‹ ComédiesChapitre 59 sur 73 · L. corr. — 67 A. L. corr. Que je puis · texte numérisé non relu

L. corr. — 67 A. L. corr. Que je puis

80 .. Bref pour sauver mon ame Par eau, par feu et flame, ‘Espargner je ne veulx.

Le corps d’une ame saincte, Quant la vie. est estainte, 85 On luy porte des veulx.

LA MONDAINNE chante:

Il est jour, dict l’alouette:

Sur bout, allons jouer sur l herbette.

Puis elle dict:

Or sus; puisque je suis coiffée,

Je croy que ma journée est faicte.

90 En est il de mieulx estoffée,

Ny en beauté aussy parfaicte ?

Puisque je me sens satisfaicte

De moy, en parle qui vouldra:

Leur bouche en demoulr]ja infecte, 95 Et qui pis est ne m'en chauldra.

LA SUPERSTITIEUSE. Glorieuse Vierge Marie, Et que le c{ujeur au corps me bat!

Celle qui deust estre marfrlie, Et contre elle prendre combat, 100 Prent son plaisir et son ebat, Comme le porceau dans la fange, A faire en peché son sabat Par sa paresse; Ô cas estrange!

LA MONDAINNE. Mais où va ceste! pelerine, 105 Qui me semble si foible et lasse ?

LA SUPERSTITIEUSE. Au chemin par où je:

La mondanité point n'y passe. [chemine,

Puenree QUE.

LA MONDAINNE. Vous tenez bé Ja teste date Je croy que vous jurez sans faulte.

LA SUPERSTITIEUSE. Mais à vous, mocque- Set mal de la tenir sy haulte, [resse agasse,

LA MONDAINNE. Je leve ma teste, Et mon corps honneste À chascun je montre; Il est beau et doux, Et tenu de tous Pour bonne rencontre,

LA SUPERSTITIEUSE. Vostre corps de chair Estimez trop cher:

Ce n’est que charongne.

Il te fault mourir: ...

Qui qu'en parle [et] groigne..

LA MONDAINNE. Ha! mes beaulz yeux pere :Norriture à vers Ne deviendront poinct.

LA SUPERSTITIEUSE. Vous ferez ce sault ; Mourir il vous fault, C’est le plus seur poinct.

LA MONDAINNE. Ceste mort rebelle Sy june et sy belle Ne m'oseroit prendre.

LA SUPERSTITIEUSE. Nul de sa main forte, Quelque arme qu'il porte, Ne se peult. deffendre.

121 G. Ur) remarque qu'après Ce vers Un vers en

-ir manque. — 122 Ms. et A. L.: parle groigne. — 1252Ms/et AïLYyeux vers.

LS tas PR. en de dé ve or à SU Rte SL ane té a D : Sr 2 7” - E . : Se { ' ; j

Bibl. rom. 295/299, 14:

210764 Marguerite de Navarre.

135 LA MONDAINNE. Poinct n'y veulx penser, Mais mon temps passer Sans ce dur remort, Durant ma junesse : Puis après, vieillesse 140. Finira par mort.

LA SUPERSTITIEUSE. La mort n’a nulle heure, Ny ne faict demeure Pour force ou junesse ; Soudain vous prendra.

145 Donc ne vous fauldra Fier en vieillesse.

LA MONDAINNE. Puisque ainsy est que demain je moulfrjray, A belle bride abattue je cour]ray A tout plaisir, dourmir, manger et boire:

150. Et passeray mon temps si plaisamment, Que j'auray eu parfaict contentement Avant le jour de la dance tant noire.

LA SUPERSTITIEUSE

Non, non, ma seur, mieulx vault faire cecy:

© Pour vain plaisir prenez peine et soucy, 155 En obliant pour l'ame vostre corps.

Quant est du mien tous les jo[urs |je] le tue, Car pour gaigner paradis m’esvertue, A tout le moings j'y faictz tous mes effortz.

LA SAGE commance.

Dieu a bien faict ung très beau don à l'homme 160 De luy donner raison, savez vous comme ? ; Comme à ung ange. Est ce pas don honneste ?

