SCENE VII. aij
VIVARAIS, maugrcint.
Eh ! c'est bon !
Il sort.
ETIENNE
Lucetce, mon enfant, tu ne veux plus rien }
LUC Y, d'un air préoccupé.
Non, Je n'ai plus faim.
ETIENNE, s'efforçant de sourire.
Tant pis, car tu prends l'air morose, Et l'air gai te sied mieux. — Dis-moi donc quelque chose ; Tiens, conte-moi quelqu'un de tes petits secrets ; A ton âge, on en a déjà. — Tu ne pourrais, Je t'assure, trouver confident plus fidèle.
LUCY
Lorsque vous m'appeliez la petite hirondelle, Autrefois, vous disiez qu'on ne saurait jamais Sans pire entêtement que celui que j'y mets, M'apprivoiser. — Peut-être, en restant davantage,
Secouant la tête d'un air mutin.
L'auriez-vous pu ) — Tant pis, je suis toujours sauvage.
ETIENNE, surpris.
Comment, tu te souviens!...
LUC Y
Oui, j'ai même souvent
Pensé que vous aviez raison. — Dorénavant Je me dirai qu'un jour, après six ans d'absence, Quand nous recommencions à faire connaissance, J'ai parlé de façon à vous peiner beaucoup ; Mais qu'il n"a pas suffi de le voir après coup, Pour réparer le mal faic par mon bavardage. Je me rappellerai que je ne suis plus d'âge A me conduire ainsi sans réfléchir ; j'aurai Honte, et quand vous serez parti, je pleurerai.
H lie cache sa tête dans ses mains.
ETIENNE
Ne te reproche rien, et garde ton sourire,
Ma Lucette, tu n'as, hélas ! rien pu me dire
Qui ne fut à prévoir. Plus tard tu comprendras
Qu'il est fou d'espérer et d'attendre ici-bas
Un bonheur trop longtemps rêvé ; que c'est un leurre
De croire au souvenir de l'âme la meilleure;
Et qu'il ne faut jamais, quel que soit votre amour.
Donner pour recevoir, et quêter du retour.
Tu sentiras aussi comme il vaut mieux encore
Se livrer tout entier au mal qui nous dévore,
Et garder sa souffrance et la douceur d'aimer,
Plutôt qu'en résistant risquer de blasphémer.
Car tu verras le monde avec ce regard triste
Qui sait qu'à l'éprouver nul désir ne subsiste ;
Qu'un jour vient où l'oubli tombe, comme un linceul.