SCENE IV
ETIENNE, se levant.
Ah ! chère enfant, ce soir Il fait froid dans to:i cœur. Cours donc à ton miroir, Loin duquel, je le crains, je t'ai trop retenue ; Et pour me souhaiter enfin la bienvenue. Promets-moi que demain...
BL AN DINE
Demain, je vais au bal, Mon cousin.
ETIENNE
— Ah! fort bien! Je ne suis pas brutal, Tout soldat qu'à tes yeux peut-être je paraisse, Au point de te priver d'un plaisir. — Le temps presse. Va, cours à ta toilette.
BLANDINE, s'arréunt confuse.
Etienne!
ETIENNE
Que veux-tu } Quand je rentrais au camp, las d'avoir combattu. Triste du sang versé, mais fier de la victoire ; Ou bien quand je montais dans la nuit froide et noire Une garde isolée au poste périlleux; Je voyais, comme en songe, à cet àtre frileux, U.ie figare assise, immobile et charmante. Pâle ce sereine, avec des sourires d'amante,
Qui me criaic : Pacrie! et qui te ressemblait. Oui, France, République, Amour ! tout se mêlait Pour moi dans une seule et bien chère espérance. Et quand on me portait sanglant à l'ambulance, Toujours...
BLAKDINE.
Quoi ! mon cousin, vous fûtes donc blessé )
ETIENNE
Tu l'avais oublié !... — J'eus le bras traversé D'une balle, et le sein troué d'un coup d'épée. — Toujours à mon chevet, dans sa blancheur drapée^ Cette figure austère au front plein de fierté. Belle autant que la gloire ou que la liberté Pour bercer ma souffrance avait ta voix, Blandine, Tes traits, ton air, ton geste et ta grâce câline, Si séduisante, même alors que tu dis non.
BLANDINE, se levant.
Vraiment, je suis touchée, Etienne, mais...
ETIENNE, avec amertume.
Pardon, Il est tard, n'est-ce pas? trop tard...