Par la raison il assemble et assomme, |

147 8. À. L. corr. — 152 Ms. dame G. Paris corr.

Comédies. ds

| Ayme et congnoist lé vertus et ta nomme.

. Par la raison il differe à la beste;

- Dieu luy a mis en hault regard et teste

- Pour contempler ce qui est par sur luy ;

La beste en bas à la terre s’areste,

» Er l’homme en hault, dont vient tout son appuy. L'homme raisonnable

Est faict agreable

A Dien et au monde;

Dieu croit, ayme, adore,

Loue, prie, honore,

Là son esprit fonde.

Quant à son prochain,

Le bon cjujeur {a main

Mect à le servir.

Ce qu'il doibt il paie,

Et a tousjours joye

A vertus suivir.

LA SUPERSTITIEUSE

% Ma mie, voilà un propos Qui est a[u] vostre differant.

Elle vit en ung grand repos :

Oions qu “elle va referant.

6 LA MONDAINNE. Mais allons à elle en courant, L Et luy declairons toutte chose.

A la veoir il est apparent

Qu'elle entend la rime et la prose.

4 LA SAGE. Voilà deux dames bien contraires … A leurs avis, venans icy; Entendre fault de leurs affaires,

Eh Ms. et honore A. L. corr. — 176 À, L. met In Entre virgules,

212 ” Marguerite de Navarre.

LA SUPERSTITIEUSE. Madame, la Bonté sans Vous doint bon jour.

LA SAGE. Hé, grand mercy, . À vous deux j'en desire aultant. |

195 LA MONDAINNE. Pour nous hoster hors de souc À vous nous en venons baptant.

LA SUPERSTITIEUSE

C'est, Madame, à vous veoir de loing, Senllement à vostre apparence, | Nous semble qu’à nostre besoing 200 Vous debvez donner allegence.

LA SAGE. Or, parlez, car j'ay esperance, En me monstrant comme advocas Ce dont estes en difference, | Que je donray ordre à vos cas. | | 05 LA MONDAINNE. Madame, je suis corporel Aymant mon corps, tant naturelle Qu'à riens fors à vivre ne pense, J'entens vivre joieusement En biens, à honneur longuement, 210. En tous plaisirs, jeux, ris et dances, J'ayme mon corps, voylà la fin:

C'est mon amy, c'est mon afin, C'est mon tout, mon Dieu, mon idolle.

dame A.L. corr. Ca, Madame. — 204 Ms. donner A. L. corr. — 207 A. L. met un point après pen

194 Ms. austant A. L. corr. — 197 Ms. ces 1 — 209 A. L. «orr. et RONRGHS

ER | LA SAGE. Voylà trop bestialle amour ; M5 Si vous y faictes long sejour, Par cestle] amour LA ee folle.

| LA SUPERSTITIEUSE

Pas ne suis comme elle, Madame, Car je n’ayme riens que mon ame Et ne veulx, sinon la saulver.

[Et] pour la rendre necte et pure, Mal et peine en mon corps j'’endure, Pour ma vertu mieulx. ÉAprQuxen

Lra SAGE. Vostre ame sauver, las! ma mye?

1 Elle n’a plus grande ennemye Que vostre gloire par trop grande.

Box SUPERSTITIEUSE.

Quoy! est ce mal faict de defaire Son corps, pour son ame parfaire, - Madame, je le vous demande ?

+ LA SAGE. Premier voulez le corps destruire Que vostre ame en vertu instruire :

C'est ruiner tout l’edifice.

BLA SUPERSTITIEUSE

; Qu'est ce cy? n’est ce pas bien faict De deffaire ung corps imparfaict

En jeunant, disant. mon office, Poïtant la here tous les jours

Et la discipline tousjours ;

Pleurer, demourer sollitaire,

l 290 A. Tà, COrT. | [Mais] — 994 Ms. plus ae ennye. À L. corr. [tres] grande envye. G. Paris corr. enuemye — 225 Ms et A. L. De v. gl.

