SCENE VII
ETIENNE
Et cela ne vaut rien.
LUCY
Comment rien?
e'tienne.
Non, ta mère T'a dit la vérité. Le succès éphémère De ces billets l'avait trompée. A mon déparc Pour l'armée, elle prit en dépôt la plupart De mes titres. Croyant bien faire, au temps du siège De Lyon elle a tout vendu, sans voir le piège Que lui tendit alors un usurier peu franc. Jusque-là toutefois le mal n'était pas grand, On pouvait racheter d'autres biens. — Ah! sans doute On les payait cher, même avant la banqueroute ; Mais ce que j'écrivis, la poste l'a perdu. Ta mère attendit tant qu'elle a trop attendu.
LUCY, toiistcrncc.
Est-ce possible?
e'tienne.
Hélas ! oui.
LUCY
Mais maman doit rendre Ce qu'elle avait à vous, quand il faudrait tout prendre Ici!
ETIENNE
Te moques-tu } Si je suis ruiné, Nul n'en souffre avec moi, qui vis seul, et qui n'ai Pas un êcre vivant sur la terre qui tienne A moi. — Tant pis !
LUC Y
Non, pas du tout tant pis, Etienne ; C'est affreux, c'est injuste et...
. Elle pleure.
ETIENNE
Tu pleures }
LUC Y, en larmes.
Pourquoi
Avons-nous tout gardé, puisque vous...
ETIENNE
Calme-toi.
Si vous avez encore intact votre héritage. C'est que ton père fit un testament si sage Que l'on n'y pouvait pas toucher. — Pour moi, qui va Repartir, que m'importe? — En arrivant, j'avais,
— Te l'avoûrai-je, à toi, dont l'àme encor si neuve Ne sait pas ce que c'est que le deuil ou l'épreuve. Ou le secret désir d'un cœur inconsolé J* — J'avais l'illusion qu'a souvent l'exilé :
Au foyer que j'aimais, me croyant nécessaire!
— Ah ! l'exil est bien dur, mais sa grande misère,