À. L. n’entend{z
Comédies. 933 - . LA BERGERE chante:
EU 675 Oh! combien est heureuse
La peine de celler Une flame amoureuse Qui fayct un c{uleur brusler.
LA SUPERSTITIEUSE
Vous perdez à dissimuler ; D 680 . Or, parlez à nous franchement.
LA SAGE. Quand vous né voiez vostre amant, Chantez vous par esjouyssance ?
LA BERGERE chante :
Las! on peult juger clairement Par le desir de la presence, 685 Quelle douleur et quel tourment Peult venir du mal de l'absence.
LA MONDAINNE. Maintenant qu'il n’est pas ICY: Vous debvez avoir grand soucy, Car vous faillez à vos attentes.
. . LA BERGERE chante:
| 690 Vous qui estes ignorantes
L Que c’est que [de] ferme foy:
O combien seriez contantes Sy le savfilez comme moy!
LA SAGE
x Comment vostre c[ujeur tousjours sent
695 Cest amour present ou absant, Je ne sçay plus que j'en diray.
» 677 A. L. flamfmie — 682 Ms. et A. L. pas es- jouyssance — 689 Ms. faillez à vous. pour tenter. à À. L. faillez de patience — 691 A. L que [la] ferme .… foy. — 693 Ms. Sy vous le savez. A. L. Sy. vous le sfdavilez QUE
-] es ©
Marguerite de Navarre.
LA BERGERE chante:
Je l’ayme tant, tant, tant, Tousjours le serviray:; Pour vous ny pour vostre langage Ne change ny chant ny courage, Mais en sa voix [veulx] advancer.
Plustost mourir que changer mon penser.
LA MONDAINNE.
La mort rompra vostre accoinctance.
LA SAGE. Quant à moy je la laisseray.
LA BERGERE chante :
Encor, quant morte je seray, L'esprit en aura souvenance.
LA SUPERSTITIEUSE
Adieu, ma mie, car je pense.
Que vous estes sur toutte folle.
LA MONDAINNE. Nous direz-vous nulle parole ?
- Au moins pour l'amour de l’amy, Dictes nous ung mot ou demy.
LA BERGERE
Que voulez-vous que je vous die ?
Jugez avez ma maladie, Avant que me toucher le poux.
LA SAGE. Or, puisqu'elle est en bon propos, Devers elle veulx retorner.
Maïs dictes nous, sans sejorner,
Qui est l’amy que tant aymez.
7400 A. L. changeray chant ny c. — 114 A. [> poufl}x |
W7Ss
me 740
LA BERGERE. Vous qui si fort l'amour blasmez, De l’amy ne vous fault enquerre, Mais tant en dy que ciel et terre Sa vertu ne peuvent comprandre.
LA MOMDAINNE. Vous l'aymez fort?
LA BERGERE. : Je me doy randre Coulpable de l'aymer trop peu.
LA SAGE. D'amour ne sentez donc le feu, Si du mal ne vous contantez.
LA BERGERE. Je ne scay quel [feu] vous sentez,
Mais le plus chault et plus cuisant M'est le plus doux et plus plaisant.
LA MONDAINNE. Helas! ma mie, comme vous J'ai gousté de ce feu tant doux, Mais je m'en repens de bon cueur.
LA BERGERE. Si agreable est la licqueur De cest amour, que plus bYuslant Est son feu, plus est excellent.
Et celluy qui le peult sentir Ne s’en peult jamais repentir.
LA SUPERSTITIEUSE
Helas! helas! sans repentance, Mutation et penitence, Vous estes en ung mauvais train.
725 Ms. sanctez (A. L. corr.) doneques le feu,
Marguerite dé Navarre.
LA BERGERE. | Ceulx qui ont l'amour en la main, Ou à l'œil, s’en peuvent retraire Laschant la main, ou l'œil distraire De regarder, mais qui le sent Au fond du cueur. jamais absent Estre n’en peult, jour ny moment.
LA SAGE. Faulte de sens et jugement Vous donnent tellé passion, Que vous jugés parfection Ce qui est imparfaict sans doubte.