214 Marguerite de Navarre.

Estre à beaulx genoulz nus au temple, Donner par jeunes bon exemple.

240 Priant Dieu sans jamais se taire ?

LA SAGE Dieu a vostre corps mis sur ter Auquel ne debvez faire guerre, | Sinon qu'il [soit] contraire à Dieu.

Souvent, cuidant bien faire, on erre, 245 Faisant cas de casser ung verre Ou de jouer à quelque jeu.

LA MONDAINNE. Madame, aussy ne faictz je pi Car j'ayme mieulx ung bon repas Que tous les j[e]Junes d'un caresmn, 250 Garde je n’ay de mon corps baptre, Mais en tous lieux le faiz esbattre Bref, je n’ayme rien que moy mesme.

LA SAGE. Vous mesme vous n'aymez pas bic ; Car vous, comme nous. n'estes rien, 255 Si du corps parlez seulement.

LA MONDAINNE. | Que mon corps n'est rien? Je le toucl N’ay je pas deux yeulx, une bouche ?

Vous parlez bien estrangement.

LA SAGE ‘Bien ung corps avez, je l'aloue.

260 Qui est faict de fange et de boue ; Mais pas n'est l’homme ce corps là.

243 qu'il [est] A. L. — 249 A. L. corr. — 2 Ms. comme vous A. L. corr. — 256 Peut-être faut lire Quoi! (A. Lu — 259 Ms, la loue. A. L. corr, l voue.

ue. are: » cité

LA MONDAINNE.

N'est pas l’homme ce que je voy, Que je puis bien toucher au doy?

Je ne puis entendre cela.

%65 LA SAGE. Le corps sans ame n’est que masse De terre et dure peu d'espace.

Il n'a veue. oye, ny parolle. . ..

Ne ta de chose dure ou molle.

Est-il pas vray ? Respondez-moi.

-LA MONDAINNE.

270 Mon corps sans mon ame n’ay veu, Ny que tousjours mangé et beu Il n'ait. parlé, veu ny ouy.

Je le sens oyr, veoir, parler, Odorer, toucher, puis aller 275 Ung jour triste, et l'autre esjouy.

LA SAGE. Ce n’est pas luy qui parle et voy, Mais la chair ainsy vous decoit, Qui vous faict cuider que c’est elle.

Elle est la flute du chantant, 280 Mais la voix qui en sort polurtant © Ne vient pas de [la] chair mortelle.

LA MONDAINNE.

Qui est ce qui par mes our voit.

Qui par ma bouche parle et boit, Sinon moy, le corps que voicy ?

263 A. L. au doy : Je — 267 après ce vers un vers (en où manque. — 268 Ms. ne ta À. L. çorr. U'est tas. Courteault. corr.)

216 Marguerite de Navarre,

985 LA SAGE. Du corps pour son masque se sert Vostre ame, et [si] très bien appert, Si vous voullez oyr cecy:

Quant votre corps dort et sommeille, Vostre ame, qui sans dormir veille, 290 Travaille vostre corps par songes.

. Dans vostre corps l’ame immortelle Est mise, et doibt prandre en tutelle Le corps, vray masque ou bien mensonge; Elle est de luy le mouvement, 295 Il n’est d'elle que l'instrument Exerçant ses affections.

Quant mort a l'instrument cassé, Que l’on dict l’homme est trespassé, L'ame cesse ses actions; 300 Le corps convient ung jour pourrir, L’ame ne peult jamais mourir.

Oblie donc ton corps pour elle, Car, quelque grand beauté qu'il ayt, I] deviendra puant et laïd, 805 Et l'ame bonne et tousjours belle.

LA MONDAINNE. Madame, l'ame separée Du corps, dont elle est tant parée, Se doibt elle l'homme estimer ?

LA SAGE. Non, car l’ame tant seullement 310 N'est l’homme ; mais l’assemblement Des deux l’homme l’on doibt nommer.

Cors sans ames sont cadavers, Charongnes pour nourrir les vers, Qui de l’homme n’ont nul effect.

