seureté m'endors,

Par qui mes sens revenus sont sy forts, Que je n’ay plus de peur à sommeiller.

L'ANGE. Joseph, qui en ce lieu prens somme

D'entendre à mon parler te somme ; Metz hors de toy et crainte et peur, Divinement je t’admoneste,

. De retirer la Dame honneste,

Et son Enfant, le vray Sauveur,

Es parties que Dieu ordonne

De Galilée, où il leur donne

Lieu de demeurer pour un temps,

En Nazareth povre cité,

Là où n'auront necessité,

Qui les garde d’estre contents :

Afin que le dict du Prophete

Soit accomply, qu'est manifeste ;

Disant de ce Filz tant de bien,

Et qu'un jour appelé seroit,

(Pource que tous Saintz passeroit)

Vray et parfait Nazarien.

1485 JOSEPH. O Dame eslue pour mere et pour amye,

Il n’est plus temps que soyez endormie,

Car le hault Dieu m'a envoyé son Ange

En mon dormant, dont je luy rends louenge, À fin que peur et crainte n’eussions mye.

x. 1462. éd. Frank ;: : Pourquoy. éd. 1547 : ce lieux Bibl. rom. 295,299, 12

Marguerite de Navarre.

En Nazareth veult que nous demeurons Pour quelque temps, et autant y serons Qu'il luy plaira; car, m'amye, en effect Son bon vouloir est et doit estre fait.

En le servant nostre temps passerons.

1495 MARIE. O Nazareth! ô cité fleurissante,

Que tu reçois une grace excellente Donnant le Nom à la fleur fleurissant, Et que de toy la fleur on voye yssant, Sans separer sa racine puissante!

O Filz de Dieu separé et saint homme, Celuy qui vray Nazarien te nomme N'a point menty, car tu es separé De tous pechés et de vertus paré; Dont es sy plein que nul n’en sçayt la somme.

Louenge en soit au Seigneur redoublee Qui ha mercy de la terre troublee; Louenge à toy qui au Pere obeïs,

Louez soyez par qui en tout pais Je suis d'amour et de grace comblee.

1510 DIEU. J’ay appellé d'Egypte et dehors mis

Mon chèér enfant, comme j'avois promis:

En Nazareth pour quelque temps sera.

Dens le Desert secours luy ay transmis, Et mis à mort ses plus grans ennemis, Dont ma bonté chacun confessera; :

Car jusqu'au temps qu'à moy il passera Par une mort de mort victorieuse

Le garderay, car il exaucera

Par tout mon Nom de sa voix vertueuse;

v, 1510 éd, 1547 sera Dens le Desert: secours

| HITS

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Monstrant que n’ay le Monde delaissé, J'ay fait saillir la verge de Jessé, Haulte en vertu sans avoir sa semblable, Puis je me suis par amour abbaissé, Ainsi que doit un amoureux pressé.

De ceste verge à tous tant agreable, Ay fait saillir par façon admirable, La fleur sur qui repose sans partir Mon Saint Esprit, c’est la fleur amiable, Et qui la sent peult ma douceur sentir.

Nazarien fleurissant et la fleur Est mon Enfant, duquel la douce odeur A rappaisé contre l’homme mon ire; Qui le peult croire, et goutter sa senteur 11 changera crainte, tristesse et peur En tout plaisir, remply d’immortel rire.

Ceste senteur fait porter tout martyre, Car qui la sent n’est jamais perissant ; Le cœur devot qui l’ayme et la desire, Fust il desert, il sera florissant.

O doux Esprits, si jamais me compleustes Et desirants de m'’obeïr vous feustes, Soyez joyeux; prenez voz instruments Harpes, et Liucz, Orgues, Cymbales, Fluttes, Et racomptez comme charge vous eustes De rendre doux tous les quatre Elements ; Tygres, Lions, Serpens doux et elements, Et le Desert feistes fructifier, Sans que mon Filz eust faulte d'aliments, Chantez qu’il fait bon en moy se fier.

v. 1522 éd. Frank: son semblable — 1540 par ‘erreur dans l’éd. 1547: DIEU. O doux Esprits ..,

180 Marguerite de Navarre.

LE PREMIER ANGE

1550 Il seroit bien serviteur trop meschant, Qui maintenant espargneroïit son chant, Pour hault louer tes bontés et tes dons.

LE II. ANGE

Nully de nous n’a garde de se feindre; Combien, Seigneur, que ne povons atteindre 1555 D’assez louer toy Dieu, le bon des bons.

LE III ANGE

Ta grand’vertu en nous hault te louera, Et ta bonté la louenge advouera, Puis que tu es dedens nous ta louenge.

LE III. ANGE

Puis qu'il te plaist de te louer par nous, 1560 Nous chanterons en tous lieux devant tous Ta gloire et loz, chacun de nous s’y renge.

LE V. ANGE

Ciel, Terre, et Mer, sont tous pleins de ta gloire, Mais il en fault refreschir la memoire.

Incessamment, par voix continuelle.

LE VI ANGE

1565 De tous les biens qu'à l'Ange aussi qu’? l'homme As fait, Seigneur, dont nul ne sçait la somme Louenge à toy en soit continuelle.

TOUS ENSEMBLE. Sur le chant, Pourtant ‘qui je suis bon homme.

Chantons tous la congnoissance Qu'avons de l'affection

De Dieu, qui en abondance

: Monstre sa dilection.

Son Filz il donne à la terre Pour faire la terre Dieu:

Par sa Mort fine la guerre, Et donne paix en tout lieu

A ceux qui ont asseurance Que par son Election Auront de luy jouyssance Sur le hault mont de Zion.

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