SCENE VII. aop
Celle qu'on ne voie pas, et qu'on ne sent qu'au jour Où revenus devant l'objet de notre amour, Nous tentons de l'ctreindre, où de nos bras avides Il s'échappe, laissant après lui les cieux vides ; C'est cette nuit d'oubli qui tombe , cette mort Qui vient mettre entre nous son silence, et qui mord Comme le vent d'hiver la trop tardive rose. Notre espoir endormi dans sa fleur demi-close.
Lucy l'écoute avec une attention émue. Elle le regarde, avec des yeux pleins de larmes, comme si elle cherchait quelque chose à répondre. Vivarais entre et lui fait signe de venir l'aider à préparer le souper. Ils vont et viennent au fond de la scène.
ETIEKNE, sur le devant, se promène avec mélancolie.
Hélas ! qu'il t'en faut peu pour tout changer en nous,
Amour ! seul Dieu de l'âme humaine !
Nous n'avons pas plié devant toi les genoux. Que déjà nous sentons ton aiguillon jaloux. Dans la chère main qui nous mène.
J'aimais, je me croyais aimé, fou que je fus!
Ce rêve a duré des années ; Et comme un chœur d'oiseaux au fond des bois touffus. Gazouillaient à cet âtre, en mille accords confus,
Mes espérances enchaînées.
Ce soir, tout est fini : l'âtre est désenchanté. Je suis seul. Amour, et je souffre.
Me plaindrai-jc.^ à quoi bon ! c'est la fatalité.
Elle a vécu sans moi qui cherchais sa clarté, Et qui retombe dans le gouffre.
J'eus tort : j'étais trop loin et je reviens trop tard.
Près d'elle mon heure est passée.
D'autres yeux que les miens ont fixé son regard ; Je me trompais moi-même et tentais le hasard,
En la nommant ma fiancée.
Oh! je ne dirai rien, car il faut être fort
Pour deux, du moment qu'on pardonne.
Si mon cœur se refuse à ce nouvel effort, Pauvre enfant, j'ai vu tant et de si prés la mort, Qu'elle me sera douce et bonne.
Puisses-tu seulement ne jamais regretter
Mon âme à la tienne fermée Et nous jugeant tous deux, ne pas te répéter Qu'un jour de ton chemin tu devais m'écarter,
De peur d'être encor trop aimée !
LUC Y, s'approchant.
Mon cousin, le souper vous attend.
ETIENNH , se mettant à table en face d'elle.
Vivarais, J'avais d'abord compté que je séjournerais Quelque temps ici, mais j'ai changé de pensée : Je sais cjuc sur le Pô la bataille annoncée