286 A. L. et [si] très bien [il] appert (corrigé dans l'Errata) — 302 À. L. Cor{p}s

315 L'ame sans corps ne peult valoir À Et des euvres pert le pouvoir, Donc elle n’est l’homme parfaict.

Mais l’ame au corps joincte et unie, C'est l’homme : en ceste compaignie 320 De parfaicte confection

Ceste union apporte vie :

' .. Mais si l'ame est du corps ravie,

C'est mort leur separation.

LA MONDAINNE.

Ce que vous dictes bon me semble, 295 Que l’homme soit les deux ensemble.

Parquoy je veux plus que jamais Garder l'ame du corps saillir, Et de le nourir ne faillir En tout plaisir, je le promectz.

330 LA SAGE. Plus ne te fault estre amoureuse Du corps, mais estre desireuse

De l’entretenir sobrement ;

Mais tu doibz estre so[u]ciense

De veoir ton ame vertueuse,

Ce doibt estre ton pensement ;

Co {0

Car l'ame plaine de malice Au corps exercera son vice, En se damnant avecque luy.

; {Mais] l'ame de vertu remplie 340 Fera au corps euvre accomplie, Car il n’est d’elle que l’estuy.

919 Ms. peult veoir. À, L,. corr.

218 Marguerite de Navarre.

Bien ou mal qu'ensémble feroit, Bien ou mal ensemble sentiroit, Pour jamais en bas ou en hault..

315 LA MONDAINNE. Je crainctz ceste pugnition ; Pensant telle damnation, A tout jamais le cueur me fault.

Helas! je suis si [très] mondaine : Si très subtile et si [très] vaine 350 Qu’a peu que ne me desespere. ë

LA SAGE. Desesperer, c'est bien le pire Il fault que vostre cueur desire La grace de son Dieu er pere.

LA MONDAINNE.

‘Moy qui n'ay aymé que ma chair 355 N'oserois de luy approcher, Car en moy ne sens que peché.

LA SAGE

C’est l'heure que au grand vaincueur Faalt declarer le mal du cueur Qui par peché est tout taché; 300 Sur peché aura la victoire.

Et n’en demande que la gloire, Vous en donnant tout le profit.

LA MONDAINNE.

Las! puis je croyre, m0 y villaine, Que ceste bonté souveraine 305 Si Brant honneur et bien me feist ?

543 Vers trop long d'une os A. L. corr. Bien ou mal ensemble en auroit. — 347 Ms. pour tout jamais. À. L. corr. d'une syllabe, ;

LA SAGE. Il te fault croire fermement, Puis suyvre son commandement, En le servant de cueur et d’euvre.

LA MONDAINNE.

Je ne sçay pas où commencer:

370 Je craindz seullement de penser Au mal qu'il fault que je desco{eluvre.

LA SAGE. Pour vous mectre toute à delivre, Je vous faictz present de ce livre:

C'est la loy et vielle et nouvelle. :

375 En luy verrez ce qu'il faut faire Et qui pour vous peult satisfaire, Pour vous mectre en vie eternelle.

LA MONDAINNE.

| Puisqu’il vous: plaist de le me dire, Incessamment je le veux lire, 380 Pour y chercher mon sauvement.

LA SAGE. Ignorance. des folz marrastre, A sapience pour emplastre, Bon sens, raison, entendement.

LA SUPERSTITIEUSE

Dieu soit loué de veoir reduicte Ceste pouvre folle seduicte.

Vous avez faiet ung [grand] meritte:

Elle alloit à bridde avallée Jusques au fondz de la vallée De perdition très mauldite.

[ee] @ Qi

200 LA SAGE. Vous qui jugez sa vie infecte, : Cuydez vous estre plus parfaicte Qu'elle et mener meilleure vie ?

220 Marguerite de Navarre.

LA SUPERSTITIEUSE

Meilleure: je ne le dis pas, Mais j'aurois bien perdu mes pas, 395 Si sur son euvre avois envye.

Je ne joue ny [je] ne dance, Ny [ne] despens en habondance.

Comme elle faict et jour et nuict.

.. LA SAGE. N'y a il peché que dancer ?