LA BERGERE. Il est vray que je ne voy goutte, Fors en amour, et n’ay pouvoir De rien que cest amy [de] veoir, Et ne le voy pas à demy.
LA MONDAINNE. Voiez vous amour ou amy?
LA BERGERE. Si fort l’un à l’autre ressemble Que d'un regard les voy ensemble.
LA SUPERSTITIEUSE. Elle rage ou est idiotte.
Mieulx vous appartient la marotte Que ne faicr pas vostre houllette.
LA BERGERE. J'ayme mieulx une violette,
Par quy me vient le souvenir De mon amy, que de tenir En mon giron ung grand tresor.
753 A. L que c’est [mon] amy veoir. — 758 Ms. rague A. L. raille. — 764 Ms. gueron A. L. corr.
(hi
LA SAGE. Vous estimez donc bien peu l'or.
LA BERGERE
Aultant quil vault, ne plus ne moins.
LA MONDAINNE.
Vous n’en tenez guere en vos mains :
Parquoy ne savez ce qu'il vault.
LA BERGERE
Qui-n’a [ny] faim, [ny] froid, ny chault, Ny faulte de vie ou vesture, [D'lor ny d'argent certe n’a cure.
LA MONDAINNE.
Vous n'avez donc de rien affaire ?
LA BERGERE. J'ay ce qui me peult satisfaire.
Cherche ailleurs son bien qui vouldra, Jamais le mien ne me fauldra.
Je hay nulle necessité;
En voiant la diversité
Des estoilles, des fleurs, des champs, En joye, en plaisir et en chants, Doulcement passe ma journée.
LA SAGE. Ma mie, vous n’estes pas née, En ce monde pour rien ne faire:
A la loy il faut satisfaire Qui commande de travailler.
LA BERGERE. Qui ne peult dormir ne veiller, - Luy est permis, c’est belle chose.
768 A. L. s[cjavez. — 772 Ms. donques. A. L..
COTr.
— 786 Ms, ceste belle. A. L. corr: permis si
belle chose,
LA SUPERSTITIEUSE
Mais celle qui tousjours repose, Nul bien ne luy peult advenir.
LA BERGERE. Qui atant le bien à venir.
700 Il ne l’a pas, mais qui le tient, De travailler ne luy souvient.
Ne dy je pas vray?
LA SUPERSTITIEUSE. Non; qui l’a Tout? mais monstrez moi cestuy là, Auquel ne default quelque chose.
795 LA BERGERE. Ha! qui l’a, tient la bouche close Et ceste odeur là pas n’esventte.
Garde vous n'avez qu'il s’en vente Ny qu'ung seul semblant il en face.
LA SAGE. Sy juge l’on bien par la face 800 Quant le cueur est bien satisfaict.
LA BERGERE. + | J'estime que c’est beaucoup faict De juger par l'œil le penser.
Vous me voiez chanter, dancer:
Jugez donc que je suis contante,
805 LA SAGE. Mais plus tost vous juge ignorante, Qui s’esjouict sans savoir quoy.
LA BERGERE. Vous avez bien jugé de mixe Car ma joye ne congnois pas.
Je m'esjouis et prens soulas
810 Et ne congnois pas bien ma joye.
193 À. L. Tout: mais — 801 A. L. beaulcoup.
LA MONDAINNE.
Las! j'ay cheminé par sa voye, | Mais [ung] aultre chemin fault prendre.
LA BERGERE
Quel chemin vous plaict il m'aprendre ?
Je vis icy en passiance.
LA SAGE. C’est ce beau chemin de science, Que chascun doibt tant estimer.
LA BERGERE. Je ne sçay rien sinon aymer.
Ce sçavoir là est mon estude, | C’est mon chemin, sans lacitude Où je courray tant que je vive.
LA SUPERSTITIEUSE
Elle est bien simple et bien naïfve.
Rien [ne] sçait et ne veult sçavoir.
LA BERGERE. Je sçay ce que je veulx avoir: D'autre science n'ay besoing.
