‹ Comédies romanesquesChapitre 122 sur 130 · SCENE VII. ai · texte numérisé non relu

SCENE VII. ai

ETIENNE , souriant.

Ma Lucy, Ton cœur charmant t'cmporce ec t'abuse en ceci. Tu me vois malheureux et tu crois que tu m'aimes ! Mais tes vœux dans huit jours ne seront pas les mêmes ; Tu me regarderas comme un vieux radoteur, Tu m'en voudras, qui sait ? me traitant de menteur. Ce qui te plaît ce soir te paraîtra maussade. Tu n'auras plus pour moi qu'alïront ou rebuffade ; Et si je te prenais au mot en ce moment, J'aurais bien mérité mon nouveau châtiment.

LUCY

Non, non, vous vous trompez et la chose est certaine. Chacun dans la maison vous a fait de la peine, Moi comme un autre. — Et si je veux vous consoler, N'en suis-je pas capable après tout?

ETIENNE

C'est aller Trop loin, beaucoup trop loin; et je te le répète. C'est te faire à plaisir illusion complète. — Laissons ce jeu, ma chère, il est trop dangereux : L'un ou l'autre toujours s'en trouve malheureux, Et je ne voudrais pas que par mon imprudence Tu fusses exposée à subir ma souffrance. Conserve tes yeux purs, ton front insoucieux. Gazouille à nos côtés, comme un oiseau des cieux.

2i8 LE RETOUR.

Et surtout garde-toi d'attiser dans ton âme Le foyer dévorant de la divine flamme !

LUC Y, gravement.

J'en suis fâchée, Etienne, il est trop tard. Pourquoi

N'as-tu pas su plus tôt te taire devant moi?

Je n'aurais pas compris à la fois tant de choses,

Et dans l'émotion qu'en parlant tu me causes,

Je n'aurais pas senti ce que je sens. Tu crois

Que je m'abuse encor peut-être ; et tu ne vois

En moi malgré le ton grave de ma parole

Et mon air sérieux qu'une petite folle?

Tu vas partir sans doute au plus vite, et courir

La chance d'oublier, le hasard de mourir.

Pars donc ! Lorsque plus tard tu reprendras ton rêve,

Souviens-toi seulement, et songe à ton élève ;

Enfant qu'un mot de toi suffit à transformer.

Jeune fille qui sait ce que c'est que d'aimer.

Et qui te dit : C'est bien, j'attendrai.

ETIENNE, lui prenant la main.

Mais, Lucette, Est-ce toi que j'entends? toi, dont la main fluette Presse la mienne, et dont les yeux sont tout en pleurs ? Ah ! si je ne savais qu'il est telles doideurs Pour lesquelles personne, hélas ! n'a de remède, Sans hésitation j'accepterais ton aide.

Je mettrais à tes pieds ce qui reste de moi,

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