400 Examinez vostre penser.

Qui trop plus que le dancer nuict.

LA. SUPERSTITIEUSE

: Ma ‘pensée est de faire bien En faict et dict et en maintien, Profitant à moy et au monde.

405 Je dictz les sept heures du jour Et de travailler n’ay sejour; Pour me sauver 1à je me fonde.

LA SAGE. Mais vous la jugez toutesfois.

LA SUPERSTITIEUSE

Sans faulte, Madame, non fais; 410 Je parle par compassion. .

LA SAGE. Si vous voyfilez vostre peché, Vostre œil en seroit empe[s]ché De juger sa condiction.

LA SUPERSTITIEUSE. | Vous me faictes bien enrager ; 415 Tenue suis de corriger

409 A. L. corr. le fais. — 412 Ms. et seroit À. 1. ne Sseroit

Mon prochain, voiant son default; Mais si son mal faict ne regarde, De le corriger je n’ay garde.

Qu'est ce donc que faire me fault ?

SA

420 LA SAGE. Aux magistrats est bien l'office De juger et faire justice ; F Par eulx Dieu gouverne a terre.

Mais si sans peché vous sentez, Contre elle vostre main- mectez

425 Et jectez la premiere pierre.

LA SUPERSTITIEUSE

Sans peché ne me sens je pas; Si ay je retiré mes pas, Tant que j’ay peu, de toute ordure;- J'ai delaissé accoustremens, 430 Festins, amours et instrumens, Prenant une vie aspre et dure.

LA SAGE. Puisque peché encore faictes, Las! juge competant vous n'’estes,.

Or, jugez vous donc la premiere.

LA SUPERSTITIEUSE

. 435 Je me juge bien pecheresse

Et que je failly, mais si est ce

Que ne suis palilllarde ou meurtriere; J'en loue le Dieu de bonté,

Pour lequel mon corps j'ay dompté

410 Tant qu'il ne se peult soubstenir.

Je le bas, je le fais jeusner

Et en voiage cheminer,

Et de tous plaisirs abstenir.

432 À. L. corr. peché[s] — 437 Ms. Que je suis pallard ni meurtriere. A. L. corr. en

222 Marguerite de Navarre. -

LA SAGE. N'esperez pour ce rien gaigner, 415 Pour vostre corps en sang baigner, Ou faire sur le feu rostir:

Car. si vostre cueur n "est joieulx Et charitable et amoureux, A Dieu ne faictes que mentir.

450 Dieu regarde du cueur le fons.

Voz peines, voiaiges et dons, Faictz sans charité, il desprise.

Car luy qui est d'amour vray Dieu Veult le cueur brusler de son feu, 455 Ainsi qu'umilité le brise ; Car, s'il n’est bien humilié Et par amour à luy lié, Rien ne sert vostre barboutter; Et si en Dieu ne vous trouvez 460 Et sa presence n’esprouvez, Vous avez beau partout trotter.

Et voiez vous ceste mondaine Qui à bien faire n'a prins peine ?

. Je dy que son peché infame, 465 Duquel elle à la congnoissance, A par humilité puissance Estre de Dieu amye et femme.

Voiant Celluy qui luy pardonne, Elle l’ayme d’une amour bonne 470 Et d'une charité ardante.

Elle est plus près de Dieu toucher Que vous qui cuydez [le] chercher Par une fidelité lente.

LA SUPERSTITIEUSE

La loy de Dieu est icy nulle:

475 Celluy va tost qui se reculle,

455 A. L. [hjumilité

Et qui faict bien il a mal faict.

Il faut donc à la chair. complaire Et plus nulle bonne œuvre faire, Et suivre-le plus imparfaict.

a LA SAGE. C'est orgueil qui vous faict parler. Je vous dis qu 1 vous [fault] aller Le chemin des commandemens, Et faire bien sans vous lasser, ; Et de prier ne vous passer, 185 Rememorant les Testamens.

3 Mais si vostre cueur n’est bien net D'orgueil, et une tache en ayt, Je dis que peu vault vostre ouvraige.

+ Le cueur doux, humble et charitable, 490 A seulement Dieu agreable; : Aymer le fault de bon couraige.

Mais vous qui jugez le peché Dont vostre cueur est entaché, 4 Je dis que vous avez besoing 495 De premier avoir la science 4 De juger vostre conscience, Ou de Dieu vous estes bien loing.

LA SUPERSTITIEUSE

Plus tost ma langue en ung feu arde, Que je me confesse paillarde, Moy qui suis chaste devant tous, Ne qu’omicide je me nomme, Qui n’ay frappé ne tué homme, Mais plustost j'ay souffert des. coups.

) 498 Ms. et A. L. ardre. 501 A. L. Et qu'homicide nul ne nomme (Courteault rétablit la leçon du ms.) — 503 A. L. souffers

224 Marguerite de Navarre.

LA SAGE. Ma mye, je ne vous puis taire 505 Qu'il n’est nulle] pire adultaire Que celle qui l’espoux delaisse Et ayme son contraire et suict, Et sa faincte doctrine ensuict, Et soubz luy s'incline et abaisse.

LA SUPERSTITIEUSE

510 Mon mary je ne laissay oncques.

Dont veufve [je] demeure adoncques, Ny n'ay suyvy autre que Iny.

LA SAGE. Le vray mary, le Dieu puissant, Ne l’allez vous pas delaissant, Mectant en autre vostre appuy ?

En autre que luy vous fiez, En esperant edifier Vostre salut, plaisir, honneur; Et luy, qui est le Dieu jaloux,

520 Ne veult, autre amy et espoux

Ayez, où mectez vostre cueur,.

Car tout vostre cueur veult avoir,

Vostre vouloir, vostre pouvoir,

Il le veult Iny seul posseder,

Et ne vous permect le cueur mectre

En mary, enfans, pere ou maistre;

Le cueur à nul ne veult ceder.

Ut — O1

O1 ne

LA SUPERSTITIEUSE

Dieu ne nous a il pas permis D'aymer noz enfans et amys ?

530 Autrement serions pis que bestes.

521 A. L. Point après <espoux». Mectez donc en luy vostre cueur. G. Lanson rétablit le texte du Ms,

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5 Comédies. | MY 006

LA SAGE. Si vous aymez, comme il commende, Le bon Dieu, à vostre demande Trouverez les responses prestes.

Car en l’aymant parfaictement, Vostre prochain pareillement Aymerez, voiant en luy Dieu:

. Ainsi aymerez Dieu haultain Et aymerez vostre prochain, Voiant Dieu en luy en tout lieu.

LA SUPERSTITIEUSE

Ceste doctrine m'est bien dure.

LA SAGE. Or, me lisez ceste Escripture Où verité se faict entendre.

LA SUPERSTITIEUSE

Madame, je suys [bien] trop sotte Pour chanter de si haulte notte: Certe, je n’y puis rien comprandre.

LA SAGE. Ma mye, lisez hardiment Le viel et nouveau Testament Que vous a laissé vostre pere.

LA SUPERSTITIEUSE

C'est à la personne savante, Mais moy qui suis tant ignorante, Cela me seroit impropere.

LA SAGE. Si vous fuyez la medecine,

Qui vous peult guerir da racine De vostre mal, [vous] estes morte.

543 À. L. corr. [jà] trop s.

Bibl, rom. 2951299, { 15

296 Marguerite de Navarre.

LA SUPERSTITIEUSE

555 Bien que malade ne me sens, ‘-Toustesfoys à vous me consens.

LA SAGE. Lisez la donc de bonne sorte Pour guerir vostre maladie.

Lors, ne soyez plus si hardie 560 De dire que vous estes saine, Mais quant vostre mal à planté Sentirez, alors la santé Vous y trouverez toute plaine. :

LA SUPERSTITIEUSE. J'y veulx lire pour vous complaire.

565 LA SAGE. C'est le mirouer qui esclaire Voz cueurs, et [puis] qui les desco[eluvre.

Grande joye j'ay de vous deux Veoir lire en ces livres si neufz, .

Que neufves serez en ceste euvre.

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