Tel cuide estre près qui est loing, Mais qui est près, sy loing se cuide Que sans cesser [il] crye à l’aide, De peur qu’il a [dJ'aymer trop peu.
LA SAGE. Or, allez desnouer ce neu.
Croiez qu'amour l’a abuzée, Et quelque amy l’a amuzée, Parquoy elle à perdu son sens.
LA BERGERE. Vous en parlez, et je le sens, Mais non pas sy fort que je veulx, Car mes desirs sont tousjours neuf[z] Et recommancent par leur fin,.
Marguerite de Navarre.
LA SUPERSTITIEUSE. Fe Ma mye,'celluy est plus fin Que bon qui à soy tant vous tire.
LA BERGERE. Je ne vous en veulx contredire, Car vous ne mentez d'un seul mot.
Il n’est fol, ny facheulx, ny sot, Mais est fin, sage, plus que moy:
Donc plus que moy aymer le doy, Par sa très doulce tromperie.
LA SAGE. Mais vous deussiez estre marrie D'estre aussy trompée et deceue,
LA BERGERE. Helas! telle jove ay receue D'avoir sens et honneur perdu Pour luy., que mon cueur s’est it Entre ses bras, en sa puissance, Pour penser en luy nuict et jour.
LA MONDAINNE. J'ay autrefois porté amour À mon corps, à moy mesme seulle, .
Dont mainténant fault que me deulle.
LA BERGERE. | Mon corps ne sens ny n'ayme poinct.
Car le sien où mon c{ujeur est joinct Faict mettre le mien en oubly.
Le sien de vertu anobly, Je le dis mien et le sens tel.
NDA4 Ms. À. L. corr. Pour sa — 847 Ms. et A. L. joye j'ay.
ra Comédies. | 241
LA SUPERSTITIEUSE
860 Pas n’ay aymé mon corps mortel, Mais l’ay [hjaÿ et tourmenté, - Pour veoir par tourment auementer De mon ame le grand loyer.
LA BERGERE. Mon ame perir et noier
865 Or puisse en ceste doulce mer
D'amour, où n’y a poinct d’amer.
Je ne sens corps, ame ne vie, Sinon amour, ny n’ay envye
De Paradis, ny d'enfer craincte;
870 Mais que sans fin je soys est[r Jaincte
. À mon amy, unie et joincte.
LA SAGE. Je n'y congnois teste ny poincte, Bref à elle nous [ne] parlons Et nous faisons ce que voulons,
875 Car elle ne nous veuit cttendre
LA BERGERE
Je suis trop sotte pour apprendre; Parquoy ne veulx faire ne dire Rien que ce [qui] me faict tant rire, Ny les fascheux ne veulx hanter.
Elle chante :
‘880 Dames, qui m'escouttez chanter, Qui me voiez joieuse et rire, Je vous veulx mes plaisirs conter :
865 A. L. Oh! puisse (G. Lanson rétablit or) —
873 Ms. et A. L. nous parlons — 878 Ms. Rien que . ce me faict tant rire; A. L. Rien [de] ce [qui] me D ft r. — 879 Ms. henter A. L. corr.
Bibl. rom. 295,299, 16
Marguerite de Navarre.
Contraincte suis de le vous dire.
Ne me doib je pas contanter, .
Quant j'ay le bien que je desire ?
LA SAGE. Puisqu'à son chanter sé remect, Sa contenance nous promect Qu'elle ne se veult amander.
LA MONDAINKE. Il ne fault raison demander Où est ung si foible cerveau.
LA SUPERSTITIEUSE
Mais n’est ce pas ung cas nouveau, Que corps, ame, honneur et richesse, N'estime auprès de la liesse D'amour, dont parle [si] souvent?
LA BERGERE chante :
Autant en emporte le vent.
LA SAGE. Je m'esbah[y] comme amour forte Si fort en joye la conforte, Que de rien ne se plainct ny deul[t].
LA BERGERE chante:
Il ne faict pas le tour qu'il veult.
LA MONDAINNE. Si son amour estoit divine, Bien l’eussions congnü à Sa mine:
Elle en eust dict quelque passage.
LA SAGE. L'amour de Dieu faict l'homme saige, Prudent, de bonne conscience, Estudiant en sapiance, Jour et nuict et matin et soir.
901 A. L. congnufe|.
LA SUPERSTITIEUSE
Elle sçait ung bien. c'est se seoir, Car pour nous ne s’est pas levée.
LA MONDAINNE. La sottie en est esprouvée ; Jamais plus sotte ne vidoy.
LA BERGERE chante. Ho, ho, ho, ho, y, y, y, y. On, on, on, on, on, on, on, on.
LA MONDAINNE. Elle rit et de nous se mocque.
LA SUPERSTITIEUSE
-Sa teste est telle que sa tocque :
C’est d'une bergere ignorante.
LA SAGE. Mais qui pis est berbis errante, | Qui au pasteur poinct ne retorne.
LA BERGERE chante. Et je seray sa mignonne, Il.sera mon grand mignon.
LA SAGE. Ces motz ne vaillent ung oignon.
Laissons la et nous retirons.
LA MONDAINNE,. Et en vous suivant nous lirons ;
H me tarde que tant j'ajourne.
LA SUPERSTITIEUSE
Mieulx vault que lire je retourne, Le temps perdons de plus parler.
910 vidoy ? — 911 À. L. Ho, ho, ho, he. — 913 Ms. rid, A. L. corr. — 917 Ms. poinct et retroie A. à. corr. — 920 Ms. oignons — 923 Ms. je journe LL. corr.
Marguerite de Navarre. s
LA BERGERE chante. Laissez-moy aller, aller,
Laïssez-moy aller jouer.
LASUPERSTITIEUSE. | Vostre chant ne pouvons louer, w'; Dont par charité j'ay regret.
. LA MONDAINNE.
Et moy je m'en vois mal contante.
LA BERGERE chante.
Vostre amour est froide et lante, [Si] n'entend poinct ce secret.
LA SAGE. D'une chanson elle me chante Qui [et] nuict et jour la poursuit,
935 Sans nul arrest: par quoy s'ensuyt Qu'il n’y a grand sens en sa teste.
{ LASSUPERSTITIEUSE.
Elle est du tout ou folle ou beste, Ou opiniastre ou glorieuse.
LA BERGEÈRE chante. J'estime malheureuse Celle qui n’ayme poinct; Et celle trop facheuse Qui craint venir au poinct, ; Ouquel la seureté Est la bienheureté.:
. 926 A. L. point après aller. — 931 s. Ms. poinct se secret. À. L. deux points après lante : N'entend{z] p
son
secret. Le vers est trop court d'une syllabe. té
Lanson: N’entendez point ce secret.) — 944 À. L,:
Est
là bien h.
LA SAGE. Oyez, malheureuse elle juge Celle qui n’est. au grand delluge D'amour, ainsi qu'elle, p{elrie.
n LA MONDAINNE. Elle est digne de moquerie.
LA SUPERSTITIEUSE
Mais de pitié voiant ses termes Nous debvons gecter grosses larmes, Priant Dieu qu'il [le] luy pardonne.
LA SAGE. Peult estre qu'un jour sera bonne’; Pensez quelle avez [vous] esté :
L’iver ne resemble à l’esté.
Retirons-nous, car il est tard,
LA BERGERE, O doux Pée au doux us Qui me transperse de ton dar{d)!
O l’ignoré, L’Amy de moy tant adoré, Le vertueulx mal honoré, Et l’incongnu, Pour tout autre qui est tenu!
L'un est dict vestu, qui est nud, Et l’astre, obscur.
La coriette qui pare un mur, Et le caillou sy fort et dur, On le dict mol; Et le saige on [le] nomme fol, Et qui est Pierre, on nomme Pol.
Ainsy chacun
… 947 Ms. qu'elle prie. À. L. prifsle — 954 À, L. | per. — 962 Ms. qui n’est tenu. A. L